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mercredi 18 février 2015

Making Gay Okay : Homosexualité, nature, et politique (3/3)




Jusqu’en 1973, le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (dit communément DSM : Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) établi par l’American Psychiatric Association (association américaine de psychiatrie – APA), classait l’homosexualité parmi les maladies mentales. Ce classement constituait bien entendu un obstacle majeur sur la voie du « mouvement homosexuel ». Pour que l’homosexualité puisse un jour être considérée comme « saine, naturelle, et normale » il fallait impérativement qu’elle cesse d’être considérée comme une affection psychiatrique. Le but n’était pas de prouver scientifiquement que la classification du DSM était fautive. A supposer que cela soit possible – ce qui était fort douteux – administrer une telle preuve aurait demandé bien trop de temps. Et puis l’idée même d’examiner de manière impartiale et froidement rationnelle si l’homosexualité est ou pas une forme de maladie mentale était, bien entendu, totalement incompatible avec l’état d’esprit qui animait les militants homosexuels. Pour obtenir satisfaction ceux-ci commencèrent donc, en 1970, à perturber violemment les réunions de l’APA. Ces méthodes brutales n’auraient sans doute pas connu beaucoup de succès si les militants homosexuels n’avaient été puissamment aidés, d’une part par le climat intellectuel de l’époque, qui était à la « libération » sexuelle généralisée et à la contestation des formes traditionnelles d’autorité, et d’autre part et surtout par un certain nombre de psychiatres. Parmi ces psychiatres qui appuyaient de l’intérieur les revendications des activistes gays, certains étaient eux-mêmes homosexuels, et donc très intéressés par la possibilité que l’homosexualité puisse cesser d’être considérée comme un trouble mental, comme par exemple le docteur John P. Spiegler, qui fut élu président de l’APA en 1973. D’autres, qui se nommaient eux-mêmes « les jeunes Turcs », étaient de jeunes psychiatres « libéraux » au sens américain du terme, c’est-à-dire de gauche, bien décidés à réformer la psychiatrie dans un sens favorable à leurs idées politiques, et aussi à prendre de cette façon plus rapidement la place de leurs ainés.
Soumise à cette double pression, l’APA ne tarda pas à capituler, à peu près de la même manière que, quelques années auparavant, les plus grandes universités américaines avaient capitulé devant la violence de certains étudiants noirs et accepté de sacrifier la rigueur intellectuelle et la discipline sur l’autel de ce que l’on ne nommait pas encore le politiquement correct. En 1973, l’APA décida brusquement de retirer l’homosexualité de la liste des maladies mentales. Deux psychiatres racontent la manière dont cette décision fut prise :
« Le DSM de l’association américaine de psychiatrie céda soudainement et complètement à la pression politique lorsque, en 1973, il retira l’homosexualité de la liste des désordres mentaux susceptibles d’être traités. Une tempête politique avait été créée par des activistes gays à l’intérieur de la psychiatrie, avec une intense opposition à la normalisation de l’homosexualité de la part de quelques psychiatres courageux qui étaient de ce fait diabolisés, et même menacés, plutôt que scientifiquement réfutés. La Chambre des Délégués de l’APA esquiva le conflit en demandant à ses membres de voter sur la question, marquant ainsi la première fois dans l’histoire de la santé où une classification médicale fut décidée par un vote populaire plutôt que sur la base de preuves scientifiques. »
Toutefois, en 1973, le DSM conservait encore une entrée au sujet des homosexuels insatisfaits de leur homosexualité, pour lesquels on pouvait poser le diagnostic « d’homosexualité égo-dystonique ». Puis, en 1987, même ce petit article fut supprimé. Aujourd’hui le DSM ne contient simplement aucune référence à l’homosexualité. Non seulement l’homosexualité n’est plus officiellement classée dans les troubles psychiatriques, mais l’idée même que certains pourraient expérimenter cette condition comme insatisfaisante et ainsi désirer en changer a été effacée des catégories psychiatriques.
Car il est une autre notion qu’il est devenu pratiquement impossible d’évoquer publiquement : celle du caractère plastique de l’homosexualité. Non seulement tout ce qui pourrait suggérer que l’homosexualité n’est pas une condition tout à fait « saine, naturelle et normale » est absolument prohibé dans le débat public, mais il est aussi devenu indispensable d’affirmer que l’homosexualité est une condition innée, vraisemblablement d’origine génétique, qui n’est aucunement susceptible de varier. Ceux qui éprouvent de l’attirance pour les personnes du même sexe que le leur ne peuvent en aucun cas changer et devenir hétérosexuels.
L’intérêt de cette position est double, du point du « mouvement homosexuel ».
D’une part elle permet de ranger l’homosexualité dans la même catégorie légale que la race ou le sexe, c’est-à-dire une caractéristique innée qui distingue un groupe du reste de la population et peut être l’occasion de discriminations contre ce groupe. Autrement dit, si l’homosexualité est un trait inné qui ne peut être changé, pas plus qu’un Noir ne saurait devenir un Blanc ni une femme un homme, alors les homosexuels peuvent se prévaloir de toutes les lois « anti-discriminations » déjà en vigueur et réclamer leur part des bénéfices de la discrimination positive.
D’autre part, le caractère inné de l’homosexualité semble écarter toute notion de responsabilité : puisque c’est inné, les homosexuels ne sont pas responsables de leur comportement sexuel. Par conséquent réprouver leurs pratiques est aussi injuste que de condamner les bossus pour leur bosse.
Cependant, le dogme de l’immutabilité est extrêmement faible, lorsqu’on prend la peine de l’examiner d’un peu près, et il ne peut se soutenir que par l’intimidation et la menace.
Il est très faible, d’une part, car la réalité est que, d’un point de vue scientifique, nous savons très peu de choses sur l’étiologie de l’homosexualité. Cela ne doit pas surprendre. Notre ignorance du fonctionnement du cerveau humain reste très grande, et notre ignorance du fonctionnement de l’esprit humain est sans doute plus grande encore, si du moins nous restons dans le cadre de la méthode scientifique. Ainsi, très souvent, la psychiatrie doit se contenter de classer les pathologies en fonction de leurs symptômes, plutôt qu’en fonction des causes sous-jacentes de ces symptômes, faute de connaître ces causes[1]. Il est très faible, d’autre part, car le caractère inné d’une tendance ne fait nullement disparaître la responsabilité morale de celui qui se livre à cette tendance, sauf peut-être dans les cas les plus extrêmes. Ainsi, par exemple, nous savons aujourd’hui que l’alcoolisme a une composante héréditaire, en ce sens que certaines personnes sont plus susceptibles que d’autres de devenir alcooliques. Pour autant, chacun reste responsable du moindre verre d’alcool qu’il ingère, à moins bien sûr qu’on ne lui ait posé un revolver sur la tempe pour le forcer à l’ingérer. Si la prédisposition à l’alcoolisme a une composante héréditaire, les comportements alcooliques sont toujours volontaires, du moins à leurs débuts, avant que ne s’installe la dépendance. De la même manière, les penchants homosexuels ne privent nullement les personnes qui en sont affectées de leur libre-arbitre. Jusqu’à preuve du contraire – et une telle preuve sera assurément difficile à administrer – les pratiques homosexuelles restent volontaires, quel que soit le fondement, génétique ou pas, de l’attirance homosexuelle.
Mais surtout, il est empiriquement et amplement prouvé que l’homosexualité n’est pas une caractéristique immuable. Une partie au moins des homosexuels sont susceptibles de changer et de devenir hétérosexuels, soit spontanément, soit à la suite d’une thérapie.
Voici par exemple ce que déclarait le docteur Jeffrey Satinover devant la commission judiciaire du Sénat du Massachusetts en 2003 :
« Approximativement 10% des hommes ont eu une relation sexuelle avec un autre homme à un moment de leur vie – c’est l’origine du mythe gay selon lequel les homosexuels représenteraient 10% de la population. La plupart de ces hommes se seront identifiés comme gay avant l’âge de 18 ans, et auront agi en conséquence. Mais à l’âge de 18 ans une bonne moitié d’entre eux ne se considéreront plus comme gay et n’auront plus jamais de rapport sexuel avec un homme. Et il ne s’agit pas là d’individus sélectionnés parce qu’ils auraient suivi une thérapie ; c’est juste la population générale. Qui plus est, à l’âge de 26 ans, le pourcentage d’hommes qui se considèrent comme gay tombe à 2,8%. Cela signifie que, sans aucune intervention extérieure, parmi les garçons qui se considèrent comme gay à l’âge de 16 ans, trois sur quatre ne le seront plus à l’âge de 25 ans. »
La sexualité humaine a une certaine fluidité, particulièrement à l’adolescence, cela est connu depuis la nuit des temps, et par conséquent les observateurs avisés ont toujours remarqué que les mœurs sexuelles pouvaient être influencées par les lois. Ainsi l’homosexualité peut assez manifestement être encouragée ou découragée par bien des facteurs, même s’il semble par ailleurs raisonnable de penser qu’il existera toujours un certain pourcentage incompressible d’homosexuels dans toutes les sociétés.
Cela a pour conséquence qu’il est possible de mettre au point des thérapies pour les homosexuels désirant changer d’orientation sexuelle, thérapies qui sont d’une efficacité variable mais loin d’être négligeable. Durant cette même audition devant le sénat du Massachusetts, Jeffrey Satinover expliquait : « un examen de la recherche sur le sujet sur de nombreuses années montre un taux de succès de 30 à 52% dans le traitement d’une attirance homosexuelle non désirée. Masters et Johnson affirmaient avoir un taux de succès de 65% après un suivi de cinq ans. D’autres spécialistes font état d’un taux de succès allant de 30 à 70%. » Le docteur Robert Spitzer lui-même, celui qui, en 1973, fut l’un de ceux qui contribuèrent le plus à ce que l’homosexualité cesse d’être classée parmi les pathologies mentales, reconnaissait en 2001 qu’il existe « des preuves qu’un changement d’orientation sexuelle à la suite d’une thérapie appropriée peut se produire chez certains gays et chez certaines lesbiennes. »
Clairement, seule une partie des homosexuels sont susceptibles de pouvoir changer d’orientation sexuelle, à condition bien évidemment d’être motivés pour le faire. Mais quel que soit le nombre de ceux qui peuvent aboutir à un tel changement, le seul fait qu’il soit possible de changer suffit pour prouver que l’homosexualité n’est pas une condition immuable.
Cette possibilité est anathème pour les activistes homosexuels, aussi ont-ils investi une énergie considérable pour décrédibiliser ceux qui mènent ce genre de thérapie, et même pour les faire interdire. C’est ainsi que, en 2012, la Californie, terre d’élection pour le mouvement homosexuel, a adopté une loi interdisant à un professionnel de la santé mentale d’entreprendre une thérapie visant à changer l’orientation sexuelle d’un patient de moins de dix-huit ans, c’est-à-dire précisément l’âge auquel l’orientation sexuelle est la plus malléable. Les législateurs californiens motivent cette interdiction notamment par les dangers supposés de ce genre de thérapie, dangers qui sont loin d’être prouvés, mais ils ne disent pas un mot des dangers parfaitement avérés du mode de vie homosexuel. Des propositions de loi semblables ont déjà été introduites dans d’autres Etats des Etats-Unis, et on peut penser que certaines d’entre elles finiront par être adoptées. Rien, peut-être, ne montre mieux que le mouvement homosexuel n’a depuis longtemps plus rien à voir avec un quelconque plaidoyer pour la tolérance. Si la tolérance des « modes de vie » et des « sexualités différentes » était son but, que pourrait-il objecter au fait que certains désirent changer d’orientation sexuelle et essayent librement de le faire ? Cela ne fait-il pas précisément partie de la liberté sexuelle qu’il prétend défendre ?
Mais en réalité son but est tout autre : « modifier radicalement la conception qu’a la société de la réalité », faire en sorte que ce qui est objectivement anormal soit considéré comme « sain, naturel et normal », et même comme désirable puisqu’il doit être interdit de chercher de l’aide pour quitter cette condition. D'abord vient le déni de la réalité, puis vient l’obligation de soutenir ce déni, de proclamer publiquement que deux plus deux font cinq. Le mensonge initial ne peut se soutenir que par des mensonges sans cesse renouvelés et par une propagande toujours plus stridente.


C’est ainsi que, très normalement, l’éducation est devenu l’un des théâtres d’opération principal du mouvement gay et lesbien. Les universités américaines sont déjà amplement pourvues en programmes et départements d’études gays et lesbiens, ou LGTB, selon la terminologie adoptée par les activistes homosexuels et reprise sans discussion par les autorités universitaires. Mais cela ne saurait suffire. Pour essayer de faire en sorte qu’un jour tout le monde considère l’homosexualité comme « saine, naturelle et normale, » il est indispensable d’apprivoiser les enfants le plus tôt possible avec cette idée. La promotion de l’homosexualité doit devenir une partie d’une « éducation sexuelle » obligatoire.
Cependant, beaucoup de parents résistent encore fortement à l’idée que leurs enfants pourraient être exposés dès l’école élémentaire à des cours, des films, des lectures sexuellement très explicites et qui présentent l’homosexualité sous un jour attrayant. Conscient de cette difficulté, le mouvement LGTB a donc adopté une approche indirecte.
Cette approche est fort bien expliquée par Kevin Jennings, un homosexuel fondateur du réseau GLSEN (Gay, Lesbian and Straight Education Network), qui se donne officiellement pour mission de faire en sorte que « chaque membre de la communauté scolaire soit considéré et respecté indépendamment de son orientation sexuelle ou de son identité de genre. »
Kevin Jennings, lors d’une conférence donnée en 1995 et intitulée « Gagner la guerre culturelle », détaillait ainsi la stratégie rhétorique employée par son organisation.

« Si la droite radicale parvient à nous dépeindre comme des prédateurs d’enfants, nous perdrons. Leur langage est plein d’insinuations subtiles et moins subtiles – « promouvoir l’homosexualité » en est un exemple – comme quoi nous nous en prendrions à leurs enfants. Nous devons apprendre de la lutte pour l’avortement, où l’appropriation intelligente du terme « pro-vie » a permis à ceux qui s’opposaient à l’avortement de présenter la question d’une manière avantageuse pour eux, afin de faire en sorte de ne pas nous retrouver coincés avant même que le débat commence. Dans le Massachusetts, la clef du succès pour la Commission Gouvernementale sur les Jeunes Gays et Lesbiennes a été une présentation efficace de la question. Nous nous sommes saisis immédiatement du thème mis en avant par l’opposition – la sécurité – et nous avons expliqué comment l’homophobie représente un danger pour la sécurité des étudiants, en créant un climat dans lequel la violence, les insultes, les problèmes de santé et les suicides sont courants. En titrant notre rapport « Rendre les écoles sûres pour les jeunes gays et lesbiennes », nous avons automatiquement placé nos opposants sur la défensive et nous leur avons subtilisé leur meilleure arme. Cette manière de présenter la question a court-circuité leurs arguments et les a forcé à faire machine arrière dès le premier jour du débat. Trouver la bonne manière de tourner le débat est la clef du succès pour notre communauté. Elle doit être liée à des valeurs universelles que tout le monde partage. Dans le Massachusetts personne ne pouvait contester la manière dont nous présentions la question et dire « mais bien sûr, je pense que les étudiants devraient se suicider » : ceci nous a permis de poser les termes du débat. »

Et de fait, Kevin Jennings a été tellement efficace dans son activité de lobbyiste LGTB qu’il a été recruté par l’administration Obama pour servir au ministère de l’éducation, comme sous-secrétaire-adjoint de The Office of Safe and Drug-Free Schools, poste qu’il a occupé pendant deux ans, et que le réseau GLSEN comporte aujourd’hui 4000 ( !) clubs associés à travers tout le pays chargés de disséminer la bonne parole dans les écoles et les universités.
GLSEN bénéficie désormais du soutien de sponsors prestigieux, comme Google, HBO, American Express, Goldman Sachs, etc. qui lui permettent de disposer d’une trésorerie plus qu’abondante et de distribuer des livres, des films, des « kits pédagogiques », d’organiser des évènements dans tous les Etats-Unis.
Robert Reilly détaille quelques-uns des documents de propagande utilisés par GLSEN, documents qui tous, sous couvert de promouvoir la tolérance et de lutter contre « l’homophobie » qui mettrait en danger la vie des jeunes homosexuels, promeuvent réellement l’homosexualité. Il est d’autant moins utile de reprendre cette description ici que nous avons désormais largement l’équivalent en France. Et, en France comme aux Etats-Unis, la possibilité pour les parents de faire échapper leurs enfants à cette propagande parfois franchement obscène se réduit peu à peu. « L’objection de conscience » ne saurait être tolérée éternellement dès lors que les pouvoirs publics font leur l’objectif de « créer une société dans laquelle l’homosexualité sera considérée comme saine, naturelle, et normale », car pourquoi refuser que ses enfants soient exposés à la propagande LGTB si ce n’est parce que l’on considère, en définitive, que l’homosexualité n’est ni saine, ni naturelle ni normale ? Dans le Massachusetts, qui autorise les « mariages » homosexuels depuis 2003, les parents ont désormais perdus le droit de demander à être avertis lorsque les écoles utilisent du matériel LGTB ou bien à ce que leurs enfants soient dispensés d’assister à ces cours.


Le mouvement homosexuel, qui est parvenu en France et dans d’autres démocraties libérales à imposer le « mariage » homosexuel, et qui a de bonnes chances d’y parvenir dans l’ensemble des Etats-Unis, nous demande à tous de vivre dans le mensonge, de considérer comme « sain, naturel et normal » ce qui ne l’est pas. Cette demande ressemble chaque jour davantage à une exigence à laquelle il est impossible de se soustraire, et chaque succès du mouvement homosexuel renforce ses tendances coercitives.
Dans l’Etat de Washington, une fleuriste s’est vu intenté un procès parce qu’elle avait refusé de faire une composition florale pour un « mariage » homosexuel. Le propriétaire d’un hôtel dans le Vermont a été condamné à une forte amende pour avoir refusé d’accueillir la cérémonie de « mariage » de deux lesbiennes. Un photographe au Nouveau-Mexique qui avait refusé de photographier un tel évènement a été reconnu coupable de « discrimination en fonction de l’orientation sexuelle », et soumis lui aussi à une amende conséquente. Un juge à Hawaii a condamné une femme qui refusait de louer une chambre à un couple de lesbienne dans son Bed and Breakfast. Une femme afro-américaine a perdu son emploi à l’université de Toledo parce qu’elle avait publié dans le journal local un éditorial dans lequel elle contestait le parallèle entre le mouvement gay et la lutte pour les droits civiques des afro-américains. Et cela n’est certainement que le début.
Le mensonge doit nécessairement s’institutionnaliser pour espérer survivre, au moins pendant un temps. Car bien sûr, on peut légitiment penser que la réalité finira inévitablement par triompher, un jour où l’autre. Mais que le mensonge doive tôt ou tard s’effondrer n’enlève strictement rien à la nécessité de le combattre dès aujourd’hui, et alors même qu’il semble chaque jour plus fort.
Le « mouvement homosexuel » est un vecteur particulièrement puissant du relativisme théorique qui est, à terme, mortel pour la démocratie libérale, démocratie libérale qui repose précisément sur l’idée que l’homme a une certaine nature et certaines finalités naturelles. Il est aussi, et pour la même raison, un vecteur de la destruction de la famille dite traditionnelle, qui est tout à la fois une condition essentielle de l’épanouissement de l’être humain et le fondement sur lequel reposent nos régimes démocratiques.
Surtout, le « mouvement homosexuel » est par essence despotique. Ce qui est en jeu, à chacune de ses avancées, ce sont tout simplement nos libertés individuelles, et particulièrement les libertés religieuses, dans la mesure où aucune des trois grandes religions monothéistes ne considère l’homosexualité comme « saine, naturelle et normale », pour dire le moins.
Le « mouvement homosexuel » ne concerne donc pas qu’une toute petite partie de la population, il nous concerne tous : aucun domaine de la vie politique et sociale ne sera épargné par ses avancées, c’est une certitude. Ainsi, dans le cas de la France, que la loi sur le « mariage pour tous » ait été adoptée ne change rien, la lutte doit bien évidemment continuer. Non seulement pour abroger cette loi, ce qui est tout à fait possible en dépit de ce qui est parfois affirmé par ses partisans, mais plus largement pour réfuter les prétentions des activistes homosexuels à « modifier radicalement la conception qu’a la société de la réalité. » La réalité, certes, n’a pas besoin d’être défendue, mais les générations d’hommes qui vivront les conséquences dévastatrices de ce mensonge si nous ne faisons rien, elles, ont besoin d’être défendues.
L’homosexualité peut, et même doit être tolérée. Elle ne saurait être moralement approuvée et traitée comme saine, naturelle et normale. Après avoir lu le livre de Robert Reilly, plus personne ne pourra prétendre qu’il ne comprenait pas les enjeux de cette question.




[1] A ce propos on lira avec profit « The biology of homosexuality : science or politics ? » dans Homosexuality and American public life, ed Christopher Wolfe.

mercredi 11 février 2015

Making Gay Okay - Homosexualité, nature, et politique (2/3)



 
Tel était à peu près l’état du droit et des mœurs aux Etats-Unis lorsque le « mouvement gay » fit son apparition sur la place publique. Depuis des temps immémoriaux la sodomie était considérée comme un crime par la common law et, jusqu’en 1961, cette pratique était prohibée par tous les Etats des Etats-Unis. Mais, de 1880 à 1995, on ne trouve trace que de 203 cas de poursuites judiciaires intentées pour sodomie entre adultes consentants, soit moins de deux cas par an. Autrement dit, tout en conservant des lois interdisant cette pratique, les pouvoirs publics ne se montraient guère diligents pour savoir ce qui se passait dans le secret des chambres à coucher, et des homosexuels se livrant discrètement à leurs penchants n’avaient à peu près rien à craindre de la loi. Et pour le reste, bien entendu, les homosexuels jouissaient exactement des mêmes droits civils et politiques que les autres citoyens américains. La loi ne faisait simplement pas acception de votre « orientation sexuelle ».
Mais à partir de la fin des années 1960, dans le sillage de la révolution sexuelle, certains homosexuels ne se contentèrent plus de ce compromis et se mirent à réclamer bruyamment le « droit » de « vivre leur sexualité au grand jour », les émeutes de Stonewall, en juin 1969, marquant, de l’avis général, l’apparition du « mouvement gay et lesbien » sur la place publique aux Etats-Unis.
Ce dont il s’agissait alors n’était pas simplement de réclamer l’adoucissement ou même la suppression des lois prohibant les pratiques homosexuelles car, comme nous l’avons vu, l’absence de lois contre certaines pratiques sexuelles ne signifie aucunement l’approbation de ces pratiques, et le silence de la loi peut très bien coexister avec une forte désapprobation sociale, même si sans doute, sur le long terme, le silence de la loi finira par éroder cette désapprobation sociale. Le but de ces militants homosexuels était bien plus radical : la fin de toute répression contre les pratiques homosexuelles n’était que leur but immédiat, leur but final était d’obtenir l’approbation publique de ces pratiques. Comme l’a déclaré candidement l’un d’entre eux, cité par Robert Reilly : « Nous avons un programme, créer une société dans laquelle l’homosexualité sera considérée comme naturelle et normale. » Ou encore, notre but est de « modifier radicalement la conception qu’a la société de la réalité. »
Réaliser un tel programme ne nécessite rien moins que de renverser totalement la moralité dite traditionnelle en matière de sexualité, c’est-à-dire d’abandonner l’idée qu’il existerait des comportements vertueux et des comportements vicieux, des actes conformes à la nature et des actes contre-nature. Car il est impossible que l’homosexualité soit un jour considérée comme « naturelle et normale » sans que les notions même de naturel et de normal ne disparaissent.
En effet, tant que subsistera l’idée que la sexualité humaine a pour but naturel la procréation, être attiré par des personnes du même sexe que soi sera inévitablement perçu comme anormal ; tant que subsistera l’idée que les organes génitaux sont des organes procréateurs et qu’il existe une parfaite complémentarité naturelle, en vue de ce but, entre les organes masculins et féminins, les pratiques homosexuelles seront nécessairement considérées comme contre-nature[1].
La notion de nature doit donc être abandonnée en matière de sexualité pour que les pratiques homosexuelles et les pratiques hétérosexuelles puissent être considérées comme pratiquement et moralement équivalentes. Mais cela va plus loin que mettre sur le même plan les pratiques sexuelles des hétérosexuels et celles des homosexuels, mettons le coït vaginal et le coït anal. Car, l’homosexualité ne se caractérise pas seulement par un usage différent des organes génitaux. Elle se caractérise aussi par une approche différente de la sexualité dans son ensemble. Pour le dire simplement, la sexualité « gay » est incompatible avec la notion de chasteté, alors que celle-ci est, depuis des temps immémoriaux, censée être la norme dans les relations entre les hommes et les femmes, et l’est encore dans une grande mesure, en dépit de la révolution sexuelle. Si aujourd’hui le mariage ne signe plus le commencement de l’activité sexuelle pour la plupart des hétérosexuels, la fidélité à son partenaire ou à son époux n’en reste pas moins la norme en pratique. Ainsi, les études les plus récentes montrent que, aux Etats-Unis, 90% des femmes hétérosexuelles et plus 75% des hommes hétérosexuels n’ont jamais eu d’aventure extra-conjugale. Un chiffre impressionnant à une époque où, théoriquement, les moyens de contraception permettent une sexualité totalement « sans risques » et où la loi ne sanctionne pratiquement plus l’adultère, même dans une procédure de divorce. A l’inverse, toutes les études sur la communauté homosexuelle confirment ce que les observateurs avisés savaient depuis longtemps, à savoir que l’infidélité y est la norme, tout particulièrement chez les hommes. Citons juste les résultats de deux études, parmi beaucoup d’autres.
Selon une enquête publiée aux Etats-Unis en 1980, seuls 35% des hommes homosexuels interrogés avaient eu moins de 100 partenaires sexuels, 42% en avaient eu entre 100 et 499, et 23% en avaient eu plus de 500. L’un des hommes interrogés affirmait même en avoir eu plus 10 000. Selon une autre enquête, réalisée en 1997 en Australie auprès de 2583 homosexuels masculins, seuls 15% des personnes interrogées avaient eu jusqu’alors moins de 11 partenaires sexuels, tandis qu’à l’autre bout de l’échelle 15% en avaient eu plus de 1000. 82% avaient eu plus de 50 partenaires sexuels et presque 50% en avaient eu plus de cent.
Même en faisant la part d’une éventuelle vantardise, le nombre de partenaires sexuels de l’homosexuel moyen tout au long de sa vie est simplement prodigieux, comparé aux hétérosexuels. Ce qui signifie inévitablement que, parmi les homosexuels, les couples sont beaucoup plus fragiles que parmi les hétérosexuels. Comme l’écrivait un chercheur en 1995, « Même si nous mettons de côté la question de l’infidélité et que nous adoptons une définition très large de ce qu’est une « relation de long terme » en y incluant toutes celles qui ont duré au moins quatre ans, moins de 8% des homosexuels hommes ou femmes rentrent dans cette définition. En bref, il n’y a pratiquement aucune comparaison possible avec un mariage hétérosexuel en termes soit de fidélité soit de longévité. (…) la fidélité tout au long de la vie est pratiquement inexistante chez les homosexuels. »
« Créer une société dans laquelle l’homosexualité sera considérée comme saine, naturelle, et normale » signifiera donc aussi créer une société dans laquelle « le mode de vie homosexuel » sera considéré comme « sain, naturel et normal », c’est-à-dire une société dans laquelle multiplier, parfois de manière sidérante, les partenaires sexuels sera considéré comme une attitude « saine, naturelle et normale. »


Disons-le tout net : il est impossible qu’un tel programme puisse jamais se réaliser complètement. Cela est impossible car il est impossible, même à la meilleure propagande du monde, d’occulter totalement le fait que, tout comme les autres animaux, l’homme a une certaine nature. Si, chez tous les animaux, les organes génitaux sont des organes reproducteurs, comment pourrait-il en aller différemment chez l’homme ? Si tous nos organes remplissent certaines fonctions naturelles – et nous savons nous en souvenir à chaque fois que nous allons chez le médecin – comment est-il possible de croire que seuls nos organes génitaux n’auraient aucune autre fonction particulière que de nous procurer du plaisir ? Tant que l’homme sera un être pensant, la première pensée qui lui viendra à l’esprit à propos de l’homosexualité est que celle-ci n’est ni naturelle ni normale.
De la même manière, il est impossible, même à la meilleure propagande du monde, de parvenir à occulter totalement le fait que, pour l’être humain, le chemin du bonheur, et de la santé, passe par la chasteté.
Ainsi, l’un des secrets aujourd’hui les mieux gardés, mais aussi les plus transparents, à propos du « mode de vie homosexuel » est que celui-ci est extrêmement risqué. La multiplication des partenaires, aussi bien que les pratiques propres aux homosexuels, augmentent énormément les risques de contracter des maladies sexuellement transmissibles et certains types de cancer. La place très importante accordée à la sexualité, la multiplication des partenaires d’un soir, et l’instabilité générale des couples homosexuels signifie aussi assez normalement une plus grande instabilité émotionnelle, à moins peut-être qu’elle n’en soit la traduction. Elle implique aussi, toutes choses égales par ailleurs, une plus grande importance accordée à la séduction, à l’apparence, et une plus grande difficulté à accepter le vieillissement. Il est donc très compréhensible que les homosexuels, hommes et femmes, soit beaucoup plus sujets que les hétérosexuels aux conduites addictives, à la dépression, qu’ils fassent davantage de tentatives de suicides, etc. Robert Reilly a réuni dans un appendice à la fin de son livre les principales données disponibles à ce sujet, et elles sont tristement édifiantes. Plutôt que de les détailler, contentons-nous d’en relever la conséquence : l’espérance de vie des homosexuels est bien inférieure à celles des hétérosexuels, de l’ordre d’une vingtaine d’années. Dans les années 1980, au plus fort de l’épidémie du SIDA, cette différence dépassait les trente ans chez les hommes.
D’un point de vue psychologique, il est presque aussi évident que la multiplication des partenaires sexuels, si typique des homosexuels, s’apparente très vite à une conduite addictive, qu’elle doit, chez la plupart, être source à la fois de jalousie, de honte, d’insatisfaction, car contrairement à ce que promettaient un peu naïvement les promoteurs de la « révolution sexuelle », il sera à jamais impossible à l’être humain d’avoir une sexualité « libérée », c’est-à-dire libérée de toutes considérations morales et pratiquée comme une simple gymnastique. La honte et la possessivité lui sont aussi naturelles que le désir sexuel.
Quelques soient les efforts des activistes homosexuels en ce sens, l’homosexualité ne pourra donc jamais être considérée de bonne foi comme « saine, naturelle et normale. » Les activistes homosexuels eux-mêmes ne peuvent totalement échapper à la conscience que leur sexualité, et leur mode de vie en général, n’est ni sain, ni naturel, ni normal, si l’on veut garder un minimum de sens à ces mots. Leur nature d’être rationnel, qui leur fait élaborer des mensonges sophistiqués pour accommoder la réalité à leurs désirs, les empêche aussi d’oublier totalement qu’il s’agit de mensonges.
La conséquence de cela est que le « mouvement homosexuel » est condamné à une perpétuelle fuite en avant, dans laquelle il doit entrainer l’ensemble de la société où il opère, et même le monde entier. Il doit s’efforcer de faire disparaître tout ce qui pourrait rappeler que l’homosexualité est une anomalie, à peu près de la même manière que, dans 1984, les autorités de l’Océania doivent sans cesse réécrire la réalité pour la conformer aux mensonges de la propagande officielle. La tolérance de l’homosexualité ne saurait lui suffire, car la tolérance implique un écart par rapport à la norme, ou par rapport à la vérité, que l’on s’abstient de vouloir corriger ou supprimer. On ne peut tolérer que ce qui a besoin de l’être c’est-à-dire ce qui, d’une manière ou d’une autre, est fautif. Après avoir obtenu la tolérance, c’est-à-dire la fin de toute incrimination officielle des pratiques homosexuelles, le mouvement homosexuel s’est donc très normalement orienté vers l’exigence que soit publiquement affirmée la bonté de l’homosexualité, en revendiquant par exemple le droit de se marier pour les couples de même sexe.
Le « mariage » homosexuel a évidemment fort peu à voir avec le fait de « pouvoir déclarer publiquement son amour », car la loi n’interdit nullement aux homosexuels ce genre de déclaration publique ; il n’a pas davantage à voir avec le fait de fonder une famille, car les couples homosexuels seront toujours incapables de fonder une famille, au vrai sens du terme. En revanche il a tout à voir avec l’approbation officielle de l’homosexualité : en ouvrant la possibilité de se marier aux couples de même sexe (en attendant sans doute les « partenariats multiples »), le législateur met sur le même plan homosexualité et hétérosexualité, il affirme, même implicitement, que l’homosexualité est « saine, naturelle, et normale » au même titre que l’hétérosexualité, et c’est précisément ce qui est recherché.
Mais le « mariage » homosexuel ne saurait être la fin de la route. Après le mariage viendront inévitablement les revendications touchant tout ce qui concerne la parentalité. Les homosexuels réclameront le droit d’adopter et d’avoir recours à toutes les techniques de procréation médicalement assistées, exactement comme les couples hétérosexuels. Non pas tellement, sans doute, par désir d’avoir des enfants mais bien plus sûrement parce que toute différence de traitement entre homosexuels et hétérosexuels signifierait que les couples homosexuels ne sont pas considérés comme équivalents aux couples hétérosexuels pour ce qui est d’élever des enfants. Ce serait une admission implicite du fait que l’homosexualité n’est pas complètement « saine, naturelle, et normale. »
Et cela ne sera pas la fin encore.
En fait, aucune institution ne saurait s’exempter de l’obligation d’affirmer que l’homosexualité est « saine, naturelle, et normale ». Aucune organisation, publique ou privée, ne pourra être épargnée, quelques soient les motifs avancés : toutes devront apporter publiquement leur soutien aux « droits des homosexuels », toutes devront réformer leurs pratiques pour se conformer aux exigences de ces « droits. » Aucun individu même ne pourra se croire à l’abri de ces exigences : toute action, toute parole, qui paraitrait impliquer une désapprobation de l’homosexualité, ou bien simplement un doute sur le fait qu’elle serait une pratique « saine, naturelle, et normale » s’exposera à être pourchassée devant les tribunaux au nom de la lutte contre « l’homophobie. » La montée aux extrêmes est absolument inévitable. Elle est dans la nature profonde du « mouvement homosexuel ».
C’est en cela que ce « mouvement homosexuel » diffère qualitativement du mouvement de la « libération sexuelle », dont il est l’un des avatars. Car si la « libération sexuelle » a été dans l’ensemble une chose néfaste, « libérer la sexualité » ne nécessitait pas de vivre dans le mensonge comme les revendications homosexuelles nous obligent à le faire. La libération sexuelle pouvait encore être comprise comme une revendication élevée au nom de la nature, la nature opprimée par les conventions « bourgeoises ». Bien que globalement fausse, cette théorie présentait quelque plausibilité, car il est vrai que les conventions qui enserraient la sexualité avant cette « libération » n’étaient pas toutes également bonnes ni également justifiables. Il était donc possible de penser de bonne foi que l’être humain serait plus heureux une fois sa sexualité « libérée ». Vouloir « libérer » la sexualité est une erreur, mais une erreur qui n’est pas nécessairement si facile à détecter. En revanche, affirmer que l’homosexualité est « saine, naturelle, et normale »  est un mensonge, et un mensonge évident, qui ne peut être soutenu qu’au prix d’un effort constant pour cacher la réalité.
Ce mensonge a pu s’introduire au cœur des démocraties libérales en se liant avec la passion pour l’égalité qui les caractérise, et qui nous a déjà fait commettre tant de folies. C’est l’appel à cette passion qui, jusqu’à maintenant, a permis aux activistes homosexuels d’intimider leurs opposants, de les mettre sur la défensive, de faire avancer leurs revendications. Nous n'osons pas dénoncer ouvertement le mensonge ou nous y opposer, à part quelques esprits téméraires, car nous ne savons pas comment faire sans paraître attenter au sacro-saint principe d’égalité. Pour autant nous ne sommes pas convaincus, car nous ne pouvons pas l’être. Et la vérité se fait jour malgré nous à chaque instant. C’est ce qui condamne le « mouvement homosexuel » à une perpétuelle fuite en avant, à des revendications toujours plus extravagantes, et toujours plus attentatoires aux libertés fondamentales de tout un chacun.
Tout cela n’est pas seulement la conséquence que l’on peut logiquement déduire des prémisses sur lesquelles repose le « mouvement homosexuel. » C’est d’ores-et-déjà ce que n’importe qui peut constater aux Etats-Unis, et plus largement dans toutes les démocraties occidentales.
La seconde partie du livre de Robert Reilly est ainsi consacrée à la manière dont le « mouvement homosexuel » a réussi, en un laps de temps remarquablement court, à plier à sa conception de la réalité des institutions aussi prestigieuse et importantes que la Cour Suprême, et les tribunaux de manière générale, l’armée américaine, la diplomatie, l’école, les boy-scouts, mais aussi la psychiatrie et les sciences sociales.
Cette partie est certainement la plus impressionnante et la plus utile de Making gay okay. Reilly y détaille les tactiques et la rhétorique aux moyens desquelles les activistes homosexuels sont parvenus à faire triompher leurs revendications dans ces divers domaines. Elle devrait servir d’avertissement à tous ceux qui croient encore naïvement pouvoir rester à l’écart de ces revendications, et de manuel de résistance à tous ceux qui désirent encore s’y opposer, car l’une des conditions pour espérer vaincre est de pouvoir anticiper les mouvements de l’adversaire.
Il ne saurait être question de retranscrire ici ces chapitres, ni même de les résumer, mais il n’est peut-être pas inutile de dire quelques mots sur deux d’entre eux, celui portant sur la psychiatrie et celui portant sur l’école. Celui portant sur la psychiatrie car il illustre comment une institution théoriquement vouée à la recherche de la vérité est devenue une courroie de propagation du mensonge et parce qu’il touche au cœur de la question, à savoir le caractère « sain, naturel, et normal » de l’homosexualité. Celui portant sur l’école car il nous concerne tous, ou presque tous, et aussi car il est l’un des plus révoltants. Comme l’écrit Robert Reilly : « C’est une mesure de la dépravation du mouvement homosexuel qu’il se refuse à épargner l’innocence des enfants » dans sa promotion de l’homosexualité. La propagande doit toucher « tout le monde, à tout âge, quel qu’en soit le prix. »


[1] On pourra juger, avec raison, que ce traitement de la sexualité humaine est partiel, car trop exclusivement centré sur la reproduction. Cette partialité est délibérée car elle permet de bien mettre en lumière ce qui dans l’homosexualité est évidemment contre-nature. Mais il ne faut pas pour autant perdre de vue que la complémentarité naturelle des organes sexuels féminins et masculins fait signe vers la complémentarité naturelle et morale des hommes et des femmes. Hommes et femmes sont fait pour s’unir et vivre ensemble, non seulement en vue d’avoir des enfants, ce qui dans l’espèce humaine va bien au-delà de la simple reproduction du fait de la très longue éducation dont ont besoin les enfants, mais aussi en vue de se compléter et de se corriger mutuellement. On pourrait même argumenter que, chez l’être humain, l’union sexuelle n’a pas seulement la procréation pour finalité naturelle mais aussi, et peut-être surtout, cette union spirituelle plus profonde entre un homme et une femme. Mais cela requerrait bien d’autres développements qui nous éloigneraient par trop du sujet principal.

mercredi 4 février 2015

Making Gay Okay : homosexualité, nature, et politique (1/3)



 
En France, les débats passionnés qui ont entouré l’adoption de la loi Taubira relative au « mariage pour tous » - selon l’expression orwellienne retenue par le gouvernement – ainsi que les énormes manifestations qui ont eu lieu à cette occasion, garantissent pratiquement que le sujet du « mariage » homosexuel figurera au menu de la prochaine campagne électorale présidentielle.
L’énergie politique dégagée à cette occasion ne sera pas encore dissipée, les engagements individuels, les vocations même, suscitées par le combat contre cette loi seront toujours vivaces, moins de trois ans après leur naissance. Les candidats à la présidentielle, les hommes politiques plus largement, devront en tenir compte. Pour autant, les opposants au « mariage » homosexuel font face, sur le long terme, à plus d’un obstacle redoutable pour faire prévaloir leur cause, dont le plus dangereux est sans doute la lassitude née de la difficulté à percevoir les enjeux de la question.
On peut, sans grand risque de se tromper, affirmer que l’immense majorité de la population ne croit pas et ne croira jamais que le « mariage homosexuel » soit un vrai mariage, bien plus l’immense majorité de la population ne croit pas et ne croira jamais que l’homosexualité est juste une « pratique sexuelle » comme une autre, même si elle aura appris à taire ses convictions profondes en public. Mais, dans le même temps, la plupart de nos contemporains ont sans doute du mal à comprendre pourquoi ce sujet devrait continuer à occuper le devant de la scène dans le débat public, et pourquoi certains ont choisi de consacrer toute leur énergie à supprimer, d’une manière ou d’une autre, la loi Taubira.
Si les homosexuels ne constituent qu’une toute petite partie de la population, 2 à 3% tout au plus, et si, comme il semble presque certain, seule une petite partie de cette petite partie se prévaudra de la possibilité de se « marier » qui leur est désormais offerte par la loi, pourquoi donc faire tant d’histoires ? Qu’on les laisse se « marier » tant qu’ils veulent après tout, si ça leur fait plaisir… En quoi cela nous dérange-t-il, finalement ?
Une telle réaction est compréhensible, mais malavisée. La réalité est que le « mariage » homosexuel nous concerne tous, et ce pour au moins trois raisons.
D’une part permettre aux homosexuels de convoler en justes noces transforme nécessairement la signification du mariage pour tout le monde, homosexuels comme hétérosexuels, et cette transformation revient en réalité à détruire l’institution matrimoniale, qui sera désormais définitivement incapable de remplir les fonctions qui étaient les siennes. Plus largement, le « mariage » homosexuel est la dernière étape de la dissociation entre sexualité et parentalité qui a pour conséquence la destruction progressive de la cellule familiale. Cette destruction a elle-même d’énormes conséquences négatives, tant sur le plan individuel que sur le plan collectif. N’importe qui ayant des yeux pour voir peut le constater aujourd’hui[1].
En second lieu le « mariage » homosexuel est inévitablement lié à une certaine conception de la vie humaine dans son ensemble, et même à une certaine conception de la réalité. On ne peut accepter le « mariage » homosexuel sans accepter en même temps les prémisses métaphysiques sur lesquelles il repose, et ces prémisses sont simplement incompatibles, sur le long terme, avec la démocratie libérale.
Enfin, et peut-être surtout, contrairement à ce que jure la main sur le cœur notre actuel gouvernement, et à ce que pourraient être tentés de croire certains, par fatigue ou par naïveté, le « mariage » homosexuel ne saurait marquer le point final des revendications homosexuelles. Celles-ci sont par nature infinies, incapables d’être jamais satisfaites, car ce dont il s’agit en définitive n’est rien moins que de remplacer la réalité par l’illusion, la vérité par le mensonge. Or, la réalité étant ce qui finit par s’imposer à nous quoique nous fassions, il est inévitable que l’effort pour dissimuler la réalité ne puisse jamais prendre fin, exactement de la même manière qu’il est nécessaire d’exercer une poussée constante pour maintenir un avion en vol. D’autres revendications, toujours plus extravagantes, toujours plus destructrices, suivront le « mariage pour tous » et chaque concession rendra plus difficile de résister aux suivantes. Les revendications du mouvement homosexuel sont, par nature, despotiques.

Bien évidemment, chacune de ces affirmations aurait besoin d’être longuement argumentée pour convaincre ceux qui sont susceptibles d’être convaincus par des arguments rationnels, et c’est aussi en cela que les opposants au « mariage » homosexuel sont désavantagés : ils sont contraints de marcher lentement, la preuve à la main, alors que leurs adversaires peuvent, le plus souvent, se contenter d’employer la rhétorique de l’égalité et de la « discrimination » pour faire avancer leur cause.
Néanmoins, le découragement n’est pas de mise, seulement la persévérance, car les opposants au « mariage » homosexuel ont à leur côté un allié puissant, et en définitive irrésistible : la réalité elle-même. Naturam expellas furca, tamen usque recurret.
Ainsi, l’effort pour s’armer intellectuellement doit se poursuivre sans relâche, et de ce point de vue le dernier livre de Robert Reilly (auteur du très bon The Closing of the Muslim Mind), Making Gay Okay, s’avère une contribution fort utile, par la clarté de son propos, qui ne s’embarrasse pas de politiquement correct, et par la pertinence de certaines de ses analyses.
Toutefois, avant de détailler ce que le livre de Robert Reilly apporte d’intéressant, peut-être n’est-il pas inutile de dire rapidement quelques mots sur ses limites ou ses défauts.

Robert Reilly comprend très bien que la guerre dite « culturelle » (« The culture war », comme le disent les Américains) est en définitive un affrontement philosophique, en ce que les protagonistes de cette « guerre », par-delà leurs prises de positions sur telle ou telle question pratique, sont en réalité les champions de propositions métaphysiques opposées. Le débat sur le « mariage » homosexuel porte fondamentalement sur la nature de la réalité elle-même, et ce même si, bien sûr, le débat public atteint rarement, voire jamais, ce niveau de profondeur.
La question centrale est de savoir si, après l’avènement de la science physique moderne, la nature peut encore être comprise comme téléologique, au moins dans certaines de ses parties. Plus spécifiquement, la question est de savoir si l’être humain a une certaine nature ou bien si, au contraire, il en est dépourvu. Mais comme cette notion de nature humaine a été considérablement obscurcie par ceux qui s’efforcent de la discréditer, présentons là dans ses grandes lignes.
Dire que l’homme a une nature signifie que l’homme présente certaines caractéristiques immuables, générations après générations. Tous les êtres humains, en tout temps et en tous lieux, ont certaines passions, certaines capacités, certains besoins, qui ne peuvent pas être choisis ou rejetés mais qui sont simplement donnés. De ces caractéristiques immuables, présentes dans tout être humain normalement constitué, découlent certaines finalités naturelles. De la même manière que nos organes sont constitués en vue de certaines fins, qu’ils ont tous une ou plusieurs fonctions particulières, il est possible de dire que l’être humain est ordonné naturellement en vue de certaines fins, en ce sens que sa nature rend certaines activités bonnes pour lui et d’autres mauvaises. Le fait que l’homme ait une nature signifie que pour lui le bien, le mal, le bonheur, le malheur, ont un contenu objectif. L’être humain n’est pas libre de décider ce qui pourra le rendre heureux ou malheureux, et s’il veut être heureux il devra suivre les indications que lui donne sa nature. De la même manière, la moralité a un contenu objectif : il existe un « juste par nature », un « droit naturel » qui découle de cette constitution fondamentale de l’être humain.
Si, à l’inverse, la nature de l’être humain est de ne pas avoir de nature, alors l’homme est libre de devenir, ou d’essayer de devenir, tout ce qu’il veut être. Il n’est soumis qu’à son seul caprice : rien n’est bien ou mal, juste ou injuste, tout est affaire de goût, de désir personnel. Le relativisme le plus complet semble être au bout du chemin si l’homme est dépourvu de nature.
Pour saisir le rapport de ces considérations avec le « mariage » homosexuel, il suffit de se souvenir que, il n’y a encore pas si longtemps, la sodomie pouvait être appelée « le crime contre-nature » et que l’homosexualité était rangée par la psychiatrie parmi les maladies mentales. Le « mouvement gay », qui fit son apparition à la fin des années soixante et qui est parvenu aujourd’hui, en France, à faire adopter au législateur la notion de « mariage » homosexuel, présuppose en définitive rien moins qu’un rejet complet de la notion de nature humaine.
Robert Reilly comprend tout cela, cependant, au-delà de la description des enjeux philosophiques du « mariage » homosexuel, le lecteur sera sans doute bien avisé de ne pas trop se fier aux chapitre deux et trois de son livre dans lesquels il s’essaye à expliquer la conception classique de la téléologie, puis le rejet de cette conception par la philosophie moderne. Cette question de la téléologie est extrêmement compliquée et aurait besoin d’un traitement approfondi et nuancé, que Reilly ne lui accorde pas. S’il ne saurait être question d’offrir ici ce traitement approfondi et nuancé, il est du moins possible d’indiquer succinctement où se situent les problèmes dans l’exposé de Reilly.
D’une part, l’auteur de Making Gay Okay semble vouloir défendre une téléologie cosmique, c’est-à-dire l’idée que l’univers tout entier serait ordonné à certaines fins, et pas seulement l’être humain ou les êtres vivants en général. Une telle téléologie cosmique a toujours été très problématique, et l’est sans doute devenue encore davantage depuis l’avènement de la science moderne. Pour le dire en peu de mots, et donc de manière forcément lapidaire, une téléologie cosmique parait exposée à des objections insurmontables ; alors qu’il reste parfaitement possible, et même sans doute inévitable, de soutenir rationnellement une téléologie limitée, circonscrite à l’être humain, et aux êtres vivants en général. En fait, Reilly semble très influencé par une certaine tradition de la pensée chrétienne qui voit une continuité sans faille entre la philosophie classique, celle de Platon et d’Aristote, et le christianisme. Ce faisant, le danger est de répéter le chemin suivit par cette tradition qui, en incorporant aux conceptions classiques des conceptions qui dépendent ultimement de la foi en la révélation chrétienne, a rendu la philosophie, à la fois politique et naturelle, beaucoup plus dogmatique qu’elle ne l’était chez Platon et Aristote et l’a ainsi exposé aux objections, très sérieuses, de ce qui allait devenir la philosophie politique et la science moderne.
Dès lors que l’objectif est de défendre la notion de nature humaine contre les assauts du relativisme, il parait beaucoup plus pertinent de viser moins haut pour se donner de meilleures chances d’atteindre son objectif, et de se cantonner précisément à cela : la nature humaine.
D’autre part, Robert Reilly parait vouloir faire porter à Rousseau, pour ainsi dire, tout le poids de la responsabilité de l’abandon de la conception téléologique de la nature humaine. Le problème, qui devient très vite évident, est que Reilly ne connaît pas bien Rousseau, et que la compréhension qu’il en a est très contestable, pour dire le moins. Ainsi, par exemple, quand Robert Reilly décrit la conception que Rousseau aurait de la famille, on ne peut que rester incrédule, car cette description ignore entièrement ce que le Genevois a pu écrire dans l’Emile ou dans La nouvelle Héloïse. En fait, Robert Reilly parait baser son acte d’accusation sur la seule lecture du Discours sur les origines de l’inégalité. Ce qui est certainement très insuffisant lorsqu’il s’agit de comprendre un auteur aussi subtil et complexe que Rousseau.
Résumons ces objections, sur lesquelles il n’est pas nécessaire, ici, de s’attarder plus longtemps : Robert Reilly n’est manifestement pas un guide fiable dès lors qu’il s’agit de s’orienter dans l’histoire de la philosophie et il est préférable de ne pas compter sur lui pour comprendre exactement comment nous en sommes arrivés là, ni comment, philosophiquement, nous pourrions en sortir. Fort heureusement, ces faiblesses théoriques n’affectent pas trop ses analyses pratiques.
Une autre faiblesse du livre de Reilly se situe sans doute dans le fait que son argument contre le « mariage » homosexuel se focalise sur un acte bien particulier, la sodomie. Ainsi, par exemple, dans la deuxième partie de son livre tous les titres des chapitres, sauf un, comportent le mot « sodomie ». Pourtant il serait erroné d’en déduire que Robert Reilly n’a rien à objecter au lesbianisme, ou bien qu’il serait d’accord pour que les homosexuels puissent se marier pourvu seulement qu’ils ne se livrent pas à cette pratique sexuelle. Son argument est bien un argument contre les revendications homosexuelles en tant que telle, mais il parait le plus souvent réduire l’homosexualité à la pénétration anale entre deux hommes.
Il n’est pas évident de comprendre pourquoi. Peut-être Reilly veut-il profiter du fait que cette pratique sexuelle, que l’esprit associe naturellement à la douleur et aux excréments, suscite spontanément une certaine réticence, voire un certain dégoût, chez la plupart des gens pour rendre son argument plus persuasif. Peut-être pense-t-il que le mouvement homosexuel est porté avant tout par les gays et que c’est donc leurs pratiques qu’il s’agit d’exposer et d’attaquer. Dans tous les cas, il n’est pas certain que cette tactique soit entièrement pertinente, car cela donne parfois à son argument une allure étrangement tronquée, qui parait notamment exempter le lesbianisme des objections qu’il élève contre les revendications homosexuelles.

 
Mais tout ceci étant dit, le livre de Reilly a plusieurs grands mérites, au premier rang desquels celui, justement, d’appeler un chat et chat et de ne pas se tromper sur la portée des enjeux.
Robert Reilly, parce qu’il sait que la question fondamentale derrière les revendications homosexuelles est celle de la nature humaine, ne va pas par quatre chemins pour rappeler ce qui, dans le fond, devrait être évident mais que plus personne n’ose dire publiquement : l’homosexualité est nécessairement, en un certain sens, contre-nature.
Elle l’est parce que nos organes ont tous une fonction naturelle à remplir, fonction en vue de laquelle ils sont manifestement structurés et qui dicte leurs caractéristiques essentielles. Ainsi, par exemple, la fonction naturelle des poumons est de contribuer à la respiration, et celle des yeux est de nous permettre de voir. Ces fonctions sont naturelles en ce sens que ce n’est pas l’homme qui a décidé de la configuration de ses organes : son corps d’être humain est pour lui un donné. Nous ne choisissons pas, par exemple, de naitre avec deux yeux et deux poumons, et nous ne sommes pas libres d’user de nos yeux pour respirer ou de nos poumons pour voir.
Que nos organes aient certaines fonctions naturelles, que notre corps tout entier soit structuré d’une certaine façon et respecte dans son fonctionnement certaines constantes naturelles est précisément ce qui nous permet de distinguer la maladie de la santé, et ce qui fonde la médecine. Ainsi, il nous est impossible de nier qu’il existe un fonctionnement naturel du corps humain : ceux qui pourraient être tentés de le faire, soit vont chez le médecin lorsqu’ils sont malades, et se contredisent ainsi en acte, soit n’y vont pas et ne tardent pas à être réfutés par la nature elle-même (ce qui est sans doute le sort qu’a connu Michel Foucault, l’un des maitres à penser du « mouvement LGTB », mort d’une maladie opportuniste liée au SIDA et qui, jusqu’à la fin de sa vie, répétait à propos de cette épidémie : « Je n’y crois pas. »).
Ainsi, lorsque nous usons de nos organes d’une manière qui les empêche de remplir leurs fonctions naturelles, voire même qui conduit à leur détérioration, nous avons bien, à strictement parler, un comportement contre-nature. Comme le dit Robert Reilly, la fonction (naturelle) d’une chose ne peut être accomplie par une action qui conduit à sa destruction.
Nos organes génitaux n’échappent pas à cette règle : eux aussi ont une fonction naturelle évidente, qui est la reproduction (en l’occurrence deux fonctions naturelles, puisqu’ils servent aussi à la miction, mais cela ne modifie en rien l’argument). Dans cette perspective, il est inévitable que l’homosexualité soit considérée comme contre nature, car être sexuellement attiré exclusivement par des personnes du même sexe que soi est incontestablement un obstacle considérable à la reproduction. L’homosexualité apparaît naturellement comme une sorte de dysfonctionnement de la sexualité.
De la même manière, il apparaît inévitable que la sodomie soit considérée comme un acte contre-nature, car cette pratique revient à utiliser deux organes, le pénis et l’anus, à rebours de leurs fonctions naturelles. L’anus est un organe excréteur : il est manifestement conçu pour être une sortie, pas une entrée, et lorsqu’il est utilisé comme une sorte de substitut du vagin, il est soumis à une activité à laquelle il n’est pas du tout adapté. Un signe de cela est la douleur que provoque la pénétration anale. Les conséquences sur la santé de ceux qui pratiquent régulièrement la sodomie en sont un autre signe. Ainsi cette pratique augmente très significativement les risques de cancer de l’anus mais aussi de prolapsus rectal, de perforation, d’infections génitales diverses et potentiellement très graves. Clairement, le corps se rebelle contre une pratique pour laquelle il n’a pas été conçu.
L’homosexualité et les pratiques homosexuelles comme la sodomie sont donc, au sens strict, contre-nature. Dire cela revient simplement à porter un jugement factuel. Cela n’implique nullement, à ce stade, de condamnation morale de l’homosexualité et encore moins d’appel à la discrimination envers les homosexuels, c’est-à-dire ceux qui sont attirés par des personnes du même sexe qu’eux. Songerait-on à reprocher leur pied-bot à ceux qui en sont affligés, à leur en faire un crime ?
En revanche, cela implique évidemment que le mariage homosexuel est une absurdité, car cela revient à mettre sur le même plan une union potentiellement féconde avec une union nécessairement inféconde. Le mariage, en tant qu’institution, existant précisément essentiellement en vue de la famille, c’est-à-dire des enfants qui, normalement, résultent de l’union sexuelle d’un homme et d’une femme, prétendre accorder aux homosexuels le « droit » de se marier entre eux est simplement dépourvu de sens, aussi dépourvu de sens que d’accorder aux aveugles le « droit » de conduire un véhicule automobile. On ne peut avoir de droit à ce que l’on est constitutionnellement incapable d’accomplir.
Mais l’argument ne peut s’arrêter là, car la sexualité humaine n’est pas une simple affaire de mécanique. A la différence de la plupart des animaux, qui ont leurs saisons et pour qui la reproduction est juste une activité parmi tant autres, gouvernée par l’instinct, la sexualité de l’être humain exerce une influence puissante sur l’ensemble de son existence et est largement sous le contrôle de sa volonté, elle a donc nécessairement un aspect moral. Autrement dit, il existe pour l’être humain un bon et un mauvais usage des plaisirs en matière de sexualité : certaines pratiques et certains comportements peuvent être qualifiés de vertueux et d’autres de vicieux. Dès lors il est à peu près inévitable que les pratiques homosexuelles soient, en tant que telles, considérées comme vicieuses, d’une part car, d’un point de vue « mécanique » elles sont évidemment contre-nature, comme nous l’avons vu, et d’autre part car, étant totalement dissociées de la reproduction et des responsabilités parentales, elles semblent ne pouvoir viser que le seul plaisir sexuel et sont donc contraires à la chasteté.
Pour des raisons qu’il n’est pas possible d’approfondir ici mais qui sont en même temps suffisamment évidentes pour que n’importe quelle personne dotée d’un minimum de bonne foi et d’intelligence puisse les retrouver par elle-même, l’être humain est le seul animal qui a besoin d’apprendre à maitriser ses pulsions sexuelles. Il est le seul animal qui a besoin de devenir chaste, et les pratiques homosexuelles, comme d’autres pratiques sexuelles, vont à l’encontre de cette vertu nécessaire. Elles feront donc, la plupart du temps, l’objet d’une désapprobation à la fois privée et publique, au même titre a priori que d’autres comportements nocifs et traduisant un manque de maîtrise de soi, comme par exemple l’alcoolisme.
Cela ne signifie pas, il importe bien de le noter, que les pratiques homosexuelles devraient être punies par la loi. Un sage législateur ne jugera sans doute pas à propos d’employer les rigueurs de la loi contre tous les vices de ses contemporains. Il pourra se souvenir que nous sommes tous faibles, à un degré ou à un autre et dire, comme Hamlet : « Traitez chacun selon son mérite, et qui échappera au fouet ? ». Il pourra aussi estimer que le vice est suffisamment inventif pour pervertir, parfois, même les lois destinées à le combattre. Il pourra ainsi se rappeler de ce qu’écrivait Montesquieu à propos du « crime contre nature » : « Comme la nature de ce crime est d’être caché, il est souvent arrivé que les législateurs l’ont puni sur la déposition d’un enfant. C’était ouvrir une porte bien large à la calomnie. « Justinien, dit Procope, publia une loi contre ce crime ; il fit rechercher ceux qui en étaient coupables, non seulement depuis la loi, mais avant. La déposition d’un témoin, quelquefois d’un enfant, quelquefois d’un esclave, suffisait ; surtout contre les riches, et contre ceux qui étaient de la faction des verds. » » Bref, un sage législateur pourra se montrer prudent et ne pas chercher à punir ce qui reste dans l’ombre, tant qu’il reste dans l’ombre.
Quant aux penchants homosexuels, sommes-nous responsables de nos penchants ? Et surtout, comment la loi pourrait-elle connaître des penchants qui ne se traduisent pas par des actes et qui restent uniquement cela, des penchants ?
Mais, et nous arrivons là au cœur du problème, si un sage législateur peut choisir de fermer les yeux sur certains vices, de peur que le remède ne soit finalement pire que le mal, il n’en restera pas moins que ces conduites seront tout au plus tolérées, supportées, et qu’elles devront continuer à rester cachées pour continuer à être tolérées. Elles seront marquées du sceau de la désapprobation.


[1] Ce point ne sera pas traité ici. Les lecteurs désireux de l’approfondir pourront se reporter avec profit à Mitch Pearlstein, Broken bonds, Rowman and Littlefield, 2014, et Girgis, Anderson, George, What is marriage ?, Encounter Books, 2012.