Ralliez-vous à mon panache bleu

mercredi 14 janvier 2015

Hommes/femmes - Retour vers le nouvel âge paléolithique (2/2)





Les maitres PUA s’appuient, consciemment ou non, sur les principes de la psychologie évolutionniste, qui utilise la théorie darwinienne pour expliquer des traits et des comportements humains. Robert Wright présenta au public cultivé la psychologie évolutionniste dans son livre publié en 1994, The Moral Animal : Why We Are The Way We Are. Il résuma ce que les biologistes avaient pu observer sur le terrain : parmi les animaux – et tout spécialement parmi ceux qui sont les plus proches de nous, les grands singes – les mâles se battent souvent entre eux pour les femelles et ainsi le mâle le plus dominant, ou « alpha », a accès aux femelles les plus désirables, et peut-être même à toutes les femelles. Mais c’est en définitive la femelle de l’espèce qui choisit quel membre du groupe elle considérera comme le mâle alpha. « Les femelles sont difficiles chez toutes les espèces de grands singes », écrit Wright. Il notait également que, par exemple, la femelle gorille sera fidèle – sera contrainte à être fidèle en fait – à un seul mâle dominant, mais elle le quittera volontairement pour un mâle rival si celui-ci lui démontre sa dominance supérieure en se battant avec son partenaire. C’est parce que, comme le supposait Darwin, l’évolution n’est pas seulement une histoire de survie du plus apte mais aussi de reproduction du plus apte, de « gènes égoïstes » pour reprendre les termes du néo-Darwinien Richard Dawkins. Guidés par un désir instinctif d’avoir des descendants, les primates mâles pourchassent les femelles fertiles afin de se reproduire, tandis que les primates femelles choisissent des mâles forts, en fonction des caractéristiques favorisant la survie destinées à être transmises aux jeunes.
Les psychologues évolutionnistes comme David Buss dans The Evolution of Desire (1994) et Geoffrey Miller dans The Mating Mind (2000) ont élaboré à partir de ces théories, en arguant que le cerveau humain lui-même, capable de conscience, de raisonnement, de création artistique, a évolué comme un instrument destiné à permettre aux mâles en compétition pour les femelles de la horde d’impressionner celles-ci. Le nouveau livre de Dennis Dutton, The Art Instinct, présente à peu près le même argument. Les psychologues évolutionnistes supposent que les mêmes pulsions physiques et psychologiques prévalent parmi les êtres humains actuels : les hommes, désireux de se reproduire, sont naturellement polygames, tandis que les femmes sont naturellement monogames – mais seulement jusqu’à ce que se présente un homme qu’elles perçoivent comme ayant un statut plus élevé que leur partenaire actuel. L’hypergamie – se marier au-dessus de sa condition, ou, en l’absence de normes contraignantes liant sexualité et mariage, s’accoupler au-dessus de sa condition – est une description plus précise des inclinations naturelles des femmes. La monogamie durable – un conjoint pour une personne à un certain moment – est peut-être l’état le plus désirable pour assurer son bonheur personnel, accumuler de la propriété, et élever des enfants, mais c’est un artefact de la civilisation, la civilisation occidentale en particulier. Aux yeux de nombre de psychologues évolutionnistes, la monogamie durable n’est naturelle ni pour les hommes ni pour les femmes.
Tout ceci est à l’évidence pure spéculation, même si cela est présenté de manière imaginative et soutenu par des observations anthropologiques faites sur les actuelles sociétés de chasseurs-cueilleurs. Qui plus est, il y a dans les arguments de la psychologie évolutionniste une troublante circularité du type la poule et l’œuf : comment les femelles hominidés auraient-elles pu comprendre que les mâles cherchaient à les impressionner si leurs propres cerveaux n’étaient pas suffisamment évolués pour apprécier cet effort ? Vous ne pouvez pas amener un gorille à reconnaître Mozart ou une peinture rupestre. Il est également facile de se tordre de rire en lisant une interview que Mystery a donnée au magazine Salon, en 2007, et dans laquelle il affirmait que le fait qu’une femme se gratte le dos de la main lorsqu’un homme lui parle est « un indicateur d’intérêt » parce que « cette zone de la main démange lorsqu’une fille est attirée par un homme, ça vient des singes, vous savez – ca signifie : épouille-moi. » Cependant, la psychologie évolutionniste offre une explication persuasive pour nombre de choses que nous sommes censés attribuer à la culture : que les natures des hommes et des femmes sont fondamentalement différentes et que, avec tout le respect dû à Naomi Wolf et au mouvement des cougars, les femmes ne deviennent pas plus sexy au fur et à mesure qu’elles vieillissent, en tout cas pas au jugement de l’homme qui se tient sur le tabouret de bar à côté d’elles. La jeunesse et la beauté sont des indicateurs de fertilité. Comme l’a écrit Mystery dans son livre, il est peut-être sexiste de le dire tout haut, mais les femmes sont bien conscientes que « leur valeur sociale repose largement sur leur apparence », sinon elles ne passeraient pas autant de temps à tonifier leurs muscles et à ajuster leur maquillage.


La psychologie évolutionniste apporte également un appui à une vérité unanimement niée : les femmes recherchent avidement les hommes dominants. Et il semble que lorsque l’on interdit aux hommes de dominer d’une manière socialement bénéfique – en tant que maris et en tant que pères par exemple – les femmes vont rechercher les hommes assertifs, sûrs d’eux-mêmes, dont les manifestations de virilité ne sont pas aussi bénéfiques socialement. Cette variante sexuelle du jeu de la taupe est jouée régulièrement de nos jours au sein d’une culture qui, depuis les livres d’écoles pour enfants, en passant par les films et la télévision, présente comme des oppresseurs et ridiculise comme des empotés tous les représentants du sexe mâle.
Il est de plus en plus courant pour les femmes d’exposer les fautes supposées de leurs maris à la fois devant leurs amis et le grand public. Il existe aujourd’hui un blog tout entier dédié à cet exercice – intitulé « Mon mari est ennuyeux » – sur lequel des épouses anonymes et leurs invités postent des photos des nullards qu’elles ont épousé et critiquent librement la barbe de leurs époux, leurs habitudes nocturnes, leurs questions irritantes et leurs poses ridicules sur les photos. La journaliste Hanna Rosin de Slate a appelé son mari « a kitchen bitch » parce que celui-ci avait osé faire le diner en utilisant une recette qu’elle voulait essayer elle-même. Sandra Tsing Loh de The Atlantic, ayant décidé de divorcer parce qu’elle trouvait son mari moins romantique que son amant adultère, a détaillé les défauts sexuels et personnels des époux de ses amies – par écrit. La chroniqueuse du New-York-Times Judith Warner a écrit l’année dernière a propos d’une amie qui lui avait confié qu’elle aimerait être Michèle Obama, mariée avec le Président plutôt qu’avec son propre époux, qu’elle était « tentée d’étrangler ». Et ce ne sont pas là des féministes enragées.
D’une manière qui n’est pas surprenante, étant donné que le terme de « chef de famille » ne peut plus être prononcé dans les foyers égalitaires actuels, nombre de femmes satisfont leurs désirs de mâle dominant en se jetant dans les bras de mauvais garçons, ou pire encore. Le jour même, le 17 mars 2005, ou Scott Peterson – condamné à mort en Californie pour avoir tué sa femme et son fils à naitre et pour avoir jeté leurs restes dans la baie de San Francisco – est entré dans le couloir de la mort à San Quentin, il a reçu trois douzaines de coups de téléphone de femmes éprises de lui, y compris une jeune fille de dix-huit ans qui voulait devenir sa seconde épouse. Selon un article paru en avril dans People, Peterson continue, presque cinq ans après, à être inondé de lettres d’admiratrices, nombre de ces lettres enflammées contenant des chèques pour payer ses dépenses à l’intérieur de la prison. Tout cela est parfaitement banal dans le couloir de la mort où la règle est : plus le tueur est célèbre, plus il reçoit de courrier et de demandes en mariage. Le tueur qui, à San Quentin, reçoit le plus de courrier de fans est Richard Allen Davis qui, en 1993, a kidnappé chez elle à Petaluma, Californie, la jeune Polly Klaas, âgée de douze ans, à la pointe du couteau, puis l’a tué et enterré dans une fosse creusée à cet effet.
L’engouement pour les tueurs est une conduite extrême et rare (bien que sans doute moins rare qu’on ne l’imagine – l’été dernier une jeune fille de Virginie âgée de seize ans s’est amourachée par internet d’un jeune homme de vingt ans, fan d’horrocore, et qui se faisait appeler « Syko Sam ». Syko Sam attend actuellement de passer en jugement : il aurait battu à mort la fille, ses parents et le meilleur ami de celle-ci). Mais on peut raisonnablement prévoir un chaos social imminent lorsque le sentiment qui prédomine chez les femmes est  l’insatisfaction, soit modérée soit intense, vis-à-vis des monsieur-tout-le-monde – les mâles beta fiables et travailleurs – qu’elles ont déjà épousé ou bien que, dans une époque antérieure aux révolutions sexuelles et féministes, elles auraient projeter d’épouser parce que chasser le mâle alpha dans les bars n’était pas une option respectable pour une femme de la classe moyenne.
Les femmes se déclarent traditionnellement moins satisfaites de leur mariage que leurs époux, mais si l’on en croit le dernier rapport du National Marriage Project, leur mécontentement va croissant : moins de 60% des épouses se déclarent « très heureuses » de leur mariage contre plus de 66% en 1973. (La satisfaction maritale des hommes aussi a diminué, de 70 à 63%.)  « Les femmes prennent l’initiative du divorce dans les deux-tiers des cas », m’a expliqué W. Bradford Wilcox, un professeur associé de sociologie à l’Université de Virginie et le directeur du National Marriage Project.

Avec le divorce sans faute depuis les années 1960, cela peut être un divorce sans aucune raison. Les raisons pour lesquelles les épouses divorcent de leurs maris peuvent être légitimes ou illégitimes – adultère et mauvais traitements ou manque d’intimité, le fait de s’être éloigné l’un de l’autre ou bien d’avoir trouvé quelqu’un de plus excitant. Et parce qu’il s’agit d’un divorce sans faute même lorsqu’il pourrait effectivement y avoir une faute, le conjoint abandonné est souvent traité de manière injuste lorsqu’il s’agit de diviser les revenus et les biens, ainsi qu’en ce qui concerne la garde des enfants.

Peut-être pour cette raison, ou peut-être parce le sexe hors mariage est désormais si accessible que plus personne n’a à se soucier d’acheter avant de consommer, le pourcentage de gens mariés parmi les 35-44 ans a décliné précipitamment dans les quarante dernières années : de 88% des hommes et 87% des femmes en 1960 à 66% des hommes et 67% des femmes en 2005. Dans la mesure où les premiers mariages après 45 ans – lorsque les femmes ont cessé d’être fertiles - sont statistiquement rares, presque tous ceux qui seront un jour mariés le sont déjà à cet âge. Le pourcentage des enfants qui grandissent dans des familles où le père est absent – un facteur de risque très important pour un certain nombre de pathologies sociales – a augmenté constamment : de 9% de l’ensemble des foyers avec enfants en 1960 à 26% aujourd’hui. La bonne nouvelle est que ces tendances négatives n’affectent pas autant les femmes diplômées du supérieur (college educated). La mauvaise nouvelle est que ces femmes, qui ont tendance à se marier tardivement, ont beaucoup moins d’enfants. En 2004 selon les chiffres fournis par le Bureau du Recensement, 24% des femmes âgées de 40 à 44 ans et titulaires d’un BA sont sans enfants, contre 10% des femmes sorties du lycée sans diplôme. Le mariage est lentement en train de devenir la chasse gardée de l’élite, qui le paye par une fertilité sévèrement réduite.
Dans The mating mind, Geoffrey Miller écrivait :

Nos ancêtres connaissaient vraisemblablement leur première expérience sexuelle peu de temps après avoir atteint la maturité sexuelle. Ils passaient par une série de relations de durée variable durant le cours de leur vie. Certaines relations ne duraient sans doute pas plus de quelques jours… Au Pléistocène les mères avaient probablement des compagnons. Mais il se pourrait que le compagnon de chaque femme n’ait été le père d’aucun de ses enfants… Les mâles pourraient avoir donné de la nourriture aux femelles et à leurs rejetons et pourraient les avoir défendu contre les autres hommes, mais… les anthropologistes considèrent maintenant une bonne part de cette attitude plus comme une manière de faire sa cour que comme un investissement paternel.

C’est là une assez bonne description de la vie sexuelle contemporaine au sein du prolétariat urbain et du quart-monde de l’Amérique rurale. Enlevez la progéniture, bloquée par la contraception et l’avortement aisément disponible, et c’est également une assez bonne description du monde actuel des célibataires prolongés. Autrement dit, nous avons rencontré l’Age de Pierre : nous y sommes[1].
La vie au Nouveau Paléolithique peut être dure pour les femmes, dont beaucoup font la fête jusqu’à trente ans, avant de paniquer. « Elles sont au sommet de leur beauté au début de la vingtaine – elles sont somptueuses – mais les jeunes hommes de leur âge n’ont pas si belle allure, aussi elles se disent : « pourquoi voudrais-je me marier ? » », remarque Kay Hymowitz, une collaboratrice du City Journal qui écrit un livre sur la crise actuelle du célibat. « Puis elles arrivent à 28, 29 ans, leur fertilité décline et elles ne sont plus si somptueuses. Mais les hommes de leur âge commencent à gagner de l’argent, leur apparence s’améliore, ils ont plus confiance en eux-mêmes, et ils attirent aussi les filles de 23 ans. »
Certains affirment cependant que les principales victimes du chaos sexuel actuel sont en réalité les mâles beta : ceux qui travaillent dur, qui se conduisent bien, et qui cherchent en vain des épouses potentielles parmi les hordes de jeunes femmes obnubilées par les mâles alpha. C’est le message sous-jacent de ce qui est certainement le plus adroitement écrit, et aussi le plus sombre, des sites web de la communauté de la séduction, le blog Roissy in DC[2]


A la différence de ses confrères, Roissy ne vend pas de livres ou de « camp d’entrainement » et son site ne présente aucune publicité. Il blogue aussi de manière anonyme, ou du moins il essaye (de soi-disant photographies de Roissy circulant sur internet montrent un homme grand et mal rasé, âgé d’une bonne trentaine d’année, avec des yeux bleus perçants, et une belle apparence, bien que quelque peu dissolue). Le pseudonyme « Roissy » provient du château qui servait de cadre aux orgies sadomasochistes dans Histoire d’O, le classique pornographique français des années 1960, qui mettait en scène une belle jeune femme ne pouvant se lasser d’être violée et fouettée par des hommes dominateurs. Roissy affirme qu’il n’est pas un fétichiste SM mais qu’il a choisi ce pseudonyme parce que « les filles aiment le pouvoir ». Son blog mêle analyse darwinienne, commentaires hilarants et abrasifs sur le paysage érotique actuel (l’un de ses billets tournait en ridicule le psychiatre qui avait diagnostiqué les ébats de Tiger Wood avec un bataillon de jeunes femmes déjantées et pleines d’illusions, qui toutes croyaient qu’elles seraient la prochaine madame Wood, comme un signe que celui-ci avait « besoin d’aide ») ; des comptes-rendus très explicites (vous êtes prévenus) de la vie de dragueur de Roissy dans les quartiers pleins de célibataires au nord-ouest de Washington ; des rubriques telles que « Petite amie ou coup d’un soir ? » (girlfriend or fling ?) dans lesquelles les lecteurs sont invités à regarder des photos de femmes et à décider si l’une d’entre elles vaut un second rendez-vous ; et le pressentiment d’un effondrement social imminent, à mesure que la famille se désagrège et que les mâles beta ont de moins en moins accès aux femmes.
Son billet pour le dernier anniversaire du D-Day était titré « Aujourd’hui et Maintenant » et consistait en deux photographies montrant la manière dont la perception féminine de ce qui constitue un mâle alpha a changé : d’une part un robuste GI marqué par les batailles, aux alentours de 1944, et ayant l’air d’avoir tout juste escaladé les falaises de la pointe du Hoc, et d’autre part un Mystery particulièrement efféminé, « faisant le paon » durant son émission télévisée, avec eyeliner, barbichette et lunettes perchées sur le haut de son crâne. Le blog de Roissy est une exposition impitoyable de ce que la nature féminine peut avoir de pire : la cupidité, le narcissisme, le nombrilisme, l’égoïsme, la superficialité, la stupidité, l’appétit sexuel brut aussi puissant que celui de n’importe quel homme.
Les billets délibérément outrageants de Roissy provoquent la controverse. Dans un article sur George Sodini, l’homme qui a ouvert le feu dans une salle de gym près de Pittsburgh en août dernier, tuant trois femmes avant de retourner son arme contre lui-même, Roissy soutenait que Sodini, dont le journal intime a révélé qu’il n’avait pas eu de rapports sexuels depuis vingt ans au moment du drame, était simplement un mâle béta frustré, empêché d’accéder aux femmes par la révolution sexuelle/féministe et que « tout était justifié » pour échapper à « l’enterrement vivant » du célibat. Autrement dit, Sodini était une malheureuse victime de la révolution sexuelle.
Plus tôt cette année, Roissy s’est querellé en ligne avec Conor Friedersdorf, un contributeur régulier du blog d’Andrew Sullivan, à propos du « neg », une tactique des artistes de la drague qui consiste à plaisanter une femme particulièrement attractive à propos de son physique au lieu de la complimenter, dans l’idée qu’elle reçoit déjà probablement tellement de compliments qu’elle n’y est plus sensible. Il s’agit d’une version modernisée du précepte donné par Lord Chesterfield à son fils, et selon lequel « une beauté décidée et consciente d’elle-même regarde tous les tributs payés à sa beauté seulement comme un dû, mais veut briller et être considérée du côté de son entendement. » Friedersdorf, cependant, déclara que le but de cette tactique était de « réduire la confiance en elle-même de la femme, ou pire de jouer sur ses angoisses, en sachant que certaines femmes réagissent à cette technique en ayant un rapport sexuel ou en pratiquant un accouplement express comme mécanisme de défense. » Roissy répondit en se moquant du nom de Friedersdorf.
Si Roissy a quelque chose qui ressemble à un mentor, c’est F. Roger Devlin. Formé à la philosophie politique – il a un doctorat de l’université de Tulane – Devlin n’a pas de poste universitaire et son œuvre, en dehors d’un livre tiré de sa thèse sur Alexandre Kojève, consiste en une série d’essais et de comptes-rendus concernant les relations entre les sexes pour The Occidental Quarterly, une revue paléoconservatrice dont les autres contributeurs ont tendance à se focaliser de manière obsessionnelle sur la question de savoir à quelle race appartient quel groupe ethnique. La nature douteuse de la publication mise à part, Devlin use adroitement des théories de la psychologie évolutionniste pour soutenir que la révolution sexuelle avait essentiellement pour but de ressusciter pour les femelles humaines l’hypergamie des primates, de permettre aux femmes d’essayer d’attirer l’attention des mâles alpha de leur choix et de s’accoupler avec eux au lieu de rester chastes jusqu’à leur mariage précoce avec un mâle béta respectable et travailleur (seules les plus belles des jeunes femmes avaient une chance d’accrocher un mâle alpha dans les temps anciens).
« La révolution sexuelle en Amérique fut une tentative de la part des femmes de réaliser leur propre utopie (hypergamique), pas celle des hommes, » écrit Devlin. Les mâles béta deviennent superflus, jusqu’à ce que les femmes nouvellement libérées commencent à rétropédaler après des années passées dans les harems des mâles alpha qui refusent de « s’engager », qu’elles abaissent leurs critères de sélection et « se posent ». Durant ce processus, la monogamie en tant qu’institution sociale stable et pilier la civilisation est brisée. « La monogamie est une forme d’optimisation sexuelle », ainsi que me l’a dit Devlin, « elle permet à toutes les personnes qui désirent se marier de le faire. En régime monogamique, 90% des hommes trouvent une partenaire au moins une fois dans leur vie. » Cela n’est plus nécessairement le cas de nos jours, alors que prédomine une combinaison chaotique de polygamie pour les alphas chanceux, d’hypergamie à des degrés variables pour les femmes en fonction de leur sex-appeal et, en théorie du moins, d’un grand nombre de mâles béta sans aucune partenaire – tout comme dans les troupes de babouins. Le but des méthodes de drague de type Mystery est de donner de meilleures chances de succès à ces mâles béta. 


Dans une série d’interviews, Devlin refusa de décliner son propre statut marital, ou son absence de statut. Néanmoins, dans un email qui m’était adressé et qui concernait la réticence de nombreuses jeunes femmes actuelles, carriéristes et croqueuses d’hommes, à apprendre, mettons, à cuisiner une tarte aux pommes pour faire plaisir à leurs maris, il écrivit : « ma propre expérience en matière de tartes se limite à l’achat de pâtisseries industrielles au supermarché. » Cela laisse penser soit à une absence de vie de couple, soit à une vie de couple déplaisante, ce qui à son tour pourrait expliquer pourquoi les écrits de Devlin à propos du féminisme et de la révolution sexuelle passent fréquemment d’un politiquement incorrect rafraichissant à des propos d’une agressivité perturbante.
Devlin vise peut-être juste lorsqu’il écrit : « La révolution sexuelle féminine, telle qu’elle était représentée par Helen Gurley Brown de Cosmopolitan, revenait à conseiller aux femmes de suivre leurs pires instincts » ou encore « la sagesse populaire en tous les lieux et en tous les temps a toujours considéré l’attirance sexuelle comme une base inadéquate pour le mariage. » Cependant, son compte-rendu du livre de Wendy Shalit, paru en 2007, Girls Gone Mild: Young Rebels Reclaim Self-Respect and Find It's Not Bad to Be Good, était une exécution sans pitié d’un auteur qui était de son côté, du moins en ce qu’elle exhortait les autres femmes à faire montre de davantage de retenue en matière de sexualité et à choisir leurs compagnons sur d’autres critères qu’une apparence de mâle alpha.
Devlin prenait Shalit à partie parce qu’elle sous-entendait que les jeunes femmes sont essentiellement les proies innocentes de prédateurs masculins, qui ont tiré partie de la révolution sexuelle pour « faire pression » sur elles afin qu’elles abandonnent leur vertu et que, afin de retrouver leur « estime d’elles-mêmes », elles devraient se réserver pour un homme qui « prouve son mérite. » Devlin affirmait, peut-être à juste titre, que la position de Shalit ne faisait que reprendre, en l’inversant dans un sens socialement conservateur, le cliché féministe standard au sujet des femmes qui seraient les victimes passives de méchants hommes qui les « utiliseraient », et qu’elle se montrait ainsi aveugle à la complicité bien trop fréquente des femmes dans ces histoires de séduction que déplorent aussi bien les féministes que les conservateurs. Girls gone mild, destiné à l’évidence à un jeune lectorat et écrit sur le ton optimiste d’un magazine féminin, pouvait apparaître comme simpliste et ayant une vision excessivement romantique des femmes comme de petites fleurs fragiles. Cependant, Devlin était si désireux de ne faire aucun quartier à Shalit - et si impatient d’imputer aux femmes toute la responsabilité pour le chaos sexuel actuel – qu’il alla jusqu’à déclarer « les hommes n’ont pas à prouver leur mérite à qui que ce soit. » Vraiment ? A qui que ce soit ?
Le mot misogynie vient ici à l’esprit (indulgence pour les hommes, pas pour les femmes). Cependant ses écrits – et ceux de nombre de bloggeurs de la manosphère qui ont repris ses théories – peuvent aussi être lus comme des cris du cœur[3]. Derrière les bravades transparait, de la part de nombreux hommes, une rage profonde et compréhensible suscitée par le fait d’avoir à vivre au milieu des décombres sexuels et familiaux du nouvel âge paléolithique.
Un bloggeur de Washington D.C se faisant appeler Roosh (vous pouvez vous abonner à sa newsletter : « 7 trucs pour des premiers rendez-vous incroyables », « Comment tomber les filles dans les cafés », etc.) a publié au mois de novembre un article qu’il avait intitulé « les femmes célibataires qui ont délibérément des enfants commettent un crime contre l’humanité. » C’était essentiellement une complainte à propos de l’enfance de Roosh lui-même, sans père à la maison :

« Mes parents ont divorcé lorsque j’avais huit ans, et pendant les douze années suivantes ou à peu près j’ai rendu visite à mon père deux nuits par semaine. Aussi, lorsque je suis sorti du College, j’étais un homme seulement à 30%... Malheureusement beaucoup de types qui ont été élevés par leurs pères pourraient aussi bien être orphelins – leurs pères leur ont appris que dalle – parfois parce que eux-mêmes ne savaient pas exactement comment être un homme. Tout ça parce que la société occidentale n’exige pas des hommes qu’ils se comportent comme des hommes. »

Les commentaires sous cet article débordaient de rage et de tristesse : « Mon père a été largement absent de mon éducation – il était un carnet de chèque, pas une présence. » « Mon père était un alpha et, à cause de ses infidélités, mes parents ont divorcé lorsque j’avais cinq ans. Je n’ai plus jamais revu mon père après cela. » D’une manière qui n’est pas surprenante, la « communauté de la séduction », tout au moins telle qu’elle se manifeste dans les commentaires des blogs consacrés à ce thème, penche fortement du côté des pères divorcés encore furieux à l’égard de leurs ex-femmes ainsi que des jeunes hommes rendus cyniques vis-à-vis du sexe opposé parce leurs pères étaient absents ou bien intimidés par le féminisme, ou encore parce qu’ils ont connues des expériences malheureuses avec des jeunes femmes qui ne les ont pas jugés suffisamment enthousiasmants.
Roissy écrit souvent à propos d’une « apocalypse » qui approcherait, un effondrement total de la civilisation dû un arrêt progressif de sa matrice reproductive (une perspective merveilleuse pour un sensualiste comme lui, mais catastrophique pour tous les autres). Jusqu’à maintenant le mariage en tant qu’institution est encore raisonnablement intact - mais essentiellement  pour les catégories instruites de la population, qui sont démographiquement déclinantes. La décision de stopper l’avancée du Nouveau Paléolithique revient en définitive aux femmes, car c’est au sexe féminin qu’est dévolu le choix du partenaire, de même que faire advenir la révolution sexuelle hypergamique a été le fait des femmes. Quelles sont les chances que cela arrive ? « On a appris aux femmes depuis si longtemps que ce qu’elles font sexuellement n’a aucune importance » m’a dit lors d’une interview téléphonique l’un des commentateurs réguliers de Roissy, un historien d’Ottawa qui répond au pseudonyme de Alias Clio. « Je ne crois pas que (la permissivité sexuelle féminine) ait été bonne pour les femmes, mais c’est ce qu’elles ont choisi. Et il est toujours difficile pour les femmes de voir plus loin que le niveau personnel. »
Roissy lui-même, bien que sans doute le plus cynique de tous les blogueurs de la communauté de la séduction, est en réalité un moraliste honteux qui se languit des temps plus guindés où les femmes s’habillaient avec modestie (la rubrique « Petite amie ou coup d’un soir » porte entièrement sur le genre d’habillement et de comportement qui marquent une femme comme « à baiser et à jeter »), s’abstenaient de jurer comme des charretiers, évitaient de finir dans le lit des hommes (à l’exception du sien !), et d’une manière générale se conduisaient comme il convient à des épouses et à des mères (bien qu’il affirme n’avoir lui-même aucune intention de se marier).
« La meilleure manière de faire pour qu’un homme vous propose le mariage, c’est de rester vierge, » écrit Roissy dans l’un de ses articles. Comme archétype de tout ce qui s’est détraqué dans la structure familiale monogamique sur laquelle reposait la prospérité de l’Occident, Roissy a choisit de mettre en avant une de ses commentatrices régulières, une jeune femme de 28 ans, ancienne danseuse de bar qui se fait appeler Lady Raine et qui, sur sa page Myspace, a publié des photos d’elle-même dans des tenues révélant son postérieur et ses tatouages à côté d’une photo de son fils de 6 ans, qu’elle a conçu hors mariage avec un bon-à-rien alcoolique. En plus du fait de reposter les photos sur son blog, Roissy a raillé Lady Raine comme « mère célibataire », et lui a affirmé que son fils, dont le seul contact avec des hommes adultes semblait être ses innombrables boyfriends, deviendrait probablement en grandissant soit gay soit sociopathe. (En représailles, Lady Raine a dévoilé l’identité de Roissy en mettant sur son propre blog le nom et le lieu de travail de celui-ci – bien que Roissy m’ait soutenu dans un email que tout cela n’était qu’une « expérience » en matière « d’emprunt d’identité. »)
Tout le but de la révolution sexuelle et féministe était de faire disparaître le deux poids deux mesures en matière de sexualité qui était censé empêcher l’ultime libération des femmes. Ces deux révolutions jumelles ont fait disparaître bien davantage, mais le deux poids deux mesures est réapparu sous une forme plus dure, plus cruelle : semant le chaos dans la vie des mâles béta, mais aussi des femelles béta qui, comme l’indique le taux de mariage déclinant, ont du mal à trouver et à garder un partenaire stable dans un marché sexuel saturé par les offres de court terme. Les belles femelles alpha se portent bien – pendant quelques années, jusqu’à ce que les compétitrices plus jeunes arrivent sur le marché. Mais aucune femme, qu’elle soit alpha ou béta, ne semble pouvoir échapper à la préférence atavique des hommes, aussi bien alpha que béta, pour les épouses virginales et bien élevées (ladylike) (L’explication darwinienne pour cela est que ces caractéristiques sont des indicateurs de fidélité conjugale, ce qui assure aux hommes que les enfants que portent leurs épouses sont aussi les leurs). Et tous les aspects du Nouveau Paléolithique découragent la modération sexuelle qui s’imposait autrefois aux deux sexes et qui constituait un fondement solide aussi bien pour la famille que pour la civilisation.
Une semaine après que Courtney A. ait publié son histoire à propos de son aventure d’un soir avec Tucker Max, celui-ci a publié une réponse étonnement gentille et courtoise, qui incidemment expliquait aussi clairement ce que les jeunes femmes devraient faire.

Courtney, je sais que tu as seulement 21 ans, et ceci explique sans doute beaucoup de choses, mais bébé, s’il te plait, essaye de comprendre : nous récoltons tous ce que nous avons semé… je suis sûr qu’il existe tout un tas de gars qui seront gentils et doux avec toi au lit, et qui feront vraiment attention à tes désirs, mais le gars avec lequel tu vas b -  pour relever un défi n’en fait probablement pas partie… Je lui ai dit que je voulais un jour me poser et avoir des enfants. C’est vrai. Peut-être pas tout de suite, mais dans un futur suffisamment proche pour que j’y pense maintenant. Evidemment, voyager dans tout le pays et b – er toutes les étudiantes qui se jettent à mon cou n’aide probablement pas.

Non. Probablement pas.


[1] Cette phrase est une référence à une formule célèbre d’un comic strip américain très populaire, dessiné par Walt Kelly, Pogo : « We have met the enemy and he is us ». Formule qui est elle-même un clin d’œil à un mot fameux prononcé durant la guerre anglo-américaine de 1812 "We have met the enemy and they are ours"…
[2] DC : District of Columbia. Le blog a depuis changé d’adresse et de nom. Il peut être trouvé ici : https://heartiste.wordpress.com/

[3] En français dans le texte.

mercredi 7 janvier 2015

Hommes/femmes : Retour vers le nouvel âge paléolithique (1/2)




Voici donc la suite promise à l'article concernant les hommes-enfants. Enfin, la suite... disons plutôt un complément, qui nous parle des femmes, et plus généralement des rapports hommes/femmes dans ce qu'il faut bien appeler un nouvel âge paléolithique. C'est que, en détruisant la plupart des conventions qui encadraient la sexualité, nos modernes "libérateurs" ont en même temps, et inévitablement, détruit la plupart des repères qui permettaient aux deux sexes de s'accommoder de leurs différences, et tout simplement de s'orienter l'un par rapport à l'autre.
Sous le pavé des conventions, parfois arbitraires, parfois oppressives, se trouvent non pas la liberté et l'épanouissement, mais la confusion, l'insatisfaction, la grossièreté, la brutalité même. Le retour à une nouvelle forme de barbarie. On pourra juger que le résultat n'est pas merveilleux.
Bonne lecture néanmoins. 

The new dating game

 

Charlotte Allen, The Weekly Standard, 15 février 2010


En septembre dernier, une étudiante en College disant se nommer Courtney A. a publié sur le site féministe Lemondrop une histoire intitulée : « J’ai couché avec Tucker Max, la tête de nœud numéro Un d’internet. »
Courtney, 21 ans, est étudiante à Penn State University. Tucker Max, 33 ans, 1mètre 85, beau gosse extraverti, et habituellement photographié une fille pendue à son cou, ou bien une bière ou un cheeseburger à la main est lauréat (en trois ans) de l’université de Chicago. Il a un diplôme de droit de Duke University, dont le comité d’admission a été tellement impressionné par son parcours universitaire qu’il lui a octroyé une bourse d’études. Cependant, sa seule expérience du métier d’avocat à ce jour a consisté à se faire renvoyer d’un poste d’associé pour l’été, à 2400$ par semaine, dans une firme prestigieuse de la Silicon Valley pour, entre autres choses, être arrivé en état d’ébriété à la première réunion et s’être plaint qu’il ne voyait rien parce qu’il avait perdu ses lentilles de contact en faisant bunga-bunga la nuit d’avant avec une fille qu’il avait rencontré à une soirée ; avoir informé une avocate de la firme qu’il était en train d’appeler « une ligne pornographique » lorsqu’elle était entrée à l’improviste dans son bureau, s’être écroulé fin saoul à un séminaire d’entreprise, et avoir hurlé à tue-tête un certain mot de quatre lettres commençant par F lors d’un gala de bienfaisance auquel assistaient les associés de la firme et leurs épouses. Son compte-rendu par email de ce dernier fait d’armes a provoqué l’hilarité tout autour du pays.
Max est un bloggeur célèbre (Tuckermax.com) et son site web est rempli d’anecdotes comme celles-ci-dessus, toutes comportant des exploits de chambre à coucher (si votre définition de la chambre à coucher inclut les vans, les bureaux et les grands espaces) rendus de manière très imagée, de l’alcool à haute dose, et de copieuses quantités de vomi. Il est l’auteur de plusieurs livres, parmi lesquels The definitive book of pickup lines (« Le guide ultime des formules pour draguer » - paru en 2001, épuisé mais se vendant à près de 200$ sur Amazon), le méga-succès de 2006 I hope they serve beer in hell (« J’espère qu’ils servent de la bière en enfer »), qui est resté plus de 100 semaines sur la liste des Best-sellers du New-York Times, et Assholes finish first (« Les trous du cul finissent premiers »), à paraître. Beer in hell, une réécriture de certaines des histoires racontées sur son blog, est devenu un film indépendant à succès sur les campus l’automne dernier (les spectateurs ailleurs se montrant bien moins enthousiastes, pour dire le moins).
Max et Courtney se sont rencontrés parce que Courtney, après avoir lu le texto envoyé par un ami, tard un lundi soir, lui annonçant que Max serait dans un bar près du campus après une projection de Beer in hell, s’était levée d’un bond, avait changé de vêtements en hâte, et s’était précipitée pour attendre l’arrivée du grand homme. Au bar, elle s’était frayée un chemin à travers une cohorte de rivales pour accéder à lui.
« 90D ? » avait demandé Tucker.
« 85D » avait répliqué Courtney « mais c’est bien deviné. Eh, dites donc, vous êtes en train d’essayer de les toucher ou quoi ? »
« Oh, je sais que je peux les toucher », avait-il répondu. « Mais j’aime bien essayer de deviner avant. »
Au Hampton Inn, où résidait Max, il présenta Courtney à son chien : « Dis bonjour à la nouvelle salope. » Le lendemain matin, après avoir passé une partie de la nuit à « défoncer un trottoir avec un marteau-piqueur », ainsi qu’elle décrivit sa technique sexuelle (elle concéda toutefois qu’il « embrassait très bien »), il lui donna 20$ pour qu’un taxi puisse la ramener avec sa courte honte jusqu’à son appartement. Ses derniers mots furent : « Appelle-moi si jamais tu passes à L.A. »
La plupart de ceux qui commentèrent la confession de Courtney exprimèrent leur « dégoût » envers la conduite peu chevaleresque de Max. Dans un éditorial publié en septembre dans le Washington Post, la féministe Jaclyn Friedman - qui de manière inexplicable, mis le succès pervers de Max auprès de la gent féminine (la moitié de ses fans, peut-être la partie la plus dévouée, sont des femmes) sur le compte des programmes d’éducation sexuelle prônant l’abstinence - fit savoir qu’elle trouvait ses « bouffonneries » « révoltantes », tira au canon sur sa « misogynie revendiquée » et l’accusa de contribuer à une atmosphère qui sur, les campus américains, conduisait au viol de 150 000 jeunes femmes chaque année universitaire (Friedman parvenait à ce chiffre extraordinairement élevé en comptabilisant comme viol n’importe quelle relation sexuelle entre étudiants en état d’ébriété). Amanda Marcotte, la blogueuse féministe brièvement embauchée par John Edwards durant sa campagne présidentielle, fit chorus en accusant Max d’éprouver « une haine viscérale des femmes sexuellement libérées » - et aussi de s’être sans doute rendu coupable « d’agression sexuelle » parce qu’il s’était vanté, sur son site web, d’avoir couché avec une jeune femme saoule tandis qu’un ami caché dans un placard filmait la scène. En mai, des manifestantes féministes perturbèrent tellement une des apparitions publiques de Max, à Ohio State University, qu’il eut besoin d’une escorte de police pour s’en aller.
Il est cependant difficile de croire que Courtney A. elle-même partageait ces indignations. Avec son histoire, elle posta une photo d’elle et de Max, prise par un des ses amis tandis qu’ils étaient au bar. La photo montre une jeune femme aux cheveux blonds vénitiens et aux joues roses qui, si elle n’est pas Scarlett Johansson, n’est pas non plus Ugly Betty (son décolleté bonnets C, très en évidence et débordant de son bustier ne nuit pas non plus). Elle affiche également un sourire aussi large qu’une tranche de melon cantaloup. Max, posant ostensiblement pour la photo, entoure les épaules de Courtney d’une manière possessive, à défaut d’être affectueuse, tandis qu’elle appuie sa tête sur sa poitrine. Pas non plus de pair désapprobateur à l’horizon. Lorsque Courtney quitta son appartement pour rencontrer Max au bar, sa colocataire la héla : « Fais en sorte de le ramener ! » Elle et Max partirent pour l’hôtel « tandis que chacun dans le bar faisait des signes d’encouragement et levait le pouce en signe d’approbation. »

Bienvenue dans le nouvel âge paléolithique, où des dizaines de milliers d’années de rituels amoureux se sont évanouis telle la mousse de savon dans le siphon de la douche, et où les hommes de Cro-magnon tirent à nouveau les femmes par les cheveux jusqu’à leur grotte – et où les femmes adorent ça. Des rustres, qui pourraient aussi bien être vêtus de peaux de bête et brandir des épieux, piétinent toutes les subtilités développées pendant des millénaires pour établir des rituels amoureux comme préliminaires à la relation sexuelle : non pas seulement le mariage (qui a disparu il y a des années avec la révolution sexuelle et la diffusion massive de la pilule contraceptive), ni même le fait de sortir officiellement avec quelqu’un (la culture de l’accouplement express y a mis fin)  - mais les simples préliminaires amoureux et autres politesses élémentaires qui étaient autrefois considérées comme allant de soi, au moins parmi les catégories instruites de la population.
Voici la technique de séduction de Max : « « Alors, » demanda-t-il en se glissant rapidement près de moi, « tu rentres avec moi ce soir ? » »
Et voici la réaction de Courtney : « Vers 1h30 j’informais Tucker que, en fait, je rentrerais avec lui. « Oh, je le sais », répondit-il, « il y a un taxi qui nous attend. Allons-y. »
Cela facilite bien sûr les choses qu’il existe aujourd’hui un marché pour qui recherche des femmes prêtes à pratiquement n’importe quoi avec le bon type de goujat. En cause, le mariage de plus en plus tardif (l’âge moyen d’une femme lors de son premier mariage est maintenant de 26 ans, contre 20 ans en 1960 selon le dernier rapport du National Marriage Project de l’Université de Virginie) ; l’apparition de moyens de contraception fiables ; les progrès des antibiotiques (plus besoin de se soucier de ce que l’on appelait les maladies vénériennes). Le divorce sans faute, par ailleurs, a porté le taux de divorce entre quarante et cinquante pourcents et a gonflé les rangs des femmes célibataires, avec des « cougars » dans la trentaine, la quarantaine, la cinquantaine, et même au-delà. Et pour couronner tout cela, une culture universitaire et journalistique imprégnée de féminisme qui célèbre le fait que les femmes « légères » d’hier soient devenues les femmes « libérées » d’aujourd’hui, et qu’elles puissent « explorer leur sexualité » sans être « punies pour leurs désirs », ainsi que l’expliquait l’auteur féministe Naomi Wolf au Guardian en décembre dernier.
Wolf a consacré son livre « Vagabondages » (Promiscuities), publié en 1997, à essayer de faire disparaître le stigmate attaché au… vagabondage. D’un côté, elle dénonce l’injustice du deux poids deux mesures qui fait que la fille qui fricote avec trop de garçons est appelée une « salope », et, d’un autre côté, elle porte aux nues « la Salope » (la majuscule est d’elle) comme étant le parangon de la liberté féministe et de la transgression féministe des normes sociales puritaines. Le point de vue défendu par Wolf est aujourd’hui devenu la norme.
C’est le thème sous-jacent de la pièce d’Eve Ensler, sur le mode les-filles-tiennent-des-propos-salaces, Les monologues du vagin, une pièce jouée à chaque Saint Valentin sur les campus un peu partout dans le pays. L’un des chapitres de Promiscuities, intitulé « Salopes », a figuré sur tellement de listes de lectures obligatoires dans les cours de women studies que des sites payants proposent aux étudiants des dissertations toutes faites à son sujet. Un groupe se donnant pour nom Women’s Direct Action Collective publia, en 2007, un manifeste intitulé « Les salopes contre le viol » qui insistait sur le fait que « toute femme devrait avoir le droit d’exprimer sa sexualité de toutes les manières qui lui conviennent » et que le fait d’être une femme facile était « une affirmation positive de son identité sexuelle ». Si certains vous traitent de pute parce que, mettons, vous vous retrouvez au lit avec quelqu’un dont vous ne pouvez même pas vous rappeler le nom, c’est leur problème. Bien entendu, si un homme confond le fait qu’une femme « exprime sa sexualité de toutes les manières qui lui conviennent » avec le fait qu’elle consent à avoir une relation sexuelle, c’est toujours du viol.
Les mêmes universitaires féministes ridiculisent les inquiétudes concernant les effets à long terme de la culture de l’accouplement express (hook up), en arguant qu’il s’agit là d’une inoffensive bêtise estudiantine, semblable au fait d’avaler un poisson rouge, et que les étudiantes laisseront cela derrière elles, une fois diplômées, sans en garder de séquelles. Tant qu’elles prennent leurs précautions pour ne pas tomber malades ni tomber enceintes, prétend l’actuelle sagesse officielle, cela peut même être bon pour elles : une sorte de rumspringa pour les non-Amish, pendant lequel vous vous purgez de vos pulsions rebelles avant de vous poser et de faire des enfants.
Pepper Schwartz, un professeur de sociologie de l’université de Washington qui tient depuis longtemps une chronique sur la sexualité, a expliqué à ABC News au mois de Novembre :

Avant, les garçons avaient ce genre comportement sexuel grossier et nous disions, « il faut bien que jeunesse se passe », mais désormais ce sont les garçons et les filles… c’est une période pendant laquelle ils testent leurs capacités, et puis ils regarderont en arrière et diront : « Oh, mon Dieu, mais qu’est-ce qui m’est passé par la tête ? » Ils auront la permission que je n’ai pas eu à mon époque de passer à l’acte, de se saouler durant les soirées étudiantes et de coucher sans façons (hook up) avec quelqu’un.

Schwartz ne semble pas être au courant que l’accouplement express fortement alcoolisé subsiste bien longtemps après les soirées étudiantes. Grâce au mariage tardif, au divorce facile, et aux professions rémunératrices que la révolution féministe a ouvertes aux femmes, les bars, les clubs, les trottoirs de presque tous les centres urbains des Etats-Unis débordent chaque fin de semaine de femmes, jeunes et moins jeunes, bronzées, décolorées, les dents blanchies, et vêtues avec les décolletés maximums et les jupes minimales qui étaient traditionnellement associés aux prostituées mais qui sont désormais monnaie courante pour les avocates et les gestionnaires de portefeuille qui s’apprêtent à sortir le soir entre filles. De nos jours, le prélude indispensable à un mariage à 50 000$ n’est pas l’onéreuse bridal shower - bien que cela soit de rigueur - mais l’enterrement de vie de jeune fille, durant lequel la mariée et ses meilleures amies revêtent leurs atours les plus minimalistes et les moins couvrants et vont dans les bars pour y être alpaguées, y compris parfois la mariée elle-même, par les premiers mâles venus suffisamment audacieux (l’accoutrement typique pour l’enterrement de vie de jeune fille se compose d’un voile « ironique » à 15$ pour la marié et d’un godemiché, qui souvent est emmené dans les bars).


Et tout cela au son des encouragements prodigués par les chœurs féministes. L’éditorial de Wolf dans le Guardian louait la « réalisation sexuelle de soi » dépourvue d’inhibition des quatre héroïnes de Sex and the City, et particulièrement de Samantha la quarantenaire (50 ans dans le film de 2008) qui, au cours des six saisons que dura la série, comptabilisa presque autant de partenaires sexuels (41) que les trois autres réunies – et cependant Carrie, Miranda et Charlotte n’étaient elles-mêmes pas les dernières venues en matière de petit coup vite fait. « Des milliers de jeunes femmes n’ont-elles pas poussé un soupir de soulagement, et même de libération, en voyant Samantha avaler une autre téquila, jeter ouvertement un regard lascif au dieu du sexe assis à l’autre bout du bar, et devenir plus riche et plus belle avec l’âge, sans MST ni furies vengeresses pour la poursuivre ? » s’extasiait Wolf.
Qui plus est, la vie dans les grandes villes se met à ressembler à Sex and the City. Un sondage publié dans le New-York Daily News aux alentours de la sortie du film révélait que la résidente typique de Manhattan, qui en moyenne se marie plus tard que presque toutes les autres femmes de ce pays, avait 20 partenaires sexuels durant son existence. A titre de comparaison, le nombre moyen de partenaires sexuels au cours d’une vie pour toutes les femmes américaines âgées de 15 à 44 ans est de seulement 3,3, selon les derniers chiffres fournis par le Bureau du Recensement.
Comme l’on peut s’y attendre, beaucoup d’hommes aimeraient se servir à ce buffet surchargé. Mais il y a un problème : s’il est évidemment vrai que les principaux bénéficiaires de la libération sexuelle sont les hommes, ce sont seulement certains hommes : les Tucker Max, qui ont la belle apparence, la confiance en eux et le culot qui leur permet de se joindre avec succès à un groupe de jolies femelles au sein d’un club anonyme et surpeuplé, tandis que les petits, les quelconques, les ventrus, les chauves, et ceux vêtus de sweat-shirt sont, si ce n’est interdits d’entrée par les videurs, du moins ignominieusement ignorés par les beautiful people qui se pressent à l’intérieur.
C’est cette situation anxiogène qui a donné naissance à la « communauté de la séduction », partie entreprise de copains, partie affaire ouvertement commerciale et férocement compétitive. La naissance du business de la séduction a coïncidé précisément avec la révolution sexuelle : avec la publication en 1970 du manuel à succès d’Eric Weber (qui donnera lieu plus tard à une adaptation cinématographique) How to pick up girls (« Comment tomber les filles »). Tombée en désuétude au même titre que le breakdance, les pulls à double maille et le fait de danser le Bus Stop, l’art de tomber les filles est ressuscité dans les années 1990 sous la forme d’une prétendue science exacte. Une brochette de mentors aux allures de gourous apparurent avec un ensemble de rites élaborés, de techniques précisément définies, et un langage bourré d’acronymes accessible aux seuls initiés – délibérément élaboré pour séduire les hommes, dont l’esprit semble se délecter des rituels, de la hiérarchie et des complexités ésotériques (pensez aux statistiques du base-ball, aux rituels des scouts, à l’armée, à la messe catholique et à la Franc-Maçonnerie).
Un diplômé de UCLA et ancien auteur de comédies ayant choisi de s’appeler Ross Jeffries mis au point une technique, basée sur l’hypnose, qu’il nomma « programmation neuro-linguistique » et qui formait la base de son livre publié en 1992 : How to get the women you desire into bed (« Comment mettre dans votre lit les femmes que vous désirez »). Jeffries fut un pionnier dans l’élaboration d’un jargon de la séduction – son néologisme le plus utilisé : « sarging », tiré du nom de son chat, Sarge, signifie écumer les bars en quête de femmes désirables – de même que dans l’usage d’internet. Son site web, Speed Seduction (« Séduction expresse »), qui se porte fort bien, propose des CD, des DVD, des didacticiels et des séances de coaching en techniques de drague. Le succès commercial de Jeffries a donné naissance à des milliers d’imitateurs : Grow Your Game, Double Your Dating, Real Social Dynamics, Alpha Seduction, Seduction Base, Seduction Chronicles, Seduction Lair, Seduction Science, Blissnosis [là, je renonce à traduire] et ainsi de suite. Tous ces sites, dont beaucoup comportent un forum de discussion pour chercher des conseils et échanger des histoires de séduction, font la promotion de livres de développement personnel, de CD, de DVD, et d’autres marchandises. Tous affichent des photos de femmes légèrement vêtues type top-modèle et utilisent le même jargon bourré d’acronymes dont la paternité doit en définitive être attribuée à Jeffries : un PUA est un « Pick Up Artist » (un tombeur de première), un AFC est un « Average Frustrated Chump » (un nigaud frustré moyen) qui ne s’est pas offert les services d’un gourou pour devenir un PUA ; une HB est une « Hot Babe » (une bombasse) ; un IOI est un « indicateur » de l’intérêt qu’une HB porte à un PUA, tel que se pencher dans sa direction ou bien effleurer « accidentellement » sa main.
Le disciple le plus célèbre de Jeffries est un ancien prestidigitateur d’origine canadienne nommé Erik James Horvat Markovic, qui changea par la suite son nom, tout d’abord en Erik von Markovic, puis tout simplement en Mystery. La plupart des gourous de la drague adoptent de nouveaux noms, peut-être pour signifier leur nouvelle identité. Le vrai nom de Ross Jeffries est Paul Jeffrey Ross. David DeAngelo de Double Your Dating s’appelait à l’origine Eben Pagan. Tyler Durden (en référence au personnage du film Fight Club) de Real Social Dynamics s’appelle en réalité Owen Cook. (Durden inventa le néologisme chick crak – « ouvre-boite à nanas » – en référence à l’astrologie, à la chiromancie, à l’analyse des rêves, à l’analyse graphologique, aux tests de personnalité, et autres préoccupations féminines new-age qui offrent d’excellents points d’accroche pour les hommes prêts à faire semblant de s’y intéresser.)
Le changement d’identité de Mystery fut le plus complet, ainsi que celui qui rencontra le plus de succès et eut le plus d’influence. Son livre publié en 2007 : The Mystery Method : How to Get Beautiful Women Into Bed (« La méthode Mystery : comment amener de belles femmes dans votre lit ») est probablement le plus lu de tous les manuels de séduction, et l’émission de TV-réalité présenté par Mystery, The Pickup Artist, a été diffusée durant deux saisons sur VH1 en 2007-2008 (le lustre de l’émission fut quelque peu ternie lorsqu’il s’avéra que le gagnant de la première saison du concours de séduction était en réalité un acteur professionnel et non pas le programmateur de jeux vidéo qu’il prétendait être).


Mystery inventa également les « séminaires » ou « camps d’entrainement » - aujourd’hui copiés par tout le monde - se tenant dans un hôtel le temps d’un week-end et destinés à transformer des AFC en PUA pratiquement du jour au lendemain. Afin d’avoir une expérience de première main, les participants sont cornaqués vers des bars par les « entraineurs » maitres PUA, qui possèdent chacun leurs propres pseudonymes (Captain Jack, HiRoller, Keychain, et ainsi de suite). Les camps d’entrainement ne sont pas donnés. Le site web de Mystery, Venusian Arts, ne mentionne pas les prix, mais les trois jours de séminaire proposés par le compétiteur n°1 de Venusian Arts, Love Systems – tenu par Nick Savoy (dont le vrai nom est Nicholas Benedict), un associé de Mystery jusqu’à une méchante dispute en 2007 – coûte 2997$ par personne, avec une caution de 999$.  Et que les acheteurs prennent garde : bien que presque tous les maitres PUA, y compris Mystery lui-même, affirment que, dans leur vie antérieure, ils étaient des « geeks » asociaux qui ne s’étaient pratiquement jamais aventurés à moins d’un mètre cinquante d’une femme nubile, la plupart des entraineurs, tout au moins chez Love Systems, ont des antécédents dans le commerce ou le show-business et ne ressemblent sans doute pas exactement à l’informaticien introverti et au bureaucrate insignifiant qui viennent solliciter leurs conseils. En regardant des extraits vidéo des séminaires, avec des mentors habillés de manière voyante, se pavanant et déversant des acronymes devant des élèves très concentrés à la recherche de bras accueillants, on ne peut s’empêcher de penser à ces autres séminaires : « Comment vous enrichir en rachetant pour une bouchée de pain des biens hypothéqués », qui ciblent eux aussi une autre aspiration typiquement masculine.
A la fin des années 1990, Mystery mis au point un « algorithme » précis et contraignant composé de gestes et de « routines » - des répliques écrites à l’avance destinées à être employées en situation – qui garantissent virtuellement (tout au moins selon Mystery) que vous pourrez amener une femme dans votre lit après avoir passé seulement sept heures en sa compagnie à partir du moment où vous l’avez rencontré. Et une femme superbe, qui plus est. Mystery donne pour conseil à ses lecteurs de ne pas se préoccuper des femmes valant moins de 6 (« Apparence acceptable », dans son jargon) sur une échelle de 1 à 10 tout en leur affirmant que, s’ils suivent ses conseils, ils peuvent facilement décrocher une « bombe genre mannequin » valant 10.
La stratégie fondamentale est de « montrer une valeur supérieure » (Demonstrate Higher Value – DHV – un autre acronyme de Mystery), pour paraître tellement fascinant que la femme désirera vous prouver sa valeur, et pas l’inverse. Vous ne lui offrez pas un verre, vous proposez qu’elle vous en offre un. Vous ne lui donnez pas votre numéro de téléphone, vous la persuadez de vous donnez le sien. Si elle vous demande comment vous gagnez votre vie, vous ne mentionnez pas l’inintéressant travail de bureau auquel vous vous accrochez ; vous lui dites que vous « réparez des rasoirs jetables » (la réponse proposée par un disciple de Mystery). Vous « faites le paon » (une autre expression de Mystery), ce qui signifie que vous portez des tenues extravagantes, destinées à attirer l’attention. La garde-robe typique de Mystery destinée à faire le paon comprend un chapeau baquet en fourrure noir, avec du vernis à ongle et un eye-liner assorti. Dans The Pickup Artist, il arborait un stock apparemment inépuisable de couvre-chefs exotiques et de colifichets pour homme.
Mystery, Savoy et Durden étaient les personnages principaux dans le best-seller du journaliste de Rolling Stone, Neil Strauss, The Game : Penetrating the Secret Society of Pickup Artists. Le livre, conçu pour ressembler à une Bible King James avec une couverture surdimensionnée imitant le cuir et des illustrations de style Manga, est pour partie un ouvrage d’auto-promotion (Strauss, qui se décrit lui-même comme un ancien tocard ayant décidé de se raser la tête, de faire corriger sa myopie par laser, et qui a pris le nom de Style après avoir rejoint Mystery, a monté sur internet sa propre entreprise de conseils en séduction, Stylelife Academy) et pour partie la chronique – une chronique monotone – de ses nuits passées à écumer les bars pour trouver des femelles à séduire tandis qu’il vivait avec un groupe d’artistes de la drague dans une maison près de Sunset Strip ; maison dans laquelle passait un flot ininterrompu de créatures superbes et sordides, composé de stars du porno, d’aspirants mannequin, et d’autres habitants féminins du demi-monde Hollywoodien, y compris Courtney Love à la toute fin de sa carrière, entre deux séjours dans des cliniques de désintoxication. Le point culminant du livre se situe lorsque l’un des résidants de la maison persuade Paris Hilton de lui donner son numéro de téléphone dans un bar à tacos.
Si tout cela vous semble risible, fastidieux, manipulateur, évident, condescendant envers les femmes, peut-être même un peu gay, c’est parce que ça l’est. Seulement voilà : ce truc marche. Si vous pensez que les hommes qui font le paon ont l’air ridicules et efféminés, allez donc visitez le site de photographies Hot Chicks With Douchebags (« Super pépées avec des blaireaux »), où vous verrez des filles superbes pendues au cou de beaufs en train de se pavaner et de gommeux à la Jersey Shore arborant des chemises ouvertes jusqu’au nombril et des crêtes gominées sur le sommet du crane. Regardez la vidéo « Apprenez assez de guitare pour baiser », sur Youtube (trois cordes, pas plus). En juin 2005, Craig Malisow, un reporter de Houston Press a suivi Bashev, un étudiant à Rice University de 24 ans, d’origine Bulgare, et artiste de la drague autoproclamé, dans une série de bars et de boites de nuit à Houston. Bashev n’avait aucune intention de révéler aux HB (Hot Babes) âgées d’une vingtaine d’années qu’il rencontrait que son travail dans la journée consistait à effectuer des calculs à variables multiples. Au lieu de cela, il leur montrait ses chaussures et les informait qu’il était « mannequin de pied ». Puis il faisait usage d’une tirade introductive préparée à l’avance : pensaient-elles que les reality shows étaient « vraiment vrais » ? Bien sûr, deux groupes de filles sur lesquels il essaya cette formule roulèrent des yeux en grimaçant, mais trois bars (et la même méthode ) plus tard, il était assis confortablement dans un fauteuil de salon en train de lire les lignes de la main d’une accorte brunette (ouvre-boite à nana plus « kino », un autre néologisme crée par Mystery faisant référence au fait d’amener une femme à désirer que vous la touchiez) et en peu de temps « les doigts de celle-ci agrippaient doucement son poignet » observa Malisow. En quelques minutes, Bashev avait non seulement obtenu un numéro de téléphone mais aussi un rendez-vous pour le mercredi suivant.
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