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jeudi 2 octobre 2014

Violence, intolérance, y a-t-il une spécificité de l'islam?



 
Depuis qu’il n’a plus été possible à l’Occident d’ignorer la violence et les atrocités commises au nom de l’islam – disons, par commodité, depuis les attentats du 11 septembre 2001 – il n’a jamais manqué de bon esprits pour s’improviser théologiens, au débotté, et pour nous expliquer que, bien évidemment, ceux qui tuent et oppriment au nom de l’islam n’ont rien compris à la religion de Mahomet, qui est fondamentalement pacifique et tolérante, ou à tout le moins ni plus intolérante ni plus violente que les autres religions monothéistes.
Ce discours désormais bien rodé se fait bien sûr particulièrement entendre lorsque se produit quelque attentat, ou bien que l’Occident se décide à combattre timidement des jihadistes devenus trop entreprenants – comme en ce moment.
Dans ce contexte, je me suis donc dit qu’il ne serait pas malvenu de vous présenter cet article qui rappelle utilement quelques faits élémentaires que nos théologiens en herbe devraient connaître – s’ils se souciaient réellement de théologie, et de vérité.
Bonne lecture !


Are judaism and christianity as violent as islam?


Par Raymond Ibrahim, Middle East Quarterly, summer 2009


« Il y a bien plus de violence dans la Bible que dans le Coran ; l’idée que l’islam se serait imposé par l’épée est une fiction occidentale inventée durant le temps des croisades, lorsque c’étaient précisément les chrétiens occidentaux qui se livraient à une guerre sainte brutale contre l’islam[1]. » Ainsi parle Karen Armstrong, une ancienne nonne qui se décrit comme une « monothéiste freelance ». Cette citation résume le plus influent de tous les arguments qui servent aujourd’hui à réfuter l’accusation selon laquelle l’islam serait violent et intolérant par nature : toutes les religions monothéistes, disent ceux qui avancent cet argument, et pas seulement l’islam, ne sont pas avares de textes violents et intolérants ainsi que d’évènements sanglants tout au long de leur histoire. Ainsi, lorsque les textes sacrés de l’islam – en premier lieu le Coran, suivi par les dits et faits de Mahomet (les hadiths) – sont mis en avant pour démontrer le caractère fondamentalement belliqueux de cette religion, la réponse immédiate sera que les autres livres sacrés, et notamment ceux du christianisme et du judaïsme, regorgent eux aussi de passages violents.
Le plus souvent, cet argument met fin à toute discussion concernant le fait de savoir si la violence et l’intolérance sont propres à l’islam. A la place d’une telle discussion, la réponse par défaut devient : ce n’est pas l’islam en tant que tel mais plutôt les griefs et les frustrations des musulmans – sans cesse exacerbées par des facteurs économiques, politiques et sociaux – qui conduisent à la violence. Que cette manière de voir les choses s’accorde parfaitement avec l’épistémologie « matérialiste » de l’Occident sécularisé ne la rend que plus indiscutable.
Par conséquent, avant de condamner le Coran et les hadiths parce qu’ils incitent à la violence et à l’intolérance, les juifs sont invités à considérer l’histoire des atrocités commises par les Hébreux, telles que les rapportent leurs propres textes sacrés ; les chrétiens seraient bien avisés de se pencher sur les violences que leurs prédécesseurs ont commis au nom de la foi, aussi bien contre les non-chrétiens que contre leurs coreligionnaires.
Autrement dit, juifs et chrétiens devraient se souvenir qu’avant de critiquer il vaut mieux balayer devant sa porte.
Mais est-ce réellement le cas ? L’analogie avec les autres textes sacrés est-elle légitime ? La violence des Hébreux dans les temps anciens, et la violence des chrétiens au moyen-âge, peut elle se comparer à, et excuser, la persistance de la violence musulmane à l’ère moderne ?

Tout comme Armstrong, un grand nombre d’écrivains, d’historiens et de théologiens éminents ont défendu cette conception « relativiste ». Par exemple, John Esposito, directeur du centre Alwaleed bin Talal pour l’entente islamo-chrétienne à l’université de Georgetown, s’interroge :

Comment se fait-il que nous posions sans cesse la même question [au sujet de la violence de l’islam] et que nous ne posions pas cette question à propos du christianisme et du judaïsme ? Les juifs et les chrétiens ont commis des actes de violence. Nous avons tous un côté transcendant et un côté obscur… nous avons notre propre théologie de la haine. Au sein du christianisme et du judaïsme majoritaire, nous avons tendance à être intolérants ; nous souscrivons à une théologie exclusiviste : eux contre nous[2].

Un article de Philip Jenkins, professeur d’humanités à Pennsylvania State University, intitulé Dark Passages, dessine cette position avec le plus de force. Il s’agit de montrer que la Bible est plus violente que le Coran.

En ce qui concerne le fait d’ordonner des actes violents et des massacres, l’idée simpliste que la Bible serait supérieure au Coran se révèle totalement fausse. En réalité, la Bible déborde de « textes de terreur », pour reprendre un terme forgé par le théologien américain Phyllis Trible. La Bible contient bien plus de versets glorifiant la violence ou y exhortant que le Coran, et la violence biblique est souvent bien plus extrême, et marquée par une sauvagerie plus indiscriminée… si les textes fondateurs structurent la religion toute entière, alors le judaïsme et le christianisme méritent une condamnation sans appel comme religions de la sauvagerie[3].

Plusieurs histoires tirées de la Bible ainsi que de l’histoire judéo-chrétienne, illustrent le propos de Jenkins, mais deux en particulier – l’une censée être représentative du judaïsme, l’autre du christianisme – sont régulièrement mentionnées et méritent par conséquent un examen plus attentif.
La conquête du pays de Canaan par les Hébreux, vers 1200 avant JC, est souvent caractérisée comme un « génocide », et est devenue pratiquement emblématique de la violence et de l’intolérance biblique.
Dieu a dit à Moïse :

Mais dans les villes de ces peuples dont l'Éternel, ton Dieu, te donne le pays pour héritage, tu ne laisseras la vie à rien de ce qui respire. Car tu dévoueras ces peuples par interdit, les Héthiens, les Amoréens, les Cananéens, les Phéréziens, les Héviens, et les Jébusiens, comme l'Éternel, ton Dieu, te l'a ordonné, afin qu'ils ne vous apprennent pas à imiter toutes les abominations qu'ils font pour leurs dieux, et que vous ne péchiez point contre l'Éternel, votre Dieu. (Deutéronome 20:16)

Josué battit tout le pays, la montagne, le midi, la plaine et les coteaux, et il en battit tous les rois; il ne laissa échapper personne, et il dévoua par interdit tout ce qui respirait, comme l'avait ordonné l'Eternel, le Dieu d'Israël. (Josué 10:40)

En ce qui concerne le christianisme, dans la mesure où il est impossible de trouver des versets du Nouveau Testament qui incitent à la violence, ceux qui souscrivent à l’idée que le christianisme est aussi violent que l’islam s’appuient sur des évènements historiques, tels que les croisades qui furent menés par les chrétiens européens entre le 11ème et le 13ème siècle. Les croisades furent effectivement violentes et conduisirent à des atrocités, selon les critères du monde moderne, commises sous la bannière de la croix et au nom du christianisme. Après avoir pris d’assaut les remparts de Jérusalem en 1099, par exemple, il est dit que les Croisés massacrèrent presque tous les habitants de la cité sainte. Selon la chronique médiévale Gesta Danorum « Le massacre fut si grand que nos hommes pataugeaient dans le sang jusqu’aux chevilles. »
A la lumière de ce qui précède, Armstrong, Jenkins, Esposito, et d’autres encore, demandent : comment les juifs et les chrétiens peuvent-ils affirmer que le Coran est la preuve de la violence de l’islam, tout en ignorant leurs propres textes et leur propre histoire ?
La réponse est que de telles observations confondent l’histoire et la théologie en mettant sur le même plan les actions temporelles des hommes et ce qui est censé être la parole immuable de Dieu. L’erreur fondamentale est de confondre l’histoire judéo-chrétienne – qui est parsemée de violence – avec la théologie islamique – qui ordonne la violence. Bien évidemment, les trois religions monothéistes ont toutes eu leur lot de violence et d’intolérance envers « l’autre ». La question essentielle est donc de savoir si cette violence est ordonnée par Dieu ou bien si des hommes belliqueux ont simplement prétendu qu’il en était ainsi.


La violence de l’Ancien Testament est un exemple intéressant. Dieu a clairement ordonné aux Hébreux d’annihiler les habitants du pays de Canaan et les peuples alentour. Cette violence est donc une expression de la volonté divine, pour le meilleur ou pour le pire. Néanmoins, tous les actes historiques de violence commis par les Hébreux et rapportés par l’Ancien Testament ne sont rien d’autre que cela – de l’histoire. Ils se sont produits, parce que Dieu les a commandés. Mais ils étaient attachés à un temps et à un lieu particulier et étaient dirigés contre un peuple spécifique. A aucun moment une telle violence n’est devenue la norme ou n’a été codifiée dans la loi juive. En résumé, les récits bibliques de violence sont descriptifs, pas prescriptifs.
Et c’est là que la violence islamique est unique. Bien que similaire à la violence de l’Ancien Testament – ordonnée par Dieu et manifestée au cours de l’histoire – certains aspects de la violence islamique ont été codifiés dans la loi islamique et valent pour tous les temps. Ainsi, si la violence que l’on peut trouver dans le Coran a un contexte historique, sa signification ultime est théologique. Considérez par exemple les versets coraniques suivants, plus connus sous le nom de « versets de l’épée » :

Une fois passés les mois sacrés, tuez les incroyants où que vous les trouviez. Prenez-les, assiégez-les, dressez-leur des embuscades. S’ils se repentent, font la prière, acquittent l’aumône, laissez-leur le champ libre, car Dieu pardonne, il a pitié. (Coran 9:5)

Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n'interdisent pas ce qu'Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu'à ce qu'ils versent la capitation par leurs propres mains, après s'être humiliés. (Coran 9:29)

De même que les versets de l’Ancien Testament dans lesquels Dieu ordonne aux Hébreux d’attaquer et tuer leurs voisins, les versets de l’épée ont un contexte historique. Dieu donna ces commandements après que les musulmans, sous la direction de Mahomet, soient devenus suffisamment puissants pour envahir leurs voisins païens et chrétiens. Mais à la différence des anecdotes et des versets belliqueux de l’Ancien Testament, les versets de l’épée sont devenus fondamentaux pour les relations ultérieures de l’islam à la fois avec les « peuples du livre » (c’est-à-dire les juifs et les chrétiens) et les « idolâtres » (hindouistes, bouddhistes, animistes, etc.), et en fait, ces versets ont lancé les conquêtes musulmanes, qui ont changé à jamais la face du monde. En se basant sur le Coran (9:5) par exemple, la loi islamique stipule que les idolâtres et les polythéistes doivent se convertir à l’islam ou bien être tués ; simultanément, le Coran 9:29 est la source première des pratiques discriminatoires bien connues pratiquées par les musulmans envers les chrétiens et les juifs conquis et vivant sous la souveraineté islamique.
En fait, en se basant sur les versets de l’épée ainsi que sur d’innombrables autres versets et paroles attribuées à Mahomet, les savants islamiques, sheikhs, muftis et imams, ont tous, à travers les âges, atteint un consensus – un consensus contraignant pour la communauté musulmane toute entière -  selon lequel l’islam doit être en guerre perpétuelle avec le monde non-islamique jusqu’à ce que le premier subjugue le second. En effet, il est très largement admis par les savants musulmans que les versets de l’épée, parce qu’ils figurent parmi les dernières révélations au sujet des rapports de l’islam avec les non-musulmans, ont à eux seuls abrogés presque 200 versets antérieurs, et plus tolérants, du Coran, tels que « pas de contrainte en religion » (Coran 2:256).
Le célèbre savant musulman Ibn Khaldun (1332-1406), admiré en Occident pour ses vues « progressistes », apporte aussi un démenti à l’idée que le jihad serait une guerre défensive :

Dans l’institution religieuse islamique, la guerre sainte est une prescription religieuse en raison de l’universalité de l’appel en vue d’amener la totalité des hommes à l’islam de gré ou de force. C’est pourquoi le califat et la souveraineté temporelle y ont été établis de telle façon que ceux qui en ont la charge puissent exercer leur force dans les deux domaines à la fois.
Pour les autres institutions religieuses [chrétiennes et juives], leur mission n’y est pas universelle, pas plus que la guerre sainte n’y est prescrite, sauf seulement pour se défendre. Celui donc qui y est en charge de la religion ne s’occupe en rien de la conduite des affaires politiques. La souveraineté temporelle échoit seulement à quelqu’un de façon accidentelle et pour des raisons autres que religieuses c’est-à-dire en vertu des exigences de l’esprit de corps qui porte naturellement à rechercher le pouvoir. Ils ne sont pas chargés, en effet, de se rendre maître des nations comme c’est le cas de l’institution religieuse islamique. Il est seulement requis d’eux qu’ils observent leur religion en privé[4].

Les savants modernes sont en accord avec cette description. Dans The Encylopaedia of Islam, l’article « Jihad » par Emile Tyan affirme que « l’expansion de l’islam par les armes est un devoir religieux pour les musulmans en général… le jihad doit continuer à être mené jusqu’à ce que le monde entier soit dominé par l’islam… l’islam devrait être complètement transformé avant que la doctrine du jihad puisse être éliminé ». Le juriste irakien Majid Khaduri (1909-2007), après avoir affirmé que jihad et guerre étaient synonymes, écrit « le jihad est considéré par tous les juristes, pratiquement sans exception, comme une obligation collective pour l’ensemble de la communauté musulmane[5]. » Et, bien entendu, les manuels de droit islamique écrits en arabe sont encore plus explicites[6].

Lorsque les versets violents du Coran sont juxtaposés avec leurs équivalents dans l’Ancien Testament, on peut voir que les premiers se distinguent par l’usage d’un langage qui transcende le temps et l’espace et qui incite les croyants à attaquer et tuer les incroyants aujourd’hui tout autant qu’hier. Dieu a commandé aux Hébreux de tuer les Hittites, les Amorites, les Canaanites, les Perizzites, les Hivites et les Jésubites – des peuples particuliers, liés à un lieu et à un temps particulier. A aucun moment Dieu n’a donné aux Hébreux, et par extension à leurs descendants juifs, un ordre sans limitation de temps et de lieu de combattre et de tuer les gentils. A l’inverse, bien que les ennemis originels de l’islam aient, comme ceux du judaïsme, eu une existence historique (c’est-à-dire les Byzantins et les Zoroastriens), le Coran les désigne rarement par leurs noms propres. Au lieu de cela, les musulmans sont enjoints de combattre les peuples du livre « jusqu'à ce qu'ils versent la capitation par leurs propres mains, après s'être humiliés » et de « tuer les incroyants où que vous les trouviez. »
Les deux conjonctions arabes « jusque » (hata) et « où que » (haythu) montrent le caractère perpétuel et omniprésent de ces commandements : il y a toujours des « peuples du livre » qui doivent être « entièrement soumis » (particulièrement sur le continent américain, en Europe, et en Israël) et des « idolâtres » qui doivent être tués « où qu’ils soient » (particulièrement en Asie et en Afrique sub-saharienne). En fait, la caractéristique principale de presque tous les commandements violents que l’on peut trouver dans les textes sacrés de l’islam, c’est leur nature générique et illimitée, dans le temps et l’espace. « Et combattez-les [les incroyants] jusqu'à ce qu'il ne subsiste plus d’idolâtrie, et que la religion soit entièrement à Allah. » (Coran 8:39) De la même manière selon une tradition bien attestée qui apparaît dans les hadiths, Mahomet aurait déclaré :

J’ai reçu le commandement de faire la guerre au genre humain jusqu’à ce que tous attestent qu’il n’y a de dieu que Dieu et que Mahomet est le messager de Dieu ; et qu’ils fassent la prière, et acquittent l’aumône. S’ils font ainsi, leur vie et leurs propriétés sont sauves[7]. [C’est moi qui souligne]

Cet aspect linguistique est crucial pour comprendre l’exégèse des textes sacrés qui traitent du sujet de la violence. Et à nouveau, il est nécessaire de répéter que ni les textes juifs ni les textes chrétiens – l’Ancien et le Nouveau Testament, respectivement – n’énoncent de tels commandements perpétuels et illimités. En dépit de cela, Jenkins se lamente sur le fait que :

Les commandements de tuer, de commettre des nettoyages ethniques, d’institutionnaliser la ségrégation, de craindre et de haïr les autres races et les autres religions… se trouvent tous dans la Bible, et se répètent bien plus fréquemment que dans le Coran. Nous pouvons, à chaque fois, argumenter au sujet de la signification de ces passages, et notamment pour savoir s’ils doivent être considérés comme pertinents pour les temps ultérieurs. Mais il n’en demeure pas moins que ces mots sont là, et que leur inclusion dans les saintes écritures signifie qu’ils sont, littéralement, canonisés, au même titre que dans les textes musulmans.

On s’interroge sur ce que Jenkins a à l’esprit lorsqu’il emploie le mot « canoniser ». Si par canoniser il veut dire que de tels versets sont considérés comme faisant partie du canon des écritures judéo-chrétiennes, il a incontestablement raison ; à l’inverse, si par canoniser il veut dire ou laisser entendre que ces versets font partie de la Weltanschauung judéo-chrétienne, il a totalement tort.
Cependant, il n’est pas nécessaire de s’appuyer sur des arguments purement exégétiques et philologiques : à la fois l’histoire et les évènements récents apportent un démenti au relativisme de Jenkins. Alors que durant le premier siècle de son histoire le christianisme se diffusa par le sang de ses martyrs, durant son premier siècle d’existence l’islam se répandit par la conquête et le carnage. En fait, du premier jour jusqu’à aujourd’hui, l’islam – à chaque fois qu’il l’a pu – s’est répandu par la conquête, comme en témoigne le fait que la plus grande partie de ce qui est maintenant connu comme le monde musulman, ou dar-al-islam, fut conquis par l’épée de l’islam. Il y a là un fait historique, attesté par les historiens musulmans les plus autorisés. Même la péninsule arabique, la « patrie » de l’islam, fut conquise avec force violence et massacres, comme le montrent les guerres de Ridda qui suivirent la mort de Mahomet et durant lesquelles des dizaines de millier d’arabes furent passés au fil de l’épée par le premier calife Abu Bakr pour avoir abandonné l’islam.

 
Par ailleurs, en ce qui concerne l’explication standard utilisée de nos jour pour excuser la violence islamique – à savoir que celle-ci est le produit de la frustration des musulmans vis-à-vis de l’oppression politique ou économique dont ils sont victimes – il est nécessaire de poser la question : qu’en est-il de tous les chrétiens opprimés dans le monde d’aujourd’hui, des juifs, des hindous, des bouddhistes ? Où donc est leur violence exercée au nom de leur foi ? Le fait n’est pas contestable : bien que le monde musulman se taille la part du lion en matière de gros titres dramatiques – violence, terrorisme, attaques suicides, décapitation - il n’est certainement pas la seule partie du monde à souffrir de pressions à la fois internes et externes.
Par exemple, bien que pratiquement toute l’Afrique sub-saharienne soit actuellement en proie à la corruption, à l’oppression et à la pauvreté, en termes de violence, de terrorisme, et de chaos pur et simple, la Somalie – qui se trouve être le seul pays sub-saharien qui soit entièrement musulman – l’emporte de loin sur tous les autres. De plus, les principaux responsables de la violence en Somalie, qui appliquent partout où ils le peuvent des mesures législatives intolérantes et draconiennes – les membres du groupe jihadiste Al-Shabab – revendiquent et justifient toutes leurs actions en se référant à l’islam.
Au Soudan également, le gouvernement islamiste de Khartoum mène contre les chrétiens et les polythéistes un véritable génocide qui aboutit à la mort de près d’un million « d’infidèles » et « d’apostats ». Que l’Organisation de la Conférence Islamique ait apporté son soutien au président soudanais Hassan Ahmad al-Bashir, qui est recherché par la Cour Pénale Internationale, est par ailleurs révélateur du fait que l’organisation islamique approuve la violence envers les non-musulmans et ceux considérés comme insuffisamment musulmans.
L’Amérique latine et les pays d’Asie non musulmans ont aussi leur part de régimes oppressifs, autoritaires, de pauvreté, et de tout ce dont souffre le monde musulman. Pourtant, à la différence de ce qui se produit presque quotidiennement dans le monde islamique, nul n’entend parler de Chrétiens, de Bouddhistes, ou d’Hindous pratiquants qui lanceraient des véhicules bourrés d’explosifs dans les bâtiments officiels de gouvernements oppressifs (par exemple les gouvernements communistes de Cuba ou bien de la Chine), tout en brandissant leurs écritures saintes et en hurlant « Jésus [ou Bouddha, ou Vishnu] est grand ! » Pourquoi ?
Il est un dernier point qui est souvent négligé – soit par ignorance soit par malhonnêteté – par ceux qui affirment que la violence et l’intolérance sont, d’une manière générale, également présentes dans toutes les religions. Outre la parole divine contenue dans le Coran, le comportement de Mahomet – son exemple ou Sunna – est une source extrêmement importante de la législation islamique. Les musulmans sont encouragés à suivre l’exemple de Mahomet dans toutes les circonstances de la vie : « vous avez dans le Messager d'Allah un excellent modèle [à suivre] » (Coran33:21). Et la ligne de conduite de Mahomet envers les non musulmans est dépourvue d’ambiguïté.
Par exemple, argumentant de manière sarcastique contre le concept d’islam modéré, Oussama Ben Laden – qui bénéficie du soutien de la moitié du monde arabo-musulman si l’on en croit un sondage de la chaîne Al-Jazeera – décrit ainsi l’exemple (sunna) donné par le prophète :

Notre prophète a fait preuve de « modération » lorsqu’il était à Médine, en ne restant pas plus de trois mois sans mener des raids ou sans envoyer des raids sur les terres des infidèles pour prendre leurs forteresses, saisir leurs biens, leurs vies, leurs femmes[8].

En fait, en se basant à la fois sur le Coran et sur la sunna, voler et piller les infidèles, réduire leurs enfants en esclavage et transformer leurs femmes en concubines sont des activités légitimes[9]. Et le concept de sunna – qui donne son nom à près de 90% du milliard et demi de musulmans – signifie essentiellement que tout ce qui a été fait ou approuvé par Mahomet, le spécimen d’homme le plus parfait qui ait existé, est valable pour les musulmans aujourd’hui tout autant qu’hier. Ceci ne signifie pas, bien sûr, que la grande masse des musulmans vivent seulement pour piller et violer.
Cela signifie en revanche que les personnes qui sont naturellement inclines à de telles activités, et qui se trouvent aussi être musulmanes, peuvent aisément justifier leurs actions en se référant à la sunna du prophète – et le font ; à la manière, par exemple, dont Al-Quaeda a justifié ses attaques du 11 septembre 2001, durant lesquelles des innocents, y compris des femmes et des enfants, ont été tués : Mahomet a autorisé ses partisans à faire usage de catapultes durant le siège de la ville de Ta’if en 630 – les habitants de la ville avaient refusé de se rendre – bien qu’il ait su que des femmes et des enfants y étaient abrités. De même, lorsqu’on l’a interrogé pour savoir s’il était permis de lancer des raids de nuit ou de mettre le feu aux fortifications des infidèles si des femmes et des enfants étaient parmi eux, le prophète aurait répondu : « Ils [les femmes et les enfants] sont issus de leurs rangs [les infidèles][10]. »

Bien que centré sur la loi et potentiellement formaliste, le judaïsme n’a pas d’équivalent de la sunna : les dits et les faits de patriarches, bien qu’ils soient décrits dans l’Ancien Testament, n’ont jamais fait partie de la loi juive. Ni les pieux mensonges d’Abraham, ni la perfidie de Jacob, ni l’irascibilité de Moïse, ni l’adultère de David, ni les infidélités de Salomon n’ont jamais servi d’exemple pour les juifs ou les chrétiens. Leurs faits et gestes étaient compris comme des actes historiques, perpétrés par des hommes faillibles, qui le plus souvent étaient punis par Dieu pour leur comportement moins qu’idéal.
En ce qui concerne le christianisme, l’essentiel de la loi de l’Ancien Testament a été abrogée ou accomplie – selon la perspective que l’on adopte – par Jésus. « Œil pour œil » fut remplacé par « tendre l’autre joue. » Aimer entièrement Dieu et son prochain devint la loi suprême (Matthieu 22:38-40). Qui plus est, la sunna de Jésus – comme dans : « qu’aurait fait Jésus à ma place ? » - est caractérisée par la passivité et l’altruisme. Le Nouveau Testament ne contient absolument aucune exhortation à la violence.
Pourtant, certains essayent de dépeindre Jésus comme ayant en un ethos militant semblable à celui de Mahomet, en citant le verset dans lequel le premier – « qui parlait à la foule en paraboles et ne leur disait rien sans employer de paraboles » (Matthieu 13:34) – déclare : « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre: je suis venu apporter, non la paix, mais l'épée » (Matthieu 10:34). Mais le contexte de cette déclaration montre clairement que Jésus ne commandait pas de commettre des violences contre les non-chrétiens mais était plutôt en train de prédire qu’il existerait de la discorde entre les chrétiens et leur entourage – une prédiction qui ne s’est révélée que trop vraie, les premiers chrétiens, bien loin de prendre l’épée, mourant passivement en martyr, comme cela leur arrive encore trop souvent dans le monde musulman.
D’autres soulignent la violence prédite dans le Livre de la Révélation, en négligeant, une fois encore, de prendre en compte le fait que le récit est descriptif – sans même parler du fait qu’il est, à l’évidence, symbolique – et par conséquent qu’il peut difficilement être prescriptif pour les chrétiens. En tout état de cause, comment peut-on sérieusement comparer cette poignée de versets du Nouveau Testament qui mentionnent le mot « épée » aux centaines d’injonctions coraniques et de déclarations de Mahomet qui commandent clairement aux musulmans de prendre une épée très réelle contre les non-musulmans ?
Sans se laisser démonter par tout cela, Jenkins se lamente sur le fait que, dans le Nouveau Testament, les juifs « projettent de lapider Jésus, ils complotent pour le tuer ; en retour Jésus les appelle des menteurs, des enfants du Diable. » Il reste à savoir si être appelé « enfants du Diable » est plus offensant que de se voir traiter de descendants de singes et de porcs – ce qui est la manière dont le Coran désigne les juifs[11]. Mais en dehors des noms d’oiseaux, cependant, ce qui importe ici est que, tandis que le Nouveau Testament n’ordonne pas aux chrétiens de traiter les juifs comme des « enfants du Diable », la loi islamique, en se fondant notamment sur le Coran 9:29, fait obligation aux musulmans de soumettre les juifs, et, en fait, tous les non-musulmans.
Cela signifie-t-il qu’aucun de ceux qui se définissent comme chrétiens ne peut être antisémite ? Non, bien entendu. Mais cela signifie que les chrétiens antisémites sont des oxymores vivants – pour la simple raison que le christianisme, textuellement et théologiquement, bien loin d’enseigner la haine et l’animosité, insiste sans ambiguïté sur l’amour et le pardon. Savoir si tous les chrétiens suivent ces injonctions n’est pas vraiment la question, pas plus que de savoir si tous les musulmans se conforment à l’obligation de faire le jihad. La seule question est : que commandent les religions ?
Par conséquent, John Esposito a raison d’affirmer que « Les juifs et les chrétiens ont commis des actes de violence. » En revanche il a tort d’ajouter : « nous [les chrétiens] avons notre propre théologie de la haine. » Rien dans le Nouveau Testament n’enseigne la haine – certainement rien qui puisse se comparer aux injonctions coraniques telles que : « Nous vous désavouons, vous et ce que vous adorez en dehors d'Allah. Nous vous renions. Entre vous et nous, l'inimitié et la haine sont à jamais déclarées jusqu'à ce que vous croyiez en Allah, seul. » (Coran, 60:4).

 
Et c’est à partir de ce point qu’il est le mieux possible de comprendre les croisades – des événements historiques qui ont été totalement déformés par les nombreux défenseurs influents de l’islam. Karen Armstrong, par exemple, s’est pratiquement bâti une carrière en dénaturant les croisades. Elle écrit, par exemple, que « l’idée selon laquelle l’islam s’est imposé par l’épée est une fiction occidentale, forgée durant la période des croisades, lorsque c’étaient en fait les chrétiens d’Occident qui menaient une violente guerre sainte contre l’islam. » Qu’une ancienne nonne condamne férocement les croisades en regard de tout ce que l’islam a pu faire ne rend sa critique que plus vendeuse. Des affirmations comme celles-ci ignorent le fait que, depuis les débuts de l’islam, plus de 400 ans avant les croisades, les chrétiens avaient remarqué que cette religion nouvelle se répandait par l’épée[12]. Et effectivement, des historiens musulmans faisant autorité et écrivant des siècles avant les croisades, tels que Ahmad Ibn Yahya al-Baladhuri (892) et Muhammad ibn Jarir at-Tabari (838-923) indiquent clairement que l’islam s’est propagé par la force.
Le fait demeure : les croisades furent une contre-attaque vis-à-vis de l’islam, et non pas une agression injustifiée comme le dépeignent Armstrong et d’autres historiens révisionnistes. L’éminent historien Bernard Lewis explique bien les choses :

Même la croisade chrétienne, qui est souvent comparée au jihad musulman, était une réponse différée et limitée au jihad et aussi en partie une imitation de celui-ci. Mais à la différence du jihad, son but premier était la défense ou la reconquête des territoires chrétiens perdus ou menacés. A quelques exceptions près, elle fut limitée aux guerres victorieuses pour la reconquête du sud-ouest de l’Europe, et aux guerres infructueuses pour reconquérir la Terre Sainte et pour arrêter l’avancée des Ottomans dans les Balkans. Par comparaison, le jihad musulman était conçu comme illimité, comme une obligation religieuse qui perdurerait jusqu’à ce que le monde entier se soit converti à l’islam ou bien soit soumis à la loi musulmane[13].

Qui plus est, les invasions musulmanes et les atrocités commises contre les chrétiens étaient en augmentation dans les décennies qui précédèrent le lancement des croisades en 1096. Le calife fatimide Abu Ali Mansur Tariqu’l-Hakim (qui régna de 996 à 1021) profana et détruisit nombre d’églises importantes – telles que l’église Saint Marc en Egypte ou l’église du Saint Sépulcre à Jérusalem – et pris des mesures encore plus oppressives que les règles habituelles concernant les chrétiens et les juifs. Puis, en 1071, les Turcs Seldjoukides écrasèrent les Byzantins lors de la bataille décisive de Manzikert et, en pratique, conquirent une grande partie de l’Anatolie byzantine, préparant la voie pour la prise de Constantinople des siècles plus tard.
C’est dans ce contexte que le Pape Urbain II lança son appel à la croisade :

Des confins de Jérusalem et de la ville de Constantinople nous sont parvenus de tristes récits ; souvent déjà nos oreilles en avaient été frappées, des peuples du royaume des Persans [c’est-à-dire les Turcs musulmans]… , a envahi en ces contrées les terres des chrétiens, les a dévastées par le fer, le pillage, l'incendie, a emmené une partie d'entre eux captifs dans son pays, en a mis d'autres misérablement à mort, a renversé de fond en comble les églises de Dieu, ou les a fait servir aux cérémonies de son culte.

Bien que la description faite par Urbain II soit historiquement exacte, le fait demeure : quelle que soit la manière dont on interprète ces guerres – comme offensives ou défensives, justes ou injustes – il est évident qu’elles n’étaient pas fondées sur l’exemple de Jésus, qui enjoignait à ceux qui le suivaient : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent. » (Matthieu, 5:44). Et de fait, il fallu des siècles de débats théologiques, de Saint Augustin à Thomas d’Aquin, pour justifier la guerre défensive – sous le nom de « guerre juste ». Ainsi, il semblerait que ce soient les Croisés – et non pas les jihadistes – qui aient été peu fidèles à leurs saintes écritures (d’un point de vue littéral) ; ou, inversement, ce sont les jihadistes – pas les Croisés – qui ont scrupuleusement suivi les prescriptions de leurs textes sacrés (là aussi d’un point de vue littéral). Qui plus est, tout comme les récits violents de l’Ancien Testament, les croisades sont par nature des évènements historiques, et non pas la manifestation d’une vérité biblique profonde.
Bien loin de révéler quoique ce soit d’intrinsèque au christianisme, les croisades, ironiquement, permettent de mieux comprendre l’islam. Car ce que les croisades ont démontré une fois pour toutes c’est que, quels que soient les enseignements de la religion – et en fait, dans le cas des croisades dites chrétiennes, en dépit de ces enseignements – l’homme est souvent prédisposé à la violence. Mais ceci amène à poser la question : si c’est ainsi que se comportèrent des chrétiens – à qui il est demandé d’aimer, de bénir, et de faire du bien à ceux qui les haïssent, les maudissent et les persécutent – ne doit-on pas s’attendre à bien pire de la part des musulmans qui, tout en partageant la même propension à la violence, reçoivent en plus de la part de la divinité l’ordre d’attaquer, de tuer, et de piller les infidèles ?


[1] “Discovering the common grounds of world religions”, Share international, sept 2007, p19-22.
[2] C-SPAN2, June 5, 2004.
[3] Philip Jenkins, « Dark Passages », The Boston Globe, Mar.8, 2009.
[4] Ibn Khaldun, Muqaddima, New-York : Pantheon, 1958, Vol1, p473.
[5] Majid Khadduri, War and peace in the law of islam, London : Oxford University Press, 1955.
[6] Par exemple, Ahmed Mahmud Karima, Al-Jihad fi’l-Islam : Dirasa Fiqhiya Muqarina, Cairo : Al-Azhar University, 2003.
[7] Ibn al-Hajjaj Muslim, Sahih Muslim, C9B1N31 ; Muhammad Ibn Isma’il al Bukhari, Sahih al-Bukhari B2N24.
[8] Abd al-Rahim’ Ali, Hilf al Irhab, Cairo, 2004.
[9] Par exemple Coran 4:24, 4:92, 8:69, 24:33, 33:50.
[10] Sahih Muslim, B19N4321. (Voir aussi Raymond Ibrahim, The Al Qaeda Reader, Doubleday, 2007)
[11] Coran 2:62-65, 5:59, 7:166.
[12] Voyez par exemple les écrits de Sophrinius, le patriarche de Jérusalem durant la conquête musulmane de la ville sainte, quelques années après la mort de Mahomet, ou les chroniques de Teophane le confesseur.
[13] Bernard Lewis, The Middle East : A brief history of the last 2000 years, Scribner, 1995, p233.

mercredi 3 septembre 2014

Le système judiciaire américain est-il raciste?




Les récentes émeutes raciales qui se sont déroulées à Ferguson, aux Etats-Unis, suite à la mort d’un délinquant noir tué par la police, m’ont amené à relire cet article paru dans le City Journal il y a quelques années. Car, bien entendu, le débat sur un prétendu racisme du système judiciaire américain est déjà bien ancien. Et, après l’avoir relu, je me suis dit qu’une traduction et une publication ici ne seraient pas mal venues.
Je suis intimement convaincu que ce qui est dit dans cet article est tout à fait transposable à la France et à ses « minorités », mais comme les « principes républicains » interdisent à notre beau pays de faire des statistiques ethniques, je crains que nous ne devions attendre encore longtemps avant de pouvoir lire des articles de ce genre concernant la France. Pour ma part, en tout cas, je n’en ai pas connaissance.

Bonne lecture.


Is the criminal-justice system racist ?

Par Heather Mac Donald (paru dans le City Journal, Spring 2008)

L’industrie de l’antiracisme et ses promoteurs au sein de l’élite tiennent pour une vérité évidente le fait que le taux d’incarcération élevé des Noirs est le résultat de la discrimination. Au cours d’un débat durant la primaire présidentielle, lors du Martin Luther King Day, le sénateur Barack Obama a affirmé que les Blancs et les Noirs « sont arrêtés à des taux très différents, condamnés à des taux très différents, et reçoivent des peines très différentes… pour les mêmes crimes. » Pour ne pas être en reste, la sénatrice Hillary Clinton a promptement dénoncé « la honte que constitue un système judiciaire qui incarcère proportionnellement tellement plus d’Afro-américains que de Blancs. »
Pour un auditeur qui ne connaitrait rien au sujet, de telles accusations pourraient sembler plausibles. Après tout, en 2006, les Noirs représentaient 37,5% de la population carcérale totale (fédérale et au sein des Etats) bien qu’ils ne constituent qu’un peu moins de 13% de la population nationale. Environ un homme noir sur trente-trois était en prison en 2006, contre un sur deux cent cinq pour les Blancs et un sur soixante-dix-neuf pour les Hispaniques. 11% de tous les hommes noirs âgés de 20 à 34 ans sont dans un établissement carcéral (prison or jail). L’énorme augmentation de la population carcérale ces trois dernières décennies – jusqu’à 2,3 millions de personnes à la fin 2007 – n’a fait qu’amplifier les accusations de racisme portées au système judiciaire.
Les causes les plus souvent invoquées pour expliquer le taux d’incarcération élevé des Noirs sont un système judiciaire biaisé, une répression draconienne en matière de drogue, et même la prison elle-même. Aucune de ces explications ne résistent à l’examen. Le taux d’incarcération des Noirs est essentiellement fonction de la criminalité des Noirs. Affirmer le contraire contribue seulement à aggraver l’aliénation des Noirs et à différer la mise en œuvre d’une véritable solution au problème de cette criminalité.

Les activistes raciaux gardent en général un profond silence sur cette question. Mais, en 2005, le taux des homicides perpétrés par des Noirs était plus de sept fois plus élevé que celui des Blancs et des Hispaniques réunis, selon le Federal Bureau of Justice Statistics. De 1976 à 2005, les Noirs ont commis plus de 52% des meurtres aux Etats-Unis. En 2006, le taux d’arrestation des Noirs pour la plupart des crimes était deux à trois fois supérieur à leur proportion dans la population. Les Noirs représentaient 39,3% de toutes les personnes arrêtées pour crime avec violence, y compris 56,3% de toutes les arrestations pour vol, 34,5% de celles pour coups et blessures, et 29,4% de celles pour atteinte à la propriété.
Les activistes ne reconnaissent ces statistiques criminelles que de manière indirecte : en accusant les décideurs du système judiciaire de partialité. Comme Obama l’a suggéré lors de ce débat à la primaire présidentielle, la police, les procureurs, et les juges traitent les Noirs et les Blancs de manière différente « pour les mêmes crimes. »
Commençons par l’idée que les policiers arrêtent davantage les Noirs et négligent les criminels Blancs. En réalité la race des criminels, telle qu’elle est décrite par les victimes, correspond à celle des criminels arrêtés. En 1978 déjà, une étude conduite dans huit villes américaines et portant sur les vols et les coups et blessures avait conclu qu’il y avait parité entre les déclarations des victimes et les arrestations, concernant la race des agresseurs – un résultat reproduit depuis de nombreuses fois pour une grand variété de crimes. Personne n’a jamais pu fournir un argument plausible pour expliquer pourquoi les déclarations des victimes de crimes seraient biaisées en défaveur des Noirs.
En remontant la chaine pénale, la campagne dirigée contre le système judiciaire s’en prend ensuite aux procureurs, qui chargeraient davantage les Noirs, et aux juges, qui les condamneraient davantage. Obama a décrit ce traitement judiciaire prétendument discriminatoire comme « Une justice à la Scooter Liby pour les uns, et une justice à la Jena pour les autres. » Jena, en Louisiane, est bien sûr l’endroit où un District Attorney avait initialement accusé de meurtre au second degré des étudiants noirs qui, en décembre 2006, avaient assommé un étudiant blanc en lui cognant la tête contre une poutre en béton, avant de lui sauter dessus et de le frapper à la tête alors qu’il gisait à terre. Comme Charlotte Allen l’a brillamment relaté dans le Weekly Standard, un militant local pour les droits civiques avait inventé une histoire reliant ce crime à un incident sans aucun rapport avec lui qui s’était déroulé des mois auparavant, et dans lequel trois étudiants blancs avaient attaché deux nœuds coulants à un arbre du campus – un acte qui pouvait éventuellement être interprété comme une provocation raciale. Cet activiste avait ensuite enrichi l’histoire avec d’autres prétendues manifestations de racisme sudiste – au premier rang desquelles l’accusation de meurtre portée par le District Attorney. La presse nationale avait mordu à l’hameçon avec enthousiasme, en présentant les « six de Jena » comme des victimes et non comme des agresseurs. Durant les sept mois suivants, sept mois remplis de manifestations de rue et de gros titres dans les journaux, Jena était devenu le symbole du racisme endémique du système judiciaire américain. Si les Noirs sont surreprésentés dans les prisons, tel était le refrain, c’est parce qu’ils ont à faire à des procureurs, comme celui de Jena, ainsi qu’à des juges et à des jurés qui ne sont pas impartiaux.
Apporter la preuve de cette partialité est le Saint Graal de la criminologie depuis des décennies – mais il reste plus difficile à atteindre que jamais. En 1997, les criminologues Robert Sampson et Janet Lauristen ont examiné la copieuse littérature scientifique consacrée à l’inculpation et à la condamnation. Ils en ont conclu que le fait qu’il y ait proportionnellement plus de Noirs que de Blancs en prison et qu’ils y purgent des peines plus longues s’explique par « des différences raciales importantes en termes de criminalité », et non pas par le racisme du système judiciaire. Ainsi, par exemple, une analyse des condamnations pour crime prononcées en Georgie durant l’année 1987 a montré que les Noirs recevaient fréquemment des peines proportionnellement plus légères. Une étude menée en 1990 dans l’Etat de Californie et portant sur 11 000 dossiers judiciaires est arrivée à la conclusion que les légères disparités raciales en termes de longueur de peine s’expliquaient par les antécédents des condamnés noirs et par d’autres variables judiciairement pertinentes. En 1994, une enquête conduite par le Département de la Justice et portant sur les crimes graves (felony) commis dans les 75 aires urbaines les plus larges du pays a révélé que les Noirs couraient en réalité moins de risques d’être poursuivis que les Blancs après avoir commis un crime, et qu’ils avaient une plus faible probabilité d’être reconnus coupables lors du procès. Suite à leur condamnation, en revanche, les Noirs recevaient plus souvent des peines de prison – une différence résultant de la gravité de leurs crimes ainsi que de leur casier judiciaire.
Un autre criminologue – au moins aussi libéral que Sampson – est parvenu à la même conclusion en 1995 : « Les différences raciales en terme de criminalité, et non le racisme de la police ou d’autres institutions, sont la principale raison pour laquelle il y a proportionnellement bien plus de Noirs que de Blancs arrêtés, poursuivis, condamnés et emprisonnés, » écrivait Michael Tonry dans Malign neglect (Tonry, cependant, croyait discerner des motivations racistes dans la lutte contre la drogue). Le criminologue favori des médias, Alfred Blumstein, a trouvé en 1993 que les Noirs étaient significativement sous-représentés parmi les détenus condamnés pour homicide si l’on compare ce chiffre à celui de leurs arrestations pour le même motif.
Ce consensus n’a pas freiné le moins du monde la recherche permanente d’un racisme systématique qui affecterait le système judiciaire américain. Dans les écoles de droit il existe maintenant toute une industrie qui se consacre à mettre au jour des biais racistes en utilisant des moyens statistiques toujours plus sophistiqués. Le résultat de tout cela ? Quelques études montrent de minuscules disparités raciales inexpliquées en ce qui concerne les condamnations, tandis que d’autres continuent à ne rien trouver. Toutes les différences qui peuvent être relevées sont extrêmement faibles comparées au taux de criminalité exponentiellement plus élevé des Noirs. Par ailleurs, aucun criminologue n’affirmerait avoir contrôlé toutes les variables légales qui affectent les résultats judiciaires, fait remarquer Patrick Langan, un ancien statisticien de haut rang pour le Bureau of Justice Statistics. Les procureurs et les juges peuvent observer, par exemple, la manière odieuse dont se conduit un accusé, mais un chercheur travaillant sur des statistiques peut difficilement découvrir et quantifier cette variable.
Certains criminologues remplacent les statistiques par des théories métaphysiques dans leur quête du racisme. Ils admettent que le système judiciaire traite les individus suspects et les criminels de manière égale. Mais le problème réside dans la manière dont la société définit les crimes et les criminels. Le crime est une « construction sociale » destinée à marginaliser les minorités, selon ces théoriciens. Un usage abondant des guillemets est pratiquement obligatoire dans ce genre de discussion, afin de montrer que vous n’êtes pas dupe de notions primitives comme « respectueux des lois » ou bien « dangereux ». Il est vrai que les crimes relatifs aux mœurs sont en partie une question de définition (bien que, même en ce cas, le système judiciaire s’en préoccupe dans la mesure où ils causent du tort à certaines communautés). Mais les constructivistes parlent de tous les crimes, et il est difficile de voir comment il serait possible de « reconstruire socialement » les agressions violentes ou les vols de manière à convaincre les victimes qu’elles n’ont subi aucun dommage.

 
Invoquer d’injustes politiques de lutte contre la drogue est également très populaire pour expliquer les taux d’incarcération des Noirs. Des légions d’experts, d’activistes, et d’universitaires affirment que la guerre contre les drogues est une guerre contre les minorités – une guerre de facto, au mieux, intentionnelle, au pire.
Dans cette œuvre de fiction, l’un des premiers rôles est tenu par les sanctions fédérales concernant le crack, des sanctions qui sont la source de la plus grande quantité de désinformation dans le débat concernant le racisme du système judiciaire. Le crack est un concentré de cocaïne hautement addictif destiné à être fumé. Il est créé en faisant chauffer de la poudre de cocaïne jusqu’à ce qu’elle durcisse sous la forme de boulettes nommés « cailloux ». Le crack produit un flash plus rapide et plus intense que la poudre de cocaïne, et il est plus facile à utiliser dans la mesure où fumer évite le désagrément des seringues et est plus efficace que de sniffer. Aux termes de la loi fédérale Anti-Drug Abuse Act de 1986, être pris en possession de cinq grammes de crack vaut obligatoirement une peine de cinq ans de prison minimum devant un tribunal fédéral ; pour se voir appliquer la même peine de cinq ans de prison minimum, un trafiquant de cocaïne en poudre devra être pris en possession de 500 grammes. En moyenne, les peines prononcées au niveau fédéral pour possession de crack sont trois à six fois plus longues que les peines prononcées pour la possession d’une quantité équivalente de poudre.
Les médias aiment mettre en avant les sanctions fédérales concernant le crack, car les accusés sont souvent des Noirs. En 2006, 81% des accusés dans les affaires de crack (au niveau fédéral) étaient des Noirs, contre 27% dans les affaires de cocaïne en poudre. Dans la mesure où les sanctions fédérales sont plus sévères pour le crack que pour la poudre, et dans la mesure où les Noirs sont surreprésentés parmi les délinquants en matière de crack, ces sanctions expliquent pourquoi tant de Noirs sont en prison. Telle est l’explication conventionnelle.
Mais examinons les véritables chiffres des trafiquants de crack condamnés devant un tribunal fédéral chaque année. En 2006, 5619 ont comparu devant un tribunal fédéral, dont 4495 Noirs. De 1996 à 2000 les tribunaux fédéraux ont condamnés plus de trafiquants de poudre (23 743) que de trafiquants de crack (23 121). Il faudra bien plus qu’environ 5000 trafiquants de crack condamnés chaque année pour expliquer les 562 000 détenus noirs qui se trouvaient dans les prisons fédérales ou étatiques à la fin 2006 – ou les 858 000 détenus noirs, toute population carcérale confondue, si l’on inclut les centres de détention au niveau des comtés et des villes. Les disparités dans le traitement du crack et de la poudre au niveau des Etats ne peuvent pas non plus expliquer le taux d’incarcération des Noirs : seuls 13 Etats ont édicté des peines différentes pour le crack et la poudre, et le différentiel des peines est bien moindre qu’au niveau fédéral.
La presse ne mentionne presque jamais les sanctions fédérales pour le trafic de méthamphétamine, qui sont identiques à celles pour le crack : cinq grammes de méthamphétamine vous valent obligatoirement cinq ans de prison minimum. En 2006, les 5391 condamnés au niveau fédéral pour possession de meth (presque autant que de condamnés pour possession de crack) étaient à 54% des Blancs, à 39% des Hispaniques, et seulement à 2% des Noirs. Cependant, personne ne juge que les lois fédérales sur la méthamphétamine sont dirigées contre les Blancs ou les Hispaniques.

Pourtant, les sanctions fédérales concernant le crack occupent le devant de la scène dans la discussion au sujet du racisme et de l’incarcération parce qu’elles semblent fournir un exemple concret de disparité raciale flagrante. Cela conduit à un syllogisme souvent employé : les sanctions concernant le crack touchent davantage les Noirs ; des conséquences inégales sont racistes ; par conséquent les sanctions concernant le crack sont racistes. Ce syllogisme a connu récemment son heure de gloire grâce à la décision prise en 2007 par The U.S Sentencing Commission d’alléger rétroactivement les sanctions fédérales concernant le crack au nom de l’équité raciale.
La presse s’est jetée sur cette nouvelle avec voracité, en servant une dose massive de révisionnisme destiné à prouver que la guerre faite au crack avait des origines racistes. Selon cette version révisionniste de l’histoire, le crack n’avait jamais été une grande affaire. Mais lorsque, en 1986, Len Bias, l’un des joueurs vedette des Boston Celtics, mourut d’une overdose de crack, les médias passèrent la surmultipliée dans leur traitement du phénomène du crack. « Des images – ou peut-être des anecdotes – au sujet des ravages du crack et de la criminalité qu’il engendrait se mirent à circuler », comme l’écrit ironiquement le New-York Times dans un article de décembre 2007. « Une panique morale » (ce sont les termes employés par Michael Tonry) s’ensuivit à propos d’une menace imaginaire venant d’une minorité sans défense. Les Blancs se mirent à craindre que des Noirs accros au Crack n’envahissent leurs quartiers. Des histoires sensationnalistes à propos des « enfants du crack » firent surface. Et toute cette hystérie eut pour conséquence les lois fédérales inutilement sévères.
Depuis les années 1980, toujours selon les révisionnistes, les experts ont découvert que la poudre et le crack présentent « plus de similarités que de différences » pharmacologiques, pour reprendre les mots du New-York Times, et que l’alcool présente autant de nocivité pour les fœtus que le crack. La croyance que le crack était un fléau urbain était par conséquent une illusion raciste, et les lois destinées à le réprimer une attaque raciste. Ou, comme l’a écrit le juge Clyde Cahill, dans ce qui, on l’espère, n’est pas un échantillon représentatif de l’état d’esprit au sein du corps judiciaire fédéral : « L’aversion raciale inconsciente des législateurs envers les Noirs, enflammée par des rapports sans fondement au sujet des effets du crack, des reportages réactionnaires dans les médias, et l’agitation de leurs électeurs, ont conduit les législateurs à mettre en place… un système de répression dual. »
Laissons de côté l’ironie qu’il y a à voir la presse déclarer maintenant d’un ton hautain que la presse a exagéré les ravages du crack. (Le même New-York Times qui aujourd’hui parle dédaigneusement des « images – ou peut-être des anecdotes – au sujet des ravages du crack » a publié en 1993 des photographies terribles de toxicomanes accros au crack, parmi lesquelles une femme s’agenouillant devant un dealer de crack et ouvrant la braguette de celui-ci, avec son bébé sur le dos ; de telles prostituées tombées au dernier degré de la dégradation, que l’on appelait les « fraises », étaient des victimes omniprésentes de l’épidémie.) Le problème le plus important de cette version révisionniste de l’histoire, c’est son caractère irréaliste. L’affirmation que l’inquiétude au sujet du crack a été le résultat d’une « aversion raciale inconsciente envers les Noirs » méconnait un fait essentiel : ce sont les leaders de la communauté noire qui les premiers ont tiré le signal d’alarme au sujet de cette drogue, comme le rappelle le professeur de droit de Harvard Randall Kennedy dans Race, crime, and the law.
Le Représentant de Harlem, Charles Rangel, fut à l’origine de la réponse fédérale à l’épidémie de crack en avertissant la Chambre des Représentants, en mars 1986, que le crack avait rendu la cocaïne « effroyablement » accessible pour les jeunes. Quelques mois plus tard, le Représentant de Brooklyn, Major Owens, rejetait explicitement l’idée qu’il y aurait eu une exagération médiatique. « Aucun des reportages parus dans la presse n’a réellement exagéré ce qui se passe en ce moment », disait Owens : l’épidémie de crack est « aussi terrible que ce que décrivent les articles. » Le Représentant du Queens, Alton Waldon, exhorta alors ses collègues à agir : « Pour ceux d’entre nous qui sommes Noirs, cette douleur que nous nous infligeons nous-même est la pire oppression que nous ayons connu depuis l’esclavage… Prenons l’engagement d’être impitoyable envers le crack. » La loi qui en résulta, qui contenait la distinction entre le crack et la poudre de cocaïne, recueilli les voix de la majorité des élus noirs au Congrès, et aucun d’entre eux, comme le rappelle Kennedy, n’éleva l’objection que cette loi était raciste.
Ces élus réagissaient à une explosion dévastatrice de violence et d’addiction provoquée dans les centres-villes par cette nouvelle forme de cocaïne. Parce que le crack se présentait en petites quantités, facilement utilisables, il démocratisait une drogue qui jusqu’alors était plutôt rare, permettant à des gens ayant très peu d’argent d’avoir accès à un flash intense. Le marché du crack était radicalement différent des transactions téléphoniques discrètes et des livraisons privées qui caractérisaient la distribution de la cocaïne en poudre : des jeunes délinquants instables vendaient leur crack au coin de la rue, usant d’armes à feu pour défendre leur territoire. Le crack, les homicides, et les violences marchaient main dans la main : certaines zones de New-York ressemblaient à « des zones de guerre », comme le racontait l’ancien agent spécial de la DEA Robert Stutman lors de l’émission Frontline, sur PBS, en 2000. Le pic de violence qui toucha le pays au milieu des années 1980 était largement dû au commerce du crack, et ses victimes étaient principalement les Noirs résidant dans les centres-villes.
En dépit du fait que les élites travaillent avec acharnement à réécrire l’histoire du crack, nombre de gens qui ont vécu cette épidémie s’y refusent. En avril 2007, le procureur de Los-Angeles, Robert Grace, a obtenu la condamnation d’un dealer de crack qui avait violé et étranglé dix « fraises » entre 1987 et 1998. « L’épidémie de crack est l’une des pires choses qui soient arrivées à la communauté noire et métisse, » affirme-t-il. Matthew Kennedy était en charge d’un ensemble de logements sociaux tristement célèbre dans le quartier de Watts, durant l’épidémie de crack. « Certains d’entre nous se rappellent à quel point c’était terrible, » dit-il. Lorsque les enfants évitent d’aller à l’école par peur d’être abattus par des gangs liés à la drogue, « c’est une génération que vous avez perdu. » Lawrence Tolliver a observé son lot de fusillades depuis sa boutique de barbier à South Central. « Parfois c’en était au point que vous deviez surveiller l’horizon comme une gazelle au bord d’un point d’eau en Afrique, » se rappelle-t-il.
Il faut vraiment se livrer à un tour de passe-passe éhonté pour transformer un effort visant à protéger les Noirs en une conspiration dirigée contre eux. Si le Congrès avait ignoré les appels des élus noirs pour accroitre les sanctions liées au trafic de cocaïne, le tollé parmi ceux qui aujourd’hui crient au racisme aurait été assourdissant. Il est exact que la surenchère législative a fini par conduire les sanctions fédérales à être excessives et arbitraires ; la réduction de ces sanctions est appropriée. Mais ce qui a conduit à traiter différemment le crack n’était pas du racisme mais une logique légale. Les procureurs ont besoin que les lois fixent des peines élevées pour amener les accusés à cracher le morceau en ce qui concerne leurs « collègues ». « Vous engendrez un civisme étonnant lorsque vous dites à quelqu’un qu’il risque 150 ans de prison mais qu’il aura la possibilité de sortir au bout de huit ans s’il vous dit qui est responsable d’une série d’assassinats », dit Walter Arsenault, qui a dirigé le service d’investigation des homicides pour le procureur de Manhattan dans les années 80 et 90.


Les activistes raciaux affirment inlassablement que les lois fédérales draconiennes contre le crack ont pour seul effet d’enfermer de pauvres bougres pris avec un peu de crack sur eux. Mais n’importe qui correspondant à cette description échappe aux sanctions prévues par les lois fédérales. Les trafiquants qui ont un casier judiciaire peu chargé, qui n’ont blessé personne ou qui n’avaient pas d’arme à feu sur eux lorsqu’ils ont été arrêtés peuvent échapper aux peines obligatoires prévues par la loi, pourvu qu’ils ne mentent pas au gouvernement au sujet de ce qu’ils ont fait (dénoncer d’autres délinquants n’est pas nécessaire). En 2006, seulement 15,4% des accusés pour trafic de crack rentraient dans cette catégorie qui joue le rôle de soupape de sécurité, contre 48,4% de ceux impliqués dans le trafic de poudre de cocaïne ; en 2000 c’était encore moins : 12,6%. Les vendeurs de crack méritent rarement de bénéficier de cette clause échappatoire parce que leur passé criminel tend à être beaucoup plus chargé que les vendeurs de poudre, et parce que la probabilité qu’ils soient en possession d’une arme à feu ou qu’ils en fassent usage est beaucoup plus grande. La distinction établie par le Congrès entre vendeurs de poudre et vendeurs de crack se révèle, en définitive, avoir un fondement solide.
Tout aussi trompeuse est la critique selon laquelle peu de « barons » du crack se trouveraient dans les prisons fédérales. Ceci n’est pas surprenant parce que les « barons » au sens traditionnel – ceux qui sont à la tête d’un important réseau d’importation de drogue – n’existent pas dans le milieu du crack. Le crack n’est pas importé mais produit localement. Sa chaine de production et de distribution est plus horizontale que verticale, à la différence de la cocaïne en poudre et de l’héroïne. Les lois fédérales sur le crack ne visaient pas à stopper l’entrée massive de drogue sur le territoire, mais à arrêter la violence urbaine. Et cette violence était le fait des revendeurs de rue.

Les critiques du système judiciaire complètent leurs accusations au sujet du crack avec plusieurs affirmations empiriques concernant les drogues et la prison. Aucune n’est vraie. La première affirmation est que la guerre contre la drogue a été la principale cause de la hausse globale du taux d’incarcération depuis les années 1980. Cependant, même durant la période où la population carcérale a crû le plus rapidement – de 1980 à 1990 – 36% de cette croissance dans les prisons d’Etat (là où se trouvent 88% de la population carcérale nationale) étaient due aux crimes violents, contre 33% pour les crimes liés à la drogue. Depuis lors, les auteurs de crimes liés à la drogue ont joué un rôle encore plus faible dans l’expansion de la population carcérale des Etats. De 1990 à 2000, les auteurs de crimes violents représentaient 53% de cette croissance – et l’intégralité de 1999 à 2004.
Ensuite, les critiques reprochent à la guerre contre la drogue d’être responsable de la disparité raciale croissante à l’intérieur des prisons. Une fois encore, les faits les contredisent. En 2006, les Noirs représentaient 37,5% des détenus au niveau des Etats. Si vous enlevez de cette population les condamnés pour des faits liés à la drogue, le pourcentage de prisonniers noirs tombe à 37% - une différence insignifiante d’un demi-point. (A ma connaissance, aucun criminologue ne s’est encore livré à cet exercice.)
L’augmentation des affaires liées à la drogue traitées par le système judiciaire a été très importante, il est nécessaire de le reconnaître. En 1979, les condamnés pour cause de drogue représentaient 6,4% de la population carcérale des Etats ; en 2004 ils étaient 20%. Néanmoins, les crimes violents et les atteintes à la propriété continuent de dominer : en 2004, 52% des détenus purgeaient une peine pour violence et 21% pour atteinte à la propriété, soit un total trois fois et demie supérieur à ceux des détenus pour faits liés à la drogue. Dans les prisons fédérales, les condamnés pour faits liés à la drogue sont passés de 25% du total des détenus en 1980 à 47,6% en 2006. Les opposants à la guerre à la drogue se focalisent presque exclusivement sur les prisons fédérales, à la différence des prisons des Etats, parce que c’est là que la proportion de condamnés pour faits liés à la drogue est la plus élevée. Mais les prisons fédérales ne renfermaient que 12,3% de tous les détenus fin 2006.

Nous pouvons donc faire un sort à l’idée que la guerre à la drogue est responsable du taux d’incarcération disproportionné des Noirs. Mais un argument final, encore plus audacieux, affirme que c’est l’incarcération elle-même, et non les criminels, qui est responsable de la criminalité dans les quartiers noirs. L’argument se présente ainsi : puisque les Noirs ont le taux d’incarcération le plus élevé, l’incarcération constitue pour la communauté noire un fardeau injuste et disproportionné. Cette idée a rencontré beaucoup de succès dans le monde de l’université et des think-tank opposés à l’incarcération. Le professeur de droit à l’université de Columbia Jeffrey Fagan a offert une version représentative de cette théorie dans un article publié en 2003 dans une revue de droit et cosigné par deux chercheurs en santé publique. Envoyer les hommes noirs en prison « affaibli le contrôle social sur les enfants et particulièrement sur les adolescents », écrit Fagan. L’incarcération augmente le nombre de foyers monoparentaux. Les hommes adultes ayant disparu de leur environnement, les garçons seront plus susceptibles de verser dans la délinquance, dans la mesure où ils manqueront d’une supervision adéquate. Résultat : « L’incarcération produit plus d’incarcération, en un cercle vicieux. »
Quelques questions viennent à l’esprit. Combien de détenus étaient dans une relation stable avec la mère (ou l’une des mères) de leurs enfants avant d’être envoyés en prison ? (Inutile de chercher leur taux de nuptialité.) Quel genre d’influence positive des hommes qui commettent suffisamment de crimes pour finir en prison, plutôt qu’en liberté conditionnelle (un seuil très élevé), peuvent-ils exercer sur des enfants ? Qui plus est, si Fagan avait raison de dire qu’éviter la prison aux criminels et les laisser en liberté préserve le capital social d’une communauté, les centres-villes auraient dû prospérer durant les années 1960 et le début des années 1970 lorsque les ressources consacrées aux prisons ont beaucoup diminué. Mais en fait, les quartiers les plus pauvres de New-York – ceux qui sont analysés par Fagan – n’ont commencé à voir leur situation s’améliorer que dans les années 1990, lorsque la population carcérale atteignait des sommets.
Fagan, comme beaucoup d’autres criminologues, confond les effets de la prison et ceux de la criminalité. Les quartiers dans lesquels le taux d’incarcération est élevé souffrent d’un fardeau disproportionné, affirme-t-il. Les entreprises sont réticentes à s’implanter dans de tels endroits, ce qui réduit les opportunités d’embauche. La police accroit sa surveillance de ces zones à fort taux d’incarcération, augmentant ainsi la probabilité que n’importe quel criminel qui s’y trouve finisse arrêté. Ainsi, l’incarcération « fournit un flux continuel de délinquants pour encore plus d’incarcération. » Mais si les entrepreneurs réfléchissent à deux fois avant de s’implanter dans certaines communautés, c’est parce qu’ils craignent la criminalité, et non pas une forte concentration d’anciens détenus en tant que telle. Il est douteux que les employeurs potentiels connaissent même la population d’anciens détenus dans leur quartier ; ce qu’ils perçoivent, c’est son taux de criminalité. Et un employeur qui hésite à embaucher un ancien condamné le fait presque certainement à cause de son passé criminel, même s’il a été laissé en liberté conditionnelle plutôt que d’être envoyé en prison. De la même manière, si la police surveille particulièrement les quartiers où habitent beaucoup d’anciens détenus, c’est parce que ces anciens détenus commettent de nombreux crimes. Et enfin, laisser plus de criminels en liberté conditionnelle, plutôt que de les envoyer en prison – comme Fagan et d’autres le recommandent – ne ferait qu’accroitre la surveillance policière de ces quartiers à forte criminalité.
Cette analyse à la mode de l’incarcération en termes « d’écologie sociale », comme la nomment Fagan et d’autres criminologues, traite la prison comme une sorte de maladie infectieuse qui s’abattrait sur certaines communautés, touchant les gens de manière apparemment aléatoire. « Dans la mesure ou les risques d’être incarcéré s’accroissent avec le temps pour les personnes vivant dans ces zones, leur perspective de se marier ou de gagner leur vie et de quoi faire vivre une famille diminue au fur et à mesure que le taux d’incarcération autour d’eux augmente, » écrit Fagan. Cette analyse fait disparaitre le rôle de la volonté individuelle. Fagan et les autres présupposent que, dès que lors que vous vivez dans une zone où le taux d’incarcération – c’est-à-dire le taux de criminalité – est élevé, il est peu de choses que vous puissiez faire pour éviter la prison. Mais même dans les communautés les plus mal en point un grand nombre de gens choisissent d’éviter la vie criminelle. Bien loin de voir ses perspectives de mariage diminuer, un jeune homme honnête et fiable serait considéré comme un bon parti dans ces quartiers difficiles.
Personne ne met en doute le fait qu’avoir un passé criminel – que cela ait pour conséquence la prison ou la liberté conditionnelle – soit un sérieux handicap. Les personnes condamnées pour crimes sont clairement désavantagées par rapport à celles qui ont su se tenir à l’écart de la délinquance lorsqu’il s’agit de trouver un emploi. Mais en dépit de la popularité de l’idée selon laquelle le « système » serait responsable, il n’est pas difficile de trouver des dissidents qui pensent que les individus sont responsables de leur décision d’enfreindre la loi. « Ma position est simple, » dit Matthew Kennedy. « Vous n’êtes pas obligé de commettre ce crime. » Kennedy a soutenu la règle dite du « un coup » proposée par le président Clinton en 1996 et qui avait suscité beaucoup de controverses. Cette règle permettait aux organismes gérant des logements sociaux d’expulser de leur logement les vendeurs de drogue et autre délinquants à leur première infraction. « J’essaye de protéger les gens honnêtes dans ma communauté, » explique Kennedy. « Avoir un casier judiciaire est quelque chose que vous pouvez éviter. Ca dépend entièrement de vous. » Kennedy n’a pas beaucoup de patience avec l’argument selon lequel il serait injuste de renvoyer en prison ceux qui n’ont pas respecté les modalités de leur liberté conditionnelle, telles que se tenir à l’écart des membres de leur ancien gang. « A partir de quand assument-ils la responsabilité de leurs propres actions ? », demande-t-il ? « On vous avait dit : « ne revenez plus dans cette communauté. » Pourquoi voudriez-vous y revenir ? Vous devez changer de vie, changer les habitudes qui vous ont mené en prison. »
Bien que vous n’ayez aucune chance de le savoir si vous lisez seulement la littérature universitaire, certains membres des minorités ethniques considèrent même la prison comme potentiellement positive, pour les individus aussi bien que pour la communauté. « Je n’adhère pas à l’idée que la prison n’a pas de sens, » dit Clyde Fulford, 54 ans, qui a résidé toute sa vie à William Mead Homes, un ensemble de logements sociaux situé dans le centre-ville de Los Angeles. Ayant élevé ses enfants pour en faire des citoyens travailleurs et respectueux de la loi, Fulford est un véritable modèle pour les habitants de son quartier, pas le genre de « modèle » douteux, dealer de drogue, que postule la théorie de « l’écologie sociale » de l’incarcération. « Je connais beaucoup de gens qui sont allés en prison, » affirme Fulford. « Cela a souvent transformé leur vie pour le meilleur. La prison les a réveillés. » La prison est-elle inévitable et par conséquent injuste ? « Ils savaient qu’ils auraient à payer pour ce qu’ils ont fait. C’est de la responsabilité de chacun. » Et que se serait-il passé s’ils n’avaient pas été enfermés ? « Beaucoup seraient six pieds sous terre. »


Robert Grace, le procureur de Los Angeles, est très conscient du caractère précieux et fragile de la primauté de la loi (rule of law). « En tant que société civilisée, nous ne pouvons permettre que ce qui se passe en Amérique latine s’installe ici, » dit-il. « Le Venezuela et Mexico sont plongés dans une violence épouvantable parce que la loi n’est pas respectée. » Aussi, lorsque des personnalités publiques éminentes, comme Barack Obama, énoncent des affirmations radicales au sujet du racisme supposé du système judiciaire, elles jouent avec le feu. « De la part de n’importe quel candidat politique, faire de telles affirmations par opportunisme est critiquable, » dit Grace. « S’ils ont des statistiques pour appuyer leurs affirmations, j’aimerais les voir. Mais créer l’illusion qu’il y aurait une injustice est une faute aussi grave que ne rien faire s’il y en avait une. »
Les faits sont sans ambiguïté : le taux d’incarcération des Noirs est le résultat de la criminalité, pas du racisme. Les taux d’incarcération comparativement élevés des Etats-Unis ne sont pas évidemment pas une cause de réjouissance, mais l’alternative est bien pire. La baisse remarquable de la criminalité dans les années 1990, à laquelle une plus grande sévérité judiciaire a incontestablement contribué, a libéré de la peur des milliers d’habitants honnêtes des centres-villes. Le commerce et la vie urbaine ont repris leur cours dans ces quartiers où le crime a le plus reculé.
Cependant, la pression visant à éviter la prison à sans cesse plus de délinquants va certainement augmenter. Si un système de liberté conditionnelle procurant autant de sécurité publique que la prison parvenait enfin à être inventé, nous devrions nous en féliciter. Mais la recherche incessante d’un chimérique racisme du système judiciaire est une perte de temps et d’énergie qui détourne notre attention de la question cruciale : comment aider plus de garçons des centres villes à rester à l’école – et à se tenir loin de la délinquance.

Addendum - Crime et châtiment

Peu de sujets se sont révélés plus controversés en criminologie que de savoir si l’augmentation des taux d’incarcération ces trente dernières années a réduit la criminalité. La théorie actuellement la plus à la mode prétendant expliquer pourquoi la prison ne réduit pas la criminalité applique la loi des rendements décroissants à l’incarcération. Au fur et à mesure que nous enfermons davantage de gens, disent les partisans de cette théorie, nous arrivons au fond du tonneau de la criminalité. Les gens que nous enfermons sont de plus en plus inoffensifs par rapport à ceux que nous avons envoyés en prison initialement, par conséquent pour chaque nouveau prisonnier le rendement de l’investissement diminue.
Aussi impeccable que puisse être le raisonnement économique derrière cette théorie, il n’existe aucune donnée empirique pour la soutenir. L’argument des rendements décroissants présuppose que le stock des criminels qui n’ont pas été appréhendés et incarcérés diminue. Ce n’est pas le cas. Les risques d’être appréhendé et envoyé en prison demeurent extrêmement faibles. Le JFA Institute, un groupe de pression anti-incarcération, a estimé en 2007 que les auteurs d’agressions et d’atteintes violentes à la propriété ne finissaient en prison que dans seulement 3% des cas. En 2004, seuls 1,6% des cambrioleurs étaient en prison selon le Bureau of Justice Statistics. Les gens qui sont en prison aujourd’hui, dit le statisticien Patrick Langan « ne sont pas très différents des détenus d’hier, en terme de passé criminel. »
Dans l’écrasante majorité des cas, la prison demeure la récompense d’une vie passée dans la délinquance. En l’absence de récidive ou de crime violent, le système judiciaire fera tout ce qu’il peut pour vous éviter le marteau-pilon fédéral.
Le professeur de droit à l’université de Columbia Dan Richman a eu l’opportunité de tester la théorie du « criminel inoffensif envoyé en prison » en tant que président de la commission locale de libération conditionnelle de New-York. Richman a étudié les dossiers criminels des détenus à la prison de Rikers, à la fin 2004. « Ce qui m’a frappé, c’est de constater à quel point il s’agissait de criminels dangereux, » dit-il. « Je venais du monde universitaire, où l’on écrit beaucoup à propos de la sur-incarcération. Je supposais qu’il y avait en prison surtout des primo-délinquants, mais ce n’était pas le cas. » Environ 40% des détenus avaient déjà été condamnés pour des crimes graves (felony), comme l’a découvert Richman. Des individus qui étaient emprisonnés pour agression avaient en réalité été arrêtés pour tentative d’homicide et avaient plaidé coupable pour voir l’incrimination réduite, etc. « Ces gens n’étaient pas là par accident, » dit Richman.
On peut également tester la théorie selon laquelle enfermer les délinquants ne réduit pas la criminalité en regardant ce que font les détenus lorsqu’ils sont libérés. Le Bureau of Justice Statistics a étudié le parcours post-incarcération de plus de 272 000 prisonniers relâchés en 1994. Trois ans plus tard, 67,5% d’entre eux avaient été à nouveau arrêtés pour un total de 744 000 nouveaux délits et infractions sérieuses. Le nombre de crimes qu’ils ont pu commettre durant ces trois ans avant d’être arrêtés est inconnu ; les estimations du nombre de crimes commis chaque année par le délinquant moyen en liberté varient de zéro à plusieurs centaines. Et la série de délits commis après leur libération par les ex-détenus ne semble pas résulter des effets négatifs de la prison elle-même, dans la mesure où les détenus qui avaient passé le plus de temps derrière les barreaux avaient un taux de réincarcération significativement plus bas que les autres.
Les détracteurs de la prison font remarquer que c’est seulement après 1991 que l’augmentation du nombre de détenus s’est accompagnée d’une baisse des taux de criminalité ; durant les années 1980, la criminalité a baissé et augmenté alors même que la population carcérale croissait constamment. Mais le professeur de droit à Berkeley Franklin Zimring a fourni une explication convaincante de ce fait dans son livre The great american crime decline. Le fait que le crime n’ait commencé à baisser significativement qu’à la fin d’une décennie d’augmentation de la population carcérale est parfaitement compréhensible, avance-t-il, dans la mesure où c’est à ce moment-là que le plus grand nombre de criminels avaient été retirés des rues.