Ralliez-vous à mon panache bleu

lundi 18 mai 2015

Au coeur des ténèbres



Une nouvelle traduction d'un article de Dalrymple, pour occuper le terrain en attendant une production plus personnelle. Mais je ne pense pas que vous vous en plaindrez.
Bonne lecture.

Plonger dans les ténèbres
Lorsque la victime n’est pas innocente


Par Théodore Dalrymple, The City Journal, Spring 2015


Jamais on ne cessera d’écrire des livres ; mais il se trouve rarement un motif aussi effroyable pour écrire – ou du moins pour dicter – que celui qu’a éprouvé Tina Nash. Elle n’aurait jamais souillé un page blanche si son petit ami, Shane Jenkins, ne l’avait pas frappé et étranglé jusqu’à ce qu’elle perde connaissance, avant de lui arracher les yeux avec ses mains, la laissant aveugle pour le reste de ses jours. Cette année-là (2011), en Grande-Bretagne, ce crime éclipsa tous les autres en termes de malignité pure.
Le livre de la victime – Hors des ténèbres – est un classique dans son genre. Bien qu’il ait été écrit par quelqu’un d’autre, il est clair que la voix que l’on y entend est bien celle de Tina Nash, la voix d’une jeune femme sans instruction mais pas sans intelligence, issue du quart-monde britannique. Nash s’exprime sans précautions et sans art, comme si elle n’avait pas conscience de ce qu’elle révèle au lecteur au sujet de sa manière de penser et de la sous-culture au sein de laquelle elle a vécu toute sa vie. C’est précisément à cause de cette inconscience que son livre est si instructif : il devrait être une lecture obligatoire pour tous ceux qui pensent que, dans la société moderne, la dégradation est simplement une question de manque d’argent.
Il est impossible de ne pas compatir avec quelqu’un qui a autant souffert que Nash. Sa description de la manière dont elle est sortie de l’inconscience pour découvrir l’un de ses yeux qui pendait le long de sa joue, comme s’il était une sorte de corps étranger, mou et humide, est aussi horrible que n’importe quoi que j’ai pu lire ou que je pense pouvoir lire. Sa conduite était peut-être stupide et irresponsable, mais rien de ce qu’elle a fait n’aurait pu mériter ne serait-ce qu’une fraction d’une conséquence si atroce. En ce qui concerne l’auteur de cet acte, aucun châtiment n’aurait pu être trop exemplaire pour être juste et la sévérité de sa punition n’a été limitée que par la nécessité de rester nous-mêmes civilisés.
Mais se contenter de sympathiser avec Nash ne serait pas une réponse appropriée à son histoire. Cela serait une forme de dérobade – intellectuelle, morale et émotionnelle. Dans de telles circonstances, il est confortable de compatir ; il est inconfortable d’avoir à réfléchir et à juger.

Nash est née en Cornouailles, l’un des six enfants d’une mère dont les relations avec les hommes étaient tumultueuses. « J’ai vu ma mère passer par des centaines de rupture et être mal traitée par les hommes », nous dit-elle. La vie amoureuse compliquée de sa mère lui laissait peu de temps pour ses enfants car, comme le fait remarquer Nash « j’étais beaucoup plus proche de ma grand-mère que de ma mère, qui semblait ne jamais avoir de temps pour nous. » Combien parmi ces six enfants avaient le même père, nous ne l’apprenons jamais, et de fait Nash ne mentionne le père d’aucun d’entre eux, y compris le sien. Il apparait qu’elle est née dans un monde radicalement dépourvu de père et, bien qu’elle ne le dise pas, il est probable qu’au moins certains de ses frères et sœurs aient été des demi-frères et des demi-sœurs, et de la même manière, bien qu’elle ne le dise pas, il est probable que le principal revenu de la famille provenait de l’Etat, dont les allocations qu’il versait signifiaient qu’il était en pratique le père des enfants. Nash a grandi dans un ensemble de logements sociaux et semble avoir occupé ce genre de logements subventionnés toute sa vie. Pour autant, son enfance n’était pas entièrement déshéritée : l’une de ses passions durant l’enfance et l’adolescence était de monter à cheval.
D’une façon qui n’est pas surprenante, la question de la paternité se pose à peine pour elle.  Elle nous informe très tôt dans son livre qu’elle est la mère célibataire de deux enfants. En parlant de son premier enfant, elle dit, « Sans doute l’ai-je eu lorsque j’étais très jeune, mais mes enfants sont tout pour moi et je n’ai jamais regretté une seconde d’être devenue mère à seize ans. » En un sens nous sommes soulagés de l’apprendre, car il serait difficile pour une femme, à  moins qu’elle n’ait une certaine sophistication  philosophique, de regretter être devenue mère tout en se réjouissant d’avoir un enfant, et il est à l’évidence préférable qu’un enfant soit désiré plutôt que d’être un objet de ressentiment.
A la phrase suivante nous lisons : « Mes choix en ce qui concerne les hommes, cependant, laissent beaucoup à désirer. » Et lorsque qu’elle commence à raconter les évènements qui allaient l’amener à perdre la vue, elle écrit, « J’étais revenue dans la ville de mon enfance, avec deux fils de deux pères différents et après une série de relations sans issue. » Il est évident que pour elle la question de savoir si un homme ferait un bon père pour ses enfants ne s’est jamais posée, ni avant ni après leur naissance, parce qu’elle estime que les pères ne sont pas essentiels, voire sont inutiles, comme ils le sont en effet d’un point de vue économique, étant donné qu’il est fort probable que l’Etat la soutienne financièrement. C’est pour cela que ses choix en ce qui concerne les hommes « laissent beaucoup à désirer » : aucune conséquence de long terme ne s’y attache pour elle, ou ne semble s’y attacher, de sorte que le seul critère de choix était l’attraction immédiate – communément appelée luxure. Si ses choix en ce qui concerne les hommes laissaient beaucoup à désirer, ses choix en ce qui concerne les hommes furent effectués en désirant beaucoup. La luxure est une expérience humaine pratiquement universelle ; ce qui est nouveau, c’est la totale perte de conscience du fait qu’il s’agit d’un péché capital et des conséquences désastreuses qui s’ensuivent lorsqu’elle devient le principal guide de l’action. Mais Nash vivait au sein d’un monde dans lequel, grâce à l’aide fournie par l’Etat, il existait peu d’autres guides dans ce domaine important de l’existence – ou en tout cas aucun qui soit plus important. La luxure allait finir par lui prendre ses yeux.
Parce qu’elle a presque à coup sûr vécue toute sa vie des aides de l’Etat, elle aurait, selon la définition moderne de la pauvreté, été cataloguée comme pauvre, avec un revenu inférieur à 60% du revenu médian de l’ensemble de la population ; elle était par conséquent, selon ce point de vue, une victime de l’inégalité. Elle remarque qu’elle manquait toujours d’argent, et cela est certainement vrai, comme cela l’est probablement pour la majeure partie des êtres humains. Mais elle nous dit aussi qu’elle possédait un équipement de disc-jockey valant 3200 dollars (son rêve était de devenir DJ professionnel) ; qu’elle avait une voiture ; qu’elle semblait n’avoir aucune difficulté à trouver l’argent nécessaire pour aller dans les nightclubs et pour boire à l’excès (pas aussi souvent, toutefois, qu’elle l’aurait voulu) ; qu’elle avait dans son salon une télévision à plasma de 107 cm (tandis que ses enfants pouvaient regarder une seconde télévision dans leur chambre), et tout l’équipement électronique voué à la distraction et à l’amusement. Lorsque le fameux Shane Jenkin détruisit son logement, elle fut capable de le redécorer et de le remeubler. (Elle lui acheta aussi des cadeaux de Noël pour des centaines de dollars.) Elle semble avoir possédé une garde-robe bien fournie, tirant plus sur le voyant que sur l’élégant mais pas nécessairement bon marché pour autant. Si c’est cela la pauvreté, ce n’est pas exactement ce que l’on appelle de ce nom, mettons, au sud Soudan. Au contraire, cela ressemble plus à du luxe de bas-étage, à une existence dans laquelle se prélasser est la principale préoccupation.

Nous en arrivons maintenant à son choix de Jenkins comme compagnon. Il se trouve qu’elle l’avait rencontré à une soirée quelques années plus tôt, alors qu’il venait juste de sortir de quatre ans et demi de prison pour avoir « piétiné la tête d’un type et lui avoir endommagé le cerveau », comme le lui avait dit son meilleur ami – qui ajouta « c’est un putain de psychopathe. » Et la première expérience de Nash avec lui était loin d’être entièrement favorable : après qu’ils aient passé plusieurs heures à parler ensemble de musique et « de notre amour commun pour le rappeur 2pac », il avait essayé de la contraindre à avoir un rapport sexuel. Ce n’était pas l’amour à la première occasion par conséquent : ce fut l’amour à la seconde occasion.
Cette seconde occasion survint alors que « j’avais bu quelques verres de vin » dans un restaurant et « quelques verres de Tequila » dans un nightclub, où elle tomba sur lui à nouveau, de sorte qu’elle « était à peine capable d’entendre dans ma tête cette mise en garde [de la part de son ami à propos de Jenkins, quelques années plus tôt] à cause de tout l’alcool que j’avais ingurgité. » A peine capable d’entendre n’est bien sûr pas la même chose que « incapable d’entendre » ; mais à la fin de leur seconde rencontre, elle se rappelle que « je pouvais déjà dire que Shane avait quelque chose de différent des autres. » Lorsqu’il lui demanda son numéro de téléphone, « je n’hésitais pas une seconde. Je sentais que je pouvais lui faire confiance. »
Qu’est-ce que Jenkin avait donc de si attirant ? C’était sa taille et ses muscles. Il mesurait 1m90 et « sa poitrine était si puissante que son t-shirt collait dessus comme de la cellophane, dessinant ses pectoraux saillants. Son jeans moulait ses cuisses, mettant en valeur son derrière musclé. » Les rationalisations ultérieures de Nash pour rester avec lui n’étaient qu’un rideau de fumée pour dissimuler la crudité de son désir. Sa description de Jenkin comme un bel homme était certainement grotesque : il avait le visage et l’expression d’un voyou déterminé et même si, à strictement parler, il n’existe sans doute pas d’art permettant de déduire l’esprit à partir d’un visage, son cas était une exception à cette règle shakespearienne.  Un seul regard à son visage, et vous auriez traversé la rue pour l’éviter.
Mais Jenkin apparaissait à Nash comme « un gros ours en peluche » avec « des yeux de chiots ». En se réveillant après leur première nuit ensemble, toutefois, elle remarqua ses tatouages sur la poitrine et les bras. « Le long de son bras droit, il y avait l’image d’un bourreau encapuchonné qui brandissait son épée comme s’il était sur le point de décapiter quelqu’un… sur son pectoral gauche, il y avait le tatouage d’un tigre arrachant la tête de quelqu’un. Le long de son bras gauche il y avait marqué HORS-LA-LOI en grandes lettres capitales noires. » Et pourtant, bien qu’elle ait su qu’il avait effectué une longue peine de prison pour avoir sérieusement blessé quelqu’un, elle « eu un petit rire à l’idée que Shane se voyait un peu comme un hors-la-loi. » Sa nuit d’amour avec elle eu pour conséquence qu’il ne parvint pas à se lever le matin, en conséquence de quoi il perdit son travail en tant que peintre et décorateur, et il n’en retrouva, ou n’en chercha, jamais d’autre.
Nash persistait à avoir une bonne opinion de Jenkin en dépit du peu d’éléments pour appuyer cette opinion. Dans un chapitre intitulé « Les jeux de l’amour », racontant une période au début de leur relation, elle décrit la manière dont il manqua un rendez-vous avec elle parce qu’il donnait une soirée dans son appartement avec de nombreuses filles. Bien plus tard ce soir-là, il se présente saoul et ils vont ensemble dans un nightclub où il « descend » quelques cidres supplémentaires, puis enlève la ceinture de son pantalon et l’enroule autour de son poing avant de commencer à se battre « avec un type pris au hasard ». Lorsque Nash menace de quitter le nightclub, il s’excuse et ils vont dans une soirée pleine de monde qui se tient dans l’appartement de la sœur de Nash. Là-bas, pour se débarrasser de quelques invités, « il commence à flanquer des coups de pied à tous les hommes qui étaient assis par terre. Vous pouviez entendre le bruit de ses chaussures frapper et écraser les corps. »



Dans le chapitre suivant intitulé « La bulle explose » - la bulle en question étant sans doute celle du parfait amour – le couple va à une « rave » pour le réveillon du jour de l’an, où Jenkins abandonne rapidement Nash. Restée seule, Nash passe la soirée avec le petit ami de la sœur de Jenkin. Lorsque, beaucoup plus tard, Nash retrouve Jenkin, il « siffle, « espèce de salope… tu étais là-bas en train de flirter avec chaque putain de mec. Je parie que tu baisais aussi avec eux. » Alors Jenkins l’ours en peluche « émit un étrange bruit de gorge,  renversa sa tête en arrière, puis me cracha dessus. »

« Foutue salope » s’écria-t-il, tandis que j’essuyais mon visage avec incrédulité. Il recommença encore et encore, il me crachait dessus comme une mitrailleuse.
« Arrête » le supplia-je. J’étais embarrassée et j’avais peur. Il me donnait le sentiment d’être une moins que rien.

Nash repart avec l’ours en peluche pour reprendre chez lui quelques-unes de ses affaires. Pendant le trajet il lui tire les cheveux et lui hurle dessus : « sale pute ! ». Lorsqu’elle sort de la voiture, il la pousse dans la rue et sa tête heurte le bitume. Elle rassemble rapidement ses affaires et s’enfuit. Malheureusement, lorsqu’elle arrive à sa voiture, qu’elle avait laissé près de l’appartement, elle trouve son pare-brise éclaté. Jenkins l’avait cassé à coup de brique (« bricked »).
Nous devrions nous arrêter sur cet emploi du mot « brique » comme un verbe. Cela m’a ramené des années en arrière, dans la prison dans laquelle je travaillais, lorsque l’on me demandait d’aller voir des détenus qui venaient de se prendre un coup de PP9 (« PP-nined »). Je ne compris pas ce que signifiait ce terme la première fois où je l’entendis, mais je découvris rapidement que la PP9 était une large pile carrée qui, en ce temps-là, alimentait les postes de radio et que les prisonniers avaient la permission d’acheter. De temps en temps, un prisonnier mettait une de ces piles dans une chaussette, faisait tourner la chaussette comme s’il s’agissait d’un bola sud-américain, et attaquait ses ennemis avec cette arme improvisée, habituellement dans la douche ou dans la cour de promenade. Le fait que la PP9 soit devenue un verbe suggérait que ce type d’attaque était désormais une chose normale, que cela faisait partie de la « culture » de la prison. De la même manière, Nash transforme en verbe le mot « brique » comme si les petits amis jaloux qui envoient des briques au travers du pare-brise de leur compagne faisaient partie de la vie de tous les jours, ce qui est effectivement le cas, dans certains segments de la société. Dans ces endroits, chacun vit dans une prison sans gardes ni barreaux, et les hommes comme Shane Jenkin font la loi.

Le titre du chapitre suivant est instructif : « Le cauchemar commence. » Apparemment, tout ce qui s’était passé auparavant n’était pas un cauchemar mais juste une réalité acceptable. A partir de ce moment, Jenkin montre à peu près tous les signes avant-coureur possibles de futurs accès de violence et de cruauté. Il prend des stéroïdes anabolisants. Il se présente un jour avec une arbalète – une arme puissante – en prétendant que des Lituaniens avec lesquels il s’est disputé veulent le tuer. Il passe ses journées à jouer à des jeux vidéo violents et ses nuits à regarder des films d’horreur terriblement sadiques, et parmi eux des films qui montrent en détails des gens se faire arracher les yeux à mains nues – des scènes qui l’excitent à l’évidence et qu’il demande à Nash de regarder avec lui. Nash apprend que Jenkin a tué son propre chien – un Rottweiler, cela va sans dire - à coup de couteau lorsqu’il s’en est lassé.
Un soir Jenkin veut rester chez Nash au lieu de sortir boire avec elle et son amie Kate. Nash lui laisse la garde de ses enfants tandis qu’elle-même et son amie vont au pub, où elles s’enivrent grossièrement. Elle revient chez elle et se couche immédiatement, pour être réveillée à deux heures du matin par de la musique à plein volume.

Mes enfants essayaient de dormir. Je frappais sur le sol pour demander à Shane de baisser la musique. Shane monta les escaliers, vêtu de son habituel pantalon de survêtement…
« Quoi ? Quoi ? » aboya-t-il ?
« Regarde dans quel état du es, tu t’es dégueulé dessus, » dit-il d’un air dégoûté. Je me retournai pour voir une mare de vomi sur les draps. Je haletai. Le sang battait à mes tempes.

Nulle part dans le livre on ne trouve de reconnaissance du fait qu’une mère dont les enfants signifient « tout » pour elle ne devrait pas les laisser à la garde d’un homme qui est à l’évidence un psychopathe, ou qu’elle ne devrait pas se coucher tellement ivre qu’elle ne réalise même pas qu’elle a vomi pendant son sommeil.
Nash descend les escaliers, pour découvrir que Jenkin a manifestement couché avec son ami, Kate, avec laquelle elle était sortie boire. Ce fut la limite : « trop c’est trop, » dit-elle. « Aucun homme ne me trompe. » Elle demande à Jenkin de quitter la maison.

Les yeux de Shane devinrent sombres. Il ressemblait à un robot sur le point d’exterminer quelqu’un – moi.
BLAM !
Il me frappa au visage, me faisant tournoyer sur moi-même. Mais qu’est-ce qui… ? Je ne comprenais pas ce qui se passait. Je me retournais vers lui à nouveau.
BLAM !
Sur l’autre joue, avec toute la force de son corps. Je ne sais pas comment je me tenais encore debout.
BLAM !
Sur ma nuque. Je tombai au sol : Shane m’écrasait de son corps gigantesque. Je regardai dans ses yeux, ils étaient noirs et dépourvus d’émotion comme ceux de la mort elle-même.
Il mit ses pouces sur mes yeux et essaya de les enfoncer dans mon crâne. Tout cela devant les enfants.

Vous pourriez penser que Nash en aurait eu assez de l’ours en peluche à partir de ce moment, mais vous vous tromperiez. Elle se rendit elle aussi coupable d’un délit sérieux : le parjure. Ayant traité Nash de « trainée », Jenkin quitta la maison. Un ami arriva, appela la police, et emmena Nash à l’hôpital. Jenkin fut immédiatement arrêté et inculpé pour coups et blessures volontaires (grievious bodily arm – GBH, un acronyme bien mieux connu dans les cercles qu’il fréquentait que, mettons, OTAN ou UNESCO).
(…)
Avec son passé judiciaire, Jenkin était passible d’une longue peine de prison, à défaut d’une peine de perpétuité. Il fut laissé en liberté provisoire, à la condition qu’il ne s’approche pas de Nash ni n’entre en contact avec elle, et la police – aux frais du contribuable, bien évidemment – remis à celle-ci une télé-alarme la reliant directement au poste de police, et lui aménagea chez elle une pièce « sécurisée » dans laquelle s’enfermer si jamais Jenkin faisait son apparition.
A ce stade, nul ne sera sans doute surpris d’apprendre que Jenkin, en dépit de l’interdiction qui lui était faite, se présenta régulièrement chez elle, et qu’elle le laissa entrer, car il lui manquait. Il la persuada, avec son mélange habituel d’apitoiement sur lui-même et de violence, de retirer sa plainte et d’affirmer qu’il avait agi en état de légitime défense – parce que Nash l’avait attaqué en premier. La police ne crut pas une telle absurdité et maintint les charges contre Jenkin. Les policiers arrêtèrent même Jenkin plusieurs fois chez Nash (le tout, bien entendu, devant les enfants qui signifiaient tout pour elle). Finalement, il fut renvoyé en prison, d’où il expédia de nombreux messages à Nash dans lesquels il la rendait responsable de sa situation.
Le procès fut reporté plusieurs fois, Jenkin prétendant qu’il avait des problèmes de santé qui l’empêchaient d’assister à l’audience, mais il finit tout de même par se présenter devant le tribunal. Après que des sommes et un travail considérables aient été consacrés à son affaire, Nash se mit en demeure de mentir devant le tribunal. Non, prétendit-elle, Jenkin ne l’avait pas attaqué, elle était tombée dans les escaliers. En fait il n’avait pas levé le petit doigt sur elle. Elle l’avait accusé à ce moment là parce qu’elle était jalouse et en colère.
Il n’y avait pas d’autre solution que l’acquittement. Le juge, cependant, fit la démarche inhabituelle de convoquer Nash dans son bureau après que l’acquittement eut été prononcé, pour lui dire qu’il espérait que ses actes n’auraient pas de graves conséquences pour elle. « Ses mots étaient comme la foudre tombant sur mon cœur, » écrit Nash. Mais alors qu’elle quittait le tribunal en compagnie de Jenkin, elle répondit à ses déclarations d’amour par un « moi aussi, je t’aime. »

Jenkin reprit vite ses agissements violents, bien que Nash écrive que parfois « Shane semblait retrouver son ancienne personnalité, » celle de l’ours en peluche. La nuit avant l’agression finale, Jenkin regardait une vidéo :

« Shane ne pouvait détacher ses yeux des images malsaines d’une jeune chinoise à laquelle un psychopathe était en train d’arracher les yeux…
« Ce n’est pas bien », dis-je, tandis que je me recroquevillais contre son corps excité. Il ignora mes supplications et me força à continuer de regarder… cela fit remonter les souvenirs du moment où Shane avait essayé de me crever les yeux, exactement un an plus tôt. »

Le soir suivant, Jenkin et Nash étaient dans son jardin, discutant par-dessus la haie avec leurs nouveaux voisins.  Jenkin leur proposa certaines de ses drogues, mais Nash lui prit le flacon des mains, parce que « les services sociaux venaient juste de me laisser tranquille, et que je n’avais pas besoin qu’il me cause des problèmes avec les voisins. »
Nash alla se coucher et fut réveillée par Jenkin qui tentait de l’étrangler. Elle perdit conscience. J’épargnerai au lecteur le récit de son énucléation ; il suffira de dire que Jenkin lui en fit porter la responsabilité : « Tout est de ta faute. Tout ça à cause de ces foutus pilules. »

Shane Jenkin fut condamné à la prison à perpétuité – moins que ce qu’il mérite, mais le maximum de ce qu’il pouvait recevoir. Pour ce qui concerne Tina Nash, que dire ? Il va sans dire qu’elle mérite de la compassion car, pour le répéter, aucune bêtise de sa part, même incorrigible, et aucune faute (négligence de ses enfants, parjure) n’aurait pu mériter une telle souffrance. Mais l’on devrait se demander comment elle fut amenée à agir avec une insouciance aussi consommée.
Pour paraphraser légèrement Shakespeare :

D’où l’idiotie nait-elle, dites le moi,
Est-ce tête ou cœur qui y pourvoit ?
Qui la nourrit, qui la conçoit ?
Répondez-moi, répondez-moi ?

Peut-être n’y a-t-il rien de nouveau sous le soleil, mais aussi il est difficile de ne pas croire que l’Etat a permis la conduite de Nash, bien qu’il ne l’ait pas obligé à agir comme elle l’a fait. Il est vrai que si sa conception de la vie bonne avait été différente, jamais le fait d’être dépendante de l’Etat n’aurait produit un tel résultat. Mais avec une conception matérialiste de la vie, dans laquelle ce qui est important est la pure consommation, et dans laquelle il n’existe pas d’incitation ou de récompense matérielle pour qui se conduit raisonnablement, ni de pénalité matérielle pour celui qui ne le fait pas, il n’est pas surprenant que certaines personnes ne prennent pas au sérieux le fait de décider, y compris pour ce qui concerne leur propre vie, et qu’ils suivent par conséquent aveuglement leurs inclinations élémentaires, au mépris des conséquences les plus évidentes. Le plaisir du moment est tout ce qui compte. Pour eux plutôt étrangler dans son berceau un enfant que de nourrir des désirs inassouvis.
Dans son livre, Tina Nash décrit comment elle a essayé courageusement de continuer à vivre après avoir perdu la vue. Après avoir fini son livre, elle a rencontré un nouveau compagnon. Qui vient tout juste d’être envoyé en prison pour l’avoir frappé. O splendide nouveau monde, qui compte de pareils habitants !

lundi 20 avril 2015

Comment traiter la question de l'immigration clandestine



 
Une fois n'est pas coutume, je m'essaye au commentaire d'actualité pour alimenter ce blog en demi-sommeil. Cela suppose évidemment que vous adaptiez votre niveau d'exigence à l'exercice : ce qui est écrit dans l'urgence de l'actualité est forcément moins travaillé que ce qui est écrit à loisir. Mais je vous fais confiance.


Une fois encore l’Afrique vient déverser une partie de sa population sur les côtes européennes, et tout le monde s’interroge gravement : que faire ?
Disons le nettement : toutes les solutions envisagées publiquement sont tocardes, à un degré où à un autre.
Fermer les frontières c’est physiquement impossible, même en sortant de l’espace Schengen. Bien entendu il serait souhaitable, et possible, de bien mieux les contrôler. Et par ailleurs sortir de l’espace Schengen serait une excellente chose. Mais cela ne suffira aucunement pour endiguer l’afflux d’immigrés clandestins et autres « demandeurs d’asile » qui, petit à petit, et de plus en plus vite, change la composition de la population française – pour le pire. Oui, pour le pire : cela, me semble-t-il, pourrait être démontré pratiquement par A+B, mais ce qui ne saurait être sérieusement contesté n’a pas non plus besoin d’être prouvé. Et puis je n’ai pas envie de perdre mon temps à essayer de convaincre les aveugles volontaires. C’est peine perdu et me prépare un futur ulcère.
Je disais donc : il n’est pas possible d’empêcher des clandestins déterminés de poser le pied sur le territoire français, soit par mer, soit par terre, soit par air. Et une fois qu’ils sont sur le sol français, il est très compliqué de s’en débarrasser manu militari. Il ne faut pas rêver : ce sera toujours le cas, même avec un gouvernement (sait-on jamais ?) décider à lutter sérieusement contre l’immigration, ne serait-ce que parce qu’il sera toujours très difficile de trouver des pays qui acceptent de reprendre ces migrants qui cachent soigneusement leur nationalité. Expulser ceux qui se présentent chez nous sans y avoir été invités, ce sera toujours vider la mer à la petite cuillère tant que les flux conserveront les proportions d’aujourd’hui.
C’est donc à la source qu’il faut tarir l’immigration. Mais certainement pas comme l’envisagent nos gouvernements successifs, c’est-à-dire en faisant de l’aide au développement.
Il faut le dire haut et fort : l’aide au développement ça ne marche pas. Oh, bien sûr, je ne doute pas que parfois des bonnes volontés, éclairées par la raison, ne puissent faire du bien aux habitants de ces pays lointains en leur apportant telle ou telle aide ponctuelle pour monter tel ou tel projet concret. Loin de moi l’idée de vouloir faire le procès de cette forme de charité, même si je suis toujours un peu étonné qu’il faille aller chercher si loin des pauvres à aider et des âmes à guider alors qu’il s’agit à l’évidence d’une ressource qui ne manque pas dans notre propre pays. Mais qu’importe. Que cent projets humanitaires lointains s’épanouissent, il n’y a, a priori, pas de mal à cela.
Si en revanche il s’agit d’augmenter le niveau de vie de la population de tout un pays, alors il faut regarder la vérité en face : nous ne savons pas faire. Le développement économique dépend de conditions locales qu’il n’est aucunement au pouvoir d’un gouvernement étranger de faire naitre. Bien pire : presque toujours l’aide publique au développement est détournée au profit de l’oligarchie locale, celle précisément qui empêche le développement économique par ses déprédations, et lui permet ainsi de se maintenir au pouvoir plus longtemps. Et quand bien même ce ne serait pas le cas, il suffit de regarder chez nous pour s’en convaincre : l’argent public qui coule à flots, cela n’enrichit pas. Au contraire, c’est le plus sûr moyen, sur le long terme, de tarir les vraies sources de la richesse. Regardez la France et ses 57%  du PIB qui passent en dépenses publiques. Ca ne vous suffit pas comme exemple ?

Alors quoi ? Eh bien c’est très simple : le seul moyen de tarir l’immigration à la source, c’est de déclarer haut et fort la chose suivante : « Tous ceux qui désirent s’installer en France sans y avoir été invités doivent être bien conscients qu’ils ne sont pas les bienvenus et qu’en conséquence ils se préparent une vie très désagréable tant qu’ils resteront sur le sol français. Ils ne bénéficieront d’aucune aide publique d’aucune sorte. Aucune allocation, aucun logement, aucun accès aux soins, non, pas même aux soins d’urgence. Ainsi par exemple, dans les hôpitaux qui accueilleraient dans leur service des clandestins, les cadres hospitaliers et les médecins seront tenus pour responsables, sur leurs deniers personnels, des dépenses engagées, qui ne sauraient en aucun cas être imputées au budget de l’hôpital. Des particuliers chercheront peut-être à vous aider mais désormais aider au séjour d’un clandestin sera rigoureusement sanctionné, comme cela aurait toujours dû être le cas. Des employeurs peu scrupuleux voudront peut-être vous embaucher, pour profiter de votre détresse qui vous poussera à accepter des salaires de misère, mais désormais ces employeurs seront impitoyablement sanctionnés et regarderons à deux fois avant d’accepter vos services. Vous ne trouverez que les travaux les plus dangereux, les plus ingrats, les plus mal payés, et sans même l’assurance que ceux-ci vous seront effectivement payés.
Nous ne chercherons pas à vous expulser, car nous savons que ces efforts sont à la fois vains et très coûteux. Nous nous contenterons de vous rendre la vie impossible. Aucune possibilité de régularisation d’aucune sorte ne vous sera ouverte dès lors que vous aurez pénétré illégalement en France, et aucune possibilité d’amélioration de votre condition. La police vous traquera, pour vous mettre en prison pendant en temps variable selon votre situation après avoir saisi tous les biens que vous pouviez posséder, avant de vous relâcher, encore plus démuni qu’avant et prêt à recommencer votre vie de misère et de peur constante, jusqu’à une nouvelle arrestation. Vous ressemblerez bientôt à ces bannis, interdits de feu et d’eau, avec toutefois cette différence qu’il vous sera toujours loisible de quitter le territoire français sans encombre dès que vous en aurez assez de cette vie qui n’en est pas une. La France n’a pas besoin de vous. Pire : vous représentez pour elle désormais un danger mortel par votre simple nombre, et elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour survivre. Alors réfléchissez bien avant de prendre de grands risques pour venir en France : le jeu n’en vaut pas la chandelle. Employez plutôt votre énergie et votre inventivité à essayer d’améliorer la situation de votre propre pays. Vous ferez beaucoup mieux. »

Bien entendu ce n’est là qu’un exemple de ce qu’il faudrait dire. Les mots utilisés importent peu, c’est l’esprit de cette déclaration qui compte, bien évidemment. Et bien évidemment aussi il ne s’agit nullement de faire une déclaration solennelle : ce qu’il faut c’est agir de telle sorte que les candidats à l’immigration – qui sont presque toujours remarquablement informés de ce qui les attend dans le pays qu’ils choisissent – entendent un discours de ce genre.
Il n’y a là rien d’impossible – tous les instruments à actionner dépendent de notre gouvernement national pourvu seulement qu’il sache enfin s’émanciper de certaines contraintes européennes – ni rien de contraire aux droits de l’homme, ou même à la simple humanité. Nos premiers devoirs sont pour nos compatriotes et pour notre patrie, et si nous pouvons bien sûr regretter de n’être pas capables d’aider tous ceux qui souffrent sur cette terre, nous ne devons jamais oublier les limites de notre condition humaine, dont l’une des lois invicibles est que nous sommes des animaux politiques, qui ont besoin d’appartenir à un corps politique particulier pour vivre une vie pleinement humaine, et qu’en conséquence la préservation de ce corps politique particulier l’emportera toujours sur les devoirs que nous pourrions avoir envers les étrangers.
La charité qui n’est pas éclairée par la raison n’est plus une vertu et, dans les conditions actuelles, elle pourrait même préparer de terribles catastrophes. Pour ne pas dire qu’elle est déjà responsable des drames qui se déroulent sous nos yeux.