Ralliez-vous à mon panache bleu

lundi 30 avril 2012

Présidentielle 2012 : "Si"... "Mais"...




Voter ou ne pas voter, et pour qui ; telle est la question : est-il plus noble pour l’électeur réac d’endurer les coups de l’outrageuse fortune et de se résoudre à voter pour un Président qui l’a déçu, ou de prendre les armes contre une mer d’épreuves et, en s’abstenant ou en votant pour la gauche, d’y mettre fin ?

Que Shakespeare me pardonne ce détournement, mais depuis le 22 avril au soir il me semble que je contemple pensivement mon bulletin de vote, tel un certain prince du Danemark méditant sur les mérites comparés de la vie et de la mort. Et j’ai la certitude de ne pas être le seul dans ce cas. Se pourrait-il que la conscience ait fait de nous tous des lâches ?
La question semblerait pourtant devoir se résoudre très vite : Sarkozy n’est pas satisfaisant mais, sur presque tous les sujets qui m’importent, il est moins pire que François Hollande. Ce qui n’est certes pas très difficile.
Sarkozy ne réduira pas l’immigration, mais avec Hollande nous aurons en plus le droit de vote des étrangers. Sarkozy ne réformera pas sérieusement l’Etat-providence et la fonction publique, mais avec Hollande nous aurons plus de fonctionnaires, d’impôts et de dépenses publiques. Sarkozy ne s’attaquera pas sérieusement à la délinquance, mais avec Hollande nous aurons plus de laxisme judiciaire, de « politique de la ville » et de culture de l’excuse. Sarkozy ne prendra pas les mesures susceptibles de soutenir vraiment la famille, mais avec Hollande nous aurons en plus le mariage ouvert aux homosexuels. Etc.
Bref, le choix n’est-il pas très simple ? Entre une dégradation plus ou moins lente de l’état de la France, n’est-il pas rationnel de choisir la plus lente ? Tant que l’on n’a pas perdu absolument tout espoir de voir un jour guérir le patient - ou du moins de voir sa santé s’améliorer - la réponse est évidente. Et je n’ai pas perdu tout espoir.
Cependant, en politique les choses sont rarement si simples. Ainsi un certain nombre d’électeurs que l’on serait tenté de classer « à droite » semblent bien avoir décidé de s’abstenir le 6 mai, voire même de voter Hollande, ce qui bien évidemment, dans un cas comme dans l’autre, assurera la victoire de ce dernier.
La réacosphère bruisse depuis le premier tour des discussion à ce sujet. Les arguments échangés sont très nombreux, mais il me semble que, du côté de ceux qui envisagent l’abstention ou le vote Hollande, ces arguments peuvent être rangés en deux catégories : le vote punitif et la politique du pire.
Le premier consiste à utiliser son bulletin de vote pour punir un candidat qui vous a mécontenté. Que dis-je, mécontenté ? Qui vous a proprement trahi, en pratiquant « l’ouverture » à ses adversaires, en n’appliquant pas ses promesses de campagne, en vantant le métissage, en marchant dans les pas de la gauche, en... bref, je m’arrête là. Peut-on voter pour quelqu’un qui vous a donné tant de raisons d’être insatisfait de lui ? Cela ne revient-il pas à l’encourager à recommencer ? Comment espérer que le délinquant s’amende si personne ne le punit ? Et même si la sanction électorale n’avait aucun effet sur le camp des vaincus, n’y a-t-il pas là une question de dignité personnelle ? Moi, cocu et en plus content ? Jamais !
Cet argument n’est pas sans mérite, même considéré froidement, sans indignation. Un vote a effectivement souvent un aspect rétrospectif - un aspect de sanction ou de récompense des sortants - et c’est bien ainsi. Mais qu’en est-il lorsqu’il est impossible de punir le délinquant sans se punir soi-même ? Qu’en est-il lorsque la sanction du sortant implique nécessairement de mettre à sa place quelqu’un que l’on considère comme pire que lui ? Dois-je me laisser guider par mon ressentiment - même légitime - sans envisager toutes les conséquences probables de mes actes et, tel Hamlet, laver mon honneur en laissant mon pays tomber aux mains d’un conquérant étranger ?
Pour moi la réponse est non. Puisqu’il m’est impossible de sanctionner Nicolas Sarkozy sans contribuer à me sanctionner moi-même et à sanctionner mon pays, je ne chercherais pas, lors de cette élection, à lui infliger le démenti qu’il mérite.
Reste alors l’argument de la politique du pire, argument qui prend beaucoup de formes mais qui, me semble-t-il, peut se résumer ainsi : il n’y a rien de bon à attendre ni de Sarkozy ni de Hollande, et Hollande sera effectivement pire que Sarkozy. Mais précisément parce que la politique menée par Hollande sera pire que celle de Sarkozy, elle est susceptible de provoquer un électrochoc salutaire.
Ici chacun pourra donner la forme qui a sa préférence à l’électrochoc en question : les Français finiront par se révolter contre la tyrannie de l’antiracisme et contre l’immigration se déversant à flots sur leur sol ; la faillite de l’Etat qui ne manquera pas de survenir grâce aux politiques socialistes obligera à tout remettre à plat ; la défaite de l’UMP aux présidentielles puis aux législatives fera exploser cette formation politique et la droite se reformera autour du Front National ; l’état du pays sera tel en 2017 que Marine le Pen sera élue haut la main, etc.
J’ai caressé un moment des idées de ce genre, je l’avoue : imaginer un futur un peu éloigné mais où l’espoir aurait réapparu est plus agréable que de voter pour la prolongation d’une situation insatisfaisante, et puis, reconnaissons-le, il y a un certain plaisir à manipuler en pensée ses petits pions, à échafauder des scénarios compliqués mais qui se finissent toujours bien puisque c’est nous qui tenons le stylo.
Seulement il me semble justement qu’il y a beaucoup trop de « si » et de « mais » dans ce genre de calculs, beaucoup trop d’hypothèses bien plus hypothétiques que nous ne le croyons, beaucoup trop d’événements imprévus pouvant survenir et renverser nos beaux châteaux en Espagne. Hamlet aussi avait un plan, aussi compliqué qu’imparable, pour parvenir à ses fins.
Bref, restons sobres, ne nous surestimons pas. Cinq ans en politique c’est une éternité et la vérité est que nul d’entre nous ne sait ce que sera la situation dans cinq ans, ni même dans trois ans, ni même dans un an. Nul d’entre nous ne sait ce qui se passera à droite après le 6 mai. Nul d’entre nous ne sait comment les Français se comporteront sous un gouvernement socialiste. Bien sûr nous pouvons imaginer, supputer, mais tout cela reste de l’ordre de la probabilité, tout au plus. Et face à ces probabilités passablement improbables il y a de quasi certitudes : la victoire de Hollande c’est la mise en place de réformes, de mon point de vue, désastreuses, et sur lesquelles il sera très difficile de revenir.
J’abandonne donc les stratégies, trop élaborées à mon goût, de la politique du pire pour revenir à des considérations plus terre à terre, celles que j’exposais en commençant. Pour moi Hollande est pire que Sarkozy. Un peu, beaucoup, cela n’importe guère. Lorsque les plateaux de la balance sont à l’équilibre un rien suffit pour les faire pencher.
Et je n’oublie pas qu’il y aura des législatives juste après.
Bien, donc...
S’il était possible de déposer dans l’urne un bulletin marqué « contre François Hollande », je le ferais. Mais comme cela n’est pas possible, j’y glisserai le 6 mai un bulletin marqué Nicolas Sarkozy.



jeudi 26 avril 2012

Présidentielle 2012 : Comment parler aux électeurs du Front National




J’ai appris, comme tout un chacun, que le Candidat Normal™ désirait s’adresser aux électeurs du Front National.
Voilà qui est une excellente nouvelle, me suis-je dis. Que notre futur Président Normal™ n’ostracise pas 6 millions et quelque de ses concitoyens et qu’il consente à leur parler, en dépit du fait - incontestablement très répréhensible - qu’ils aient mal voté, marque un progrès très sensible par rapport à la pratique habituelle du camp du bien. Nous a-t-on assez seriné qu’il fallait « s’ouvrir à l’Autre » ? Pour une fois que la gauche applique ses propres principes, on ne va certes pas le lui reprocher.
Vraiment, tout cela est bel et bon. Je suis très content.
Cependant, je n’ignore pas qu’il y a parfois loin de la coupe aux lèvres, que les réalisations ne sont pas toujours à la hauteur des intentions, et autres choses du même genre. Bref, sans douter le moins du monde de la sincérité de notre Candidat Normal™ (comment le pourrais-je ?), je me demandais encore comment celui-ci allait mettre œuvre ce très louable dessein.
Or je lis dans Le monde du jeudi 26 avril que « Contre Marine Le Pen, le PS joue la carte Ségolène Royal ». A preuve une longue interview de la dame dans laquelle celle-ci, de manière certes quelque peu indirecte, semble vouloir s’adresser aux brebis très égarées.
Eh, voilà qui est parfait ! Je vais donc pouvoir juger immédiatement de la manière dont le Parti Socialiste entend parler à ceux qui ont accordé leurs suffrages à Marine Le Pen.
Pour ce faire, j’ai décidé de me mettre dans la peau de l’un de ces électeurs et de faire comme si, au lieu de s’adresser au journaliste du Monde, l’ex-compagne du Candidat Normal™ s’adressait à moi, électeur de Marine Le Pen. Après tout, je crois être aussi bien placé qu’un autre pour remplir ce rôle. Et puis il fut une époque de ma vie où je me disais de gauche et où je votais socialiste, ce qui prouve au minimum que je suis capable de changer d’idées. Ce n’est pas comme si j’étais un vrai électeur du Front National, un de ceux qui ont eu le portrait de Pétain au-dessus de leur berceau et à qui leur mère fredonnait le Horst Wessel Lied en leur donnant le sein. Bref, je peux convenablement jouer le rôle d’un électeur récupérable, c’est à dire l’un de ceux à qui on peut estimer utile de s’adresser.
Afin de juger objectivement de l’efficacité de l’argumentation déployée à mon endroit, j’ai décidé de mettre en place un système de notation qui prendra la forme suivante : à chaque fois qu’une remarque de mon interlocutrice me paraitra convaincante, je lui attribuerais un Glop, voire un Glop-Glop si je la trouve vraiment très convaincante. A l’inverse, si je trouve à redire à ses propos, je marquerais ma désapprobation par un Pas Glop, voire par un Pas Glop-Pas Glop encore plus expressif. Je joindrais ainsi l’utile à l’agréable en me rappelant le doux temps de mon enfance, où j’étais de gauche avant même de savoir que la gauche existait, puisque je lisais en toute innocence et avec beaucoup de plaisir une publication communiste.
Me voilà paré. Vous êtes prêts ? Je commence.

Etes-vous surprise de voir Marine Le Pen atteindre un score de 17,9 % et rassembler 6,4 millions de suffrages ?
Cette montée du Front national, nous l'avions sentie pendant la campagne de porte-à-porte. Outre le noyau dur des militants FN, beaucoup d'électeurs, qui ont le sentiment de perdre la main sur leur vie et que la France perd la main sur son destin pendant qu'une oligarchie financière continue à s'enrichir, ont exprimé à la fois une colère et une peur. De plus, ceux qui avaient voté Sarkozy en 2007 se sont sentis trahis par les promesses non tenues sur la valeur travail ou sur la sécurité. Ils sont donc revenus au FN.

Cela ne commence pas trop bien je trouve. Moi, électeur du Front National (je joue mon rôle, hein ?) il ne me semble pas qu’en glissant un bulletin dans l’urne j’ai exprimé « une colère ou une peur », il me semble plutôt que j’ai exprimé une opinion, ou un ensemble d’opinions. Que ces opinions provoquent en moi de la colère ou de la peur, c’est de l’ordre du possible bien évidemment, mais enfin, je ne crois pas être moins rationnel qu’un électeur du PS ou de François Bayrou. J’ai simplement une conception différente du bien commun ou de ce qui peut y conduire. Parler de mes peurs ou de ma colère, c’est suggérer que je vote sans réfléchir, et cela ne me plait pas. Donc Pas Glop.
En revanche je suis plutôt d’accord sur le fait que « ceux qui avaient voté Sarkozy en 2007 se sont sentis trahis par les promesses non tenues sur la valeur travail ou sur la sécurité ». C’est un peu vague sans doute, mais il y a quelque chose de cet ordre. Donc Glop.

En quoi le chef de l'Etat est-il responsable de cette situation ?
Sa responsabilité, c'est d'avoir bafoué ses engagements. Ça a porté un coup au crédit de la politique. Plus personne ne croit à la sortie de crise, annoncée en 2010. Il avait parlé de la valeur travail, mais il a favorisé ceux qui s'enrichissent en dormant. Il a fustigé l'assistanat, mais il a assisté les riches par les avantages fiscaux. Il avait promis un Etat fort : nous avons eu le laisser-aller, sans aucun contrôle du système financier. Il avait promis de protéger les Français, or jamais les insécurités économiques, sociales, culturelles, éducatives n'ont été aussi fortes, sauf pour les privilégiés. Des millions de Français ont le sentiment d'être déclassés, et même de "dévisser".

Je n’aime pas trop cette référence mitterrandienne à « ceux qui s’enrichissent en dormant ». Après tout si j’ai quelques actions ou un livret de caisse d’épargne, moi aussi il est possible de dire que je m’enrichis en dormant. Et puis Mitterrand n’a pas très bonne presse chez les électeurs de mon genre. C’est au moins une faute de goût. On ne vous demande pas de citer Brasillach, hein ? mais quand même... Quant aux riches je ne les aime guère, c’est entendu, mais enfin, dire qu’on les « assiste » par des « avantages fiscaux », cela revient à dire que laisser au gens ce qui leur appartient est de l’assistanat. Ce n’est pas ce que j’entends, moi, par « assistanat », qui consiste à vivre sans travailler, alors que l’on pourrait le faire, de la propriété d’autrui. Vous ne seriez pas en train d’essayer de noyer le poisson, par hasard ? Ou, pire encore, de me prendre pour un imbécile ? Pas Glop.

Nicolas Sarkozy, en reprenant les thèmes du Front national, a-t-il selon vous favorisé la diffusion d'un lepénisme culturel ?
En essayant de capter dès le premier tour les voix de l'extrême droite, il a légitimé un certain nombre de débats et validé des idées que tout républicain humaniste combat. Avec un seul résultat, la montée du FN. A tel point qu'il est aujourd'hui embarqué dans une logique qu'il n'arrive plus à maîtriser. Il est allé tellement loin qu'il ne peut plus se dédire, provoquant un malaise au sein de son propre camp.

Hein ? Il a « validé des idées que tout républicain humaniste combat » ? Mais ces idées dont vous parlez, ce sont les miennes je présume, puisque j’ai voté Front National. Donc je ne suis pas un « républicain humaniste ». Bien plus, je fais partie des adversaires des « républicains humanistes ». Et comme pour vous manifestement « républicain humaniste » est synonyme de personne respectable je suis donc renvoyé parmi les personnes non respectables. J’en prends bonne note. Pas Glop-Pas Glop.

Le FN a conquis de nouveaux territoires, notamment dans les espaces ruraux. Comment l'expliquez-vous ?
On trouve là des paysans paupérisés par la crise de l'élevage qui voient disparaître le travail et la raison de vivre de plusieurs générations. Ou des ouvriers contraints de quitter les centres-villes, trop chers, pour partir vers les zones rurales ou péri-urbaines et rattrapés par le coût de l'essence et la solitude des territoires désindustrialisés. Des citoyens qui se sentent abandonnés, en perte de repères et révoltés par tant d'injustices.

En fait, il existe un moyen de rester à proximité des grandes métropoles lorsque l’on a peu de moyens : demander un logement dans le parc HLM. C’est dans ce parc HLM que se déversent sans cesse de nouveaux migrants, au point que les ZUS ont aujourd’hui acquis de facto la fonction d’accueillir une immigration essentiellement familiale, et pour partie clandestine, comme le rappelle Christophe Guilluy dans Fractures Françaises. Mais précisément parce que le parc HLM se remplit de migrants, les ménages modestes « de souche » (je n’ose pas dire « Blancs », bien que ce soit en réalité ce dont il est question) préfèrent l’éviter et rechercher des logements dans le privée, mais bien sûr beaucoup plus loin des centres-villes. Michèle Tribalat a aussi écrit des choses là-dessus dans Les yeux grands fermés (je suis électeur du Front National mais j’ai quelques lettres).
Bref je suis assez d’accord avec votre diagnostic, mais comme vous ne dites pas un mot sur les causes je ne suis pas sûr que nous soyons vraiment d’accord sur le fond. Je préfère donc ne pas noter cette réponse.

L'aspect féminin de la candidature de Marine Le Pen a-t-il joué ?
C'est moins le fait d'être une femme que de parler de vie quotidienne et de sujets concrets. A l'époque de son père, qui était un repoussoir, moins de femmes votaient pour le FN. Une partie de cet électorat féminin paupérisé affirme aujourd'hui comprendre ce qu'elle dit. Ces femmes seules avec leurs enfants, davantage victimes de l'insécurité, ces femmes âgées avec de très petites retraites, ces salariées précaires ont basculé dans la peur du lendemain. Elles veulent crier leur attente d'une politique qui s'occupe d'elles. C'est ce que nous ferons, comme François Hollande s'y est engagé.

Question sans intérêt, bien digne d’un journal comme Le monde.  Quant à la réponse j’y trouve la même ambiguïté que dans la précédente. Sur le diagnostic à peu près tout le monde est d’accord - insécurité, précarité, paupérisation, peur du lendemain, etc. - les divergences portent sur les causes de ces phénomènes. Mais là encore vous n’en dites rien, vous restez dans le vague. Par exemple, de quelle genre d’insécurité parlez-vous ? Mon impression que vous être en train de tourner autour du pot se renforce. Pas Glop.

Le PS a-t-il échoué à renouer avec les classes populaires, comme vous aviez commencé à le faire en 2007 ?
Les quartiers ont moins voté qu'en 2007, mais plus que les sondages le prédisaient. Et le candidat socialiste y est en tête.

Les « quartiers » ? Vous voulez dire bien sûr les Zones Urbaines Sensibles dans lesquelles se concentrent les immigrés et descendants d’immigrés afro-maghrébins. Ce sont elles qui ont massivement votées pour vous en 2007 et pour votre ex-compagnon aujourd’hui. C’est donc ça, pour vous, les « classes populaires ». Le « peuple » ce sont les nouvelles populations venues d’outre-méditerranée. Parfait, voilà qui a au moins le mérite de la clarté. Pas Glop-Pas Glop.

Comment François Hollande peut-il convaincre ces électeurs qui ont choisi le Front national au premier tour ?
Il s'agit de montrer que son projet répond aux préoccupations de ceux qui subissent les désordres et les insécurisations. Apporter les sécurités que les gens attendent, placer en priorité le travail, la réforme financière, la protection contre la mondialisation sauvage, c'est répondre à ces électeurs. Et c'est bon pour tout le pays. D'autres propositions de François Hollande, comme le blocage du prix de l'essence ou l'encadrement des marges dans la grande distribution, correspondent à ces attentes.

Là vous ne tournez plus autour du pot, vous vous moquez carrément de moi. « Les insécurisations », « les sécurités », « les désordres »... vous me prenez vraiment pour un perdreau de l’année. Vous croyez sans doute que je ne sais pas que lorsque l’on veut ne pas parler d’un problème on le met au pluriel ? C’est la tactique utilisée par la gauche depuis au moins quarante ans. Je ne parle pas des « insécurités » moi, je parle de l’insécurité physique, de la peur de se faire poignarder pour une cigarette, tabasser à mort parce que l’on photographiait un réverbère ou bien parce que l’on voulait rédiger un constat amiable.
Et je vois très bien que c’est précisément ce sujet que vous voulez éviter. Vous vous attendiez à quoi ? Pas Glop-Pas Glop.

L'époque où Bernard Tapie, alors classé à gauche, traitait de "salauds" les électeurs du FN est donc bien révolue...
Il ne s'agit ni de cajoler ni de dénigrer et encore moins d'insulter, tout en combattant le poison de ces idées. Ce sont ceux qui exploitent la pauvreté et les peurs qui sont méprisables. Les habitants des quartiers populaires qui s'inquiètent des flux migratoires clandestins ne sont pas des racistes.

Euh, objection votre bravitude. Je m’inquiète certes des flux migratoires clandestins, mais je m’inquiète tout autant des flux migratoires légaux. Ce sont tous les flux migratoires que je voudrais voir réduits. Dois-je en déduire que pour vous seuls les actuels flux clandestins posent problème ? Que l’on est « raciste » si l’on se préoccupe aussi des flux légaux ? Un très mauvais point pour vous. Pas Glop-Pas Glop.

Pourquoi avoir affirmé que le droit de vote des étrangers aux élections locales "n'a jamais été une priorité" pour le Parti socialiste ?
Parce que la nouvelle stratégie de l'UMP est de cibler le débat uniquement sur l'immigration en déformant grossièrement les propositions. Il fallait donc absolument remettre leurs pendules à l'heure et rappeler que les priorités sont l'emploi, la justice sociale, la jeunesse, l'éducation.

Ouais. On peut évidemment gloser à l’infini sur le sens du mot « priorité », mais il n’empêche que le « droit de vote des résidents étrangers » figure bien au programme de la première année de mandat du Candidat Normal™. Pour un président qui a un mandat de cinq ans, dire que l’on prendra telle ou telle mesure durant la première année de sa présidence c’est quand même lui accorder un caractère assez « prioritaire ». Et il me semble bien me souvenir d’une vidéo dans laquelle Martine Aubry disait, après la victoire de la gauche aux sénatoriales, que l’une des premières choses que feraient les socialistes en revenant au pouvoir serait d’accorder le droit de vote aux étrangers ; même si j’ai la flemme de la rechercher.
De toutes façons cette proposition figure noir sur blanc dans votre programme et moi je suis absolument contre. Pas Glop-Pas Glop.

Le camp présidentiel affirme aussi que M. Hollande vise une "régularisation massive" des sans-papiers. Est-ce exact ?
Non. Sur ce sujet comme sur d'autres, c'est une caricature, mais cela n'abuse personne.

Massive, pas massive, prioritaire, pas prioritaire... si vous croyez que c’est en ergotant sur les mots que vous allez me convaincre... Le Candidat Normal™ a bien dit qu’une fois élu il procéderait à des régularisations, point. Mais le vrai nom d’un « sans-papiers » c’est un immigré clandestin, et la seule vocation d’un clandestin c’est d’être expulsé. Que, dans certains cas bien particuliers, il puisse être effectivement préférable de régulariser tel ou tel clandestin, cela peut se comprendre. Mais en ce cas il s’agira toujours d’une faveur insigne qui lui est accordée, et en aucun cas d’un droit, et le premier devoir d’un homme politique responsable serait de ne jamais en parler, pour ne pas susciter de faux espoirs et de nouvelles arrivées. Quant à ce que seront les effets prévisibles des propositions du Candidat Normal™ je laisse d’autres en parler. Pour moi l’affaire est entendue. Pas Glop-Pas Glop.


Bien, résumons-nous. Un Glop et quinze Pas Glop.
Hé bin, le dialogue avec les électeurs du Front National, c’est pas gagné...

lundi 23 avril 2012

Présidentielle 2012 : En vrac (2)



Le Candidat Normal™ arrive donc en tête au premier tour. La belle affaire. Si après 17 ans de présidence de droite, dix ans de gouvernement de droite, avec un Président particulièrement impopulaire et une crise économique carabinée, les socialistes sont contents que leur candidat réunisse sur son nom 28,6% des suffrages exprimés c’est vraiment qu’ils sont prêts à se contenter de peu. Hollande s’affirme plus que jamais comme le candidat par défaut, et sans doute sera-t-il le Président par défaut. Cela présage évidemment de quelques problèmes pour lui-même et son futur gouvernement - à supposer qu’il l’emporte.
Le désappointement, c’est maintenant.

La gauche est censé être keynésienne, non ? Que n’applique-t-elle jusqu’au bout les principes de son grand homme : « When the facts change, I change my mind. What do you do, sir ? ».
Mais bien sûr c’est exactement l’inverse. Et c’est donc reparti pour l’habituelle analyse : le vote pour le FN célafôte à la crise, célafôte à la « montée des inégalités économiques », célafôte à la « peur du déclassement », célafôte au gouvernement qui fait rien qu’à parler de ce qu’y devrait pas, etc.
Depuis trente ans les électeurs du FN disent : « immigration », « délinquance », et depuis trente ans la gauche répond : « taisez-vous, c’est la crise vous dis-je ! ». Autant parler à un pot de géranium.

Marine Le Pen a fait un bon score, mais la question est de savoir ce qu’elle en fera. Non pas dans les quinze jours qui nous séparent du second tour, mais dans les mois et les années qui viennent. Une possibilité : que MLP considère son score comme un aboutissement alors que, franchement, elle ferait bien de se mettre à travailler sérieusement ses dossiers. Sa campagne m’a souvent laissé une fâcheuse impression d’amateurisme. Et puis l’entendre parler de « la gauche ultra-libérale » dimanche soir... j’ai bien cru que mes plombages allaient sauter.

On entend partout que les sondeurs se sont trompés. Je ne suis pas vraiment d’accord. Les sondeurs disent toujours qu’un sondage n’est qu’un instantané, une photographie de l’opinion, et qu’ils ont une marge d’erreur de 2 à 3%. Mais apparemment personne ne les écoute. Pourtant, si l’on regarde les tous derniers sondages, il me semble que presque tous donnaient les résultats finaux à l’intérieur de la marge d’erreur et que les tendances enregistrées étaient les bonnes. Seule l’abstention semble vraiment avoir été surestimée.
Toujours tenir compte des tendances plutôt que des valeurs absolues, c’est le B-A-BA pour ne pas être déçu par les sondages. Et bien entendu protester de ce que les sondages d’il y a quinze jour ou un mois ont été démentis n’a aucun sens.

Pourquoi Jean Luc Mélenchon a-t-il choisit de faire de MLP son ennemie personnelle ? J’y vois deux raisons principales.
D’une part, que serait le militant d’extrême gauche aujourd’hui sans le combat « antifasciste » ? Sa vocation est de terrasser éternellement la bête immonde au ventre toujours fécond. C’est son péché, sa drogue, son gardénal. Toujours cocu, mais content, pourvu seulement que le « fascisme » ne soit pas passé. Goldstein ne peut donc pas mourir, quitte à le réincarner en blonde.
D’autre part, pour les bobos fonctionnaires du Front de Gauche, qui se considèrent comme les porte-parole naturels des classes populaires, voire que MLP attire à elle ces catégories, alors qu’ils ne parviennent qu’à attirer leurs semblables, c’est un affront personnel qui ne peut être lavé que dans une défaite électorale sanglante.
Ils risquent d’attendre longtemps. Mais attendre c’est la vocation du gauchiste. Il attend « la révolution », le « réveil des masses », le « troisième tour social ». Il attend, exactement de la même manière qu’Alphonse Allais disait avoir laissé quarante ans exprès sa clef sur la porte, dans l’espoir qu’une femme entièrement nue et d’une grande beauté entrerait une nuit dans sa chambre se trompant d’appartement.

vendredi 20 avril 2012

Présidentielle 2012 : Dernière station avant l'isoloir



J’aurais pu m’en tenir à la blague de Jeudi. Quel lecteur tant soit peu attentif de ce blog peut ignorer mes opinions politiques - au moins dans les grandes lignes ?
Mais, bien qu’aimant rire au sujet des questions politiques, en définitive je prends la politique au sérieux. Par conséquent je me sens tenu de faire une dernière analyse au moins un peu sérieuse avant le premier tour. Que les amoureux inconditionnels de la rigolade et de la dérision veuillent bien me pardonner, on ne se refait pas.
La question est donc : pour qui voter ?
Mes critères de choix dans l’absolu, et avant de faire entrer en ligne de compte quelque considération stratégique que ce soit, sont aujourd’hui essentiellement au nombre de quatre :
1) Le candidat se propose-t-il de réduire sérieusement la dépense publique, le nombre de fonctionnaires et, de manière générale, de diminuer l’emprise de la puissance publique sur l’économie ?
2) Le candidat se propose-t-il de s’attaquer sérieusement à la question du Grand Remplacement et de mettre au pas les délinquants ?
3) Le candidat se propose-t-il sérieusement de mettre un coup d’arrêt à l’expansion du despotisme bureaucratique bruxellois ?
4) Le candidat se propose-t-il sérieusement de réformer cette infâme pétaudière qu’est devenue l’éducation nationale ?
Je n’inclus pas les questions internationales, bien qu’elles soient importantes dans l’absolu, parce que je considère que la France est trop malade pour pouvoir jouer plus qu’un rôle tertiaire ou quaternaire dans les affaires du monde et que, précisément du fait de l’état qui est le sien, la priorité doit être donnée à ses affaires internes.
Mes quatre critères permettent immédiatement d’évacuer tout vote à gauche, gauche dans laquelle j’inclus Bayrou que je tiens pour un supplétif du PS.
Reste donc le vote Le Pen ou le vote Sarkozy (comment dites-vous ? Dupont-Aignan ? Allons, je vous ai dit que je prenais la politique au sérieux).
Concernant le premier critère, tous les deux échouent lamentablement. Comme d’ailleurs l’ensemble de la classe politique française. Ce serait à pleurer si je ne préférais pas encore en rire. C’est meilleur pour mon caractère et pour ma santé.
Concernant le critère numéro quatre je dirais : mouais, bof, pas vraiment. La suppression du collège unique aurait évidemment mes faveurs, mais je ne vois rien de décisif ni chez l’un ni chez l’autre. Match nul.
Concernant le critère numéro trois, MLP l’emporte sans discussion. Elle est la seule qui semble avoir au moins conscience du problème. Je ne parle pas du détail de ce qu’elle propose - qui peut être pertinent ou non - mais de son hostilité à ce qu’il est convenu d’appeler « l’intégration européenne » et qui n’est qu’un autre nom pour la désintégration des nations et l’abolition de la démocratie représentative.
Sarkozy semble s’être découvert récemment une certaine fibre anti bruxelloise, via sa promesse de remettre en cause les accords de Schengen, mais je n’y crois pas une seconde. Un seul mot suffira pour résumer ma pensée sur ce sujet : traité de Lisbonne.
Reste le critère numéro deux, et là aussi MLP l’emporte haut la main. Elle est la seule qui semble avoir conscience de la gravité et de l’urgence de la situation. Et puis Sarkozy a un bilan : le karcher transformé en serpillère à peine humide, une immigration légale qui avoisine les 200 000 entrées par an, les odes au métissage... Bon, inutile de poursuivre.
Dans l’absolu mon choix est donc facile à faire, je dois voter pour MLP, bien que je l’ai souvent trouvé passablement mauvaise durant cette campagne, pour rester gentil (Dieu, quelle souffrance de l’entendre parler d’économie !).
Restent les considérations stratégiques.
Je suis persuadé que MLP ne sera pas au second tour et que Sarkozy y sera. Je n’ai donc aucune raison de voter « utile ». Si j’estime que Sarkozy est préférable à Hollande rien ne m’empêchera de voter pour lui au second tour.
Dans l’hypothèse cependant où j’estimerais que Sarkozy est préférable à Hollande, ne serait-il pas souhaitable qu’il ait un maximum de voix au premier tour pour espérer l’emporter au second ?
Franchement, je ne crois guère à cet argument de la « dynamique ». C’est inverser la causalité : ce n’est pas parce qu’un candidat a moins de voix qu’espéré qu’il se voit privé de « dynamique », c’est parce qu’il n’est pas « dynamisant » qu’il manque de voix. Ce qui est vrai au premier tour est vrai au second. Si au second tour Sarkozy parait préférable à Hollande à suffisamment d’électeurs il sera réélu, point. Son score du premier tour n’est pas le problème.
Et enfin dernière considération évidente, en votant pour MLP j’adresse, comme disent les sondeurs, « un message fort » à la droite « classique ». Ce message est le suivant : la droite ne pourra pas à l'avenir espérer remporter les élections présidentielles et législatives si elle ne réforme pas sérieusement son corpus intellectuel et ses actions en matière d’immigration et de délinquance. J’ai bien dit sérieusement, et pas seulement en paroles, comme elle l’a fait parfois durant le quinquennat écoulé.
La tournure que pourra prendre cette réforme n’importe pas pour le moment. Seul compte le fait que personne ne pourra se méprendre sur la teneur du « message ».

Bien, mon choix est donc fait.
Pour le second tour, on verra.

jeudi 19 avril 2012

Présidentielle 2012 : Pourquoi je voterai François Hollande



 Après une longue et intense réflexion, je suis maintenant en mesure de vous dire sur quel candidat se portera mon vote, ce dimanche, premier tour de l’élection présidentielle.
Mes chers compatriotes, je voterai pour François Hollande.
Voici quelles sont mes raisons.
François Hollande, ce sont ceux qui le connaissent qui en parlent le mieux :

« Fraise des bois »
« Flamby »
« Monsieur petite blague »
« François Hollande, Président ? On rêve ! »
« Arrêtez de dire qu’il travaille. François n’a jamais travaillé, il ne fout rien. »
« Capitaine de pédalo »
« Endive cuite »... euh, non, ça c’est moi qui le dit.

Vous remarquerez que tous ces jugements, émis par des gens qui ont eu l’occasion de côtoyer de près François Hollande et de travailler avec lui, sont remarquablement convergents : le trait principal du personnage est son insignifiance. Ce que lui-même reconnait d’ailleurs implicitement en se présentant comme le Candidat Normal™.

Ce sont de fameuses recommandations, reconnaissons le. Or la campagne électorale qui s’achève nous aura permis de constater que, oui, François Hollande est en tous points conforme au portrait qu’en font ses amis politiques. Prince du louvoiement - je suis modéré, voyez mes ailes ; je suis sérieusement de gauche, voyez mes poils - roi de l’insignifiance, empereur de la motion nègre-blanc, thuriféraire de l’absence de décision comme remède à tous les problèmes. L’homme a le mérite insigne de la cohérence, et la grande honnêteté de se montrer pour ce qu’il est.
Cela me fait même penser que, finalement, c’est peut-être quelqu’un qui n’a pas connu François Hollande qui a le mieux cerné sa personnalité.
Sir Winston, vous ne m’en voudrez pas, je l’espère, d’adapter quelques-uns des jugements que vous avez porté sur certains de vos contemporains à notre futur Président Normal™. Je suis sûr que c’est ce que vous auriez dit si vous l’aviez rencontré.

« C’est un homme modeste, avec beaucoup de raisons de l’être. »
« C’est un mouton caché sous une peau de mouton. »
« Si vous voulez que rien ne soit fait, François Hollande est l’homme le plus qualifié. Personne ne lui arrive à la cheville. »

Eh bien ! J’affirme que c’est là aujourd’hui le Président qu’il faut à la France.
Quelle est en effet notre situation, mes chers compatriotes ?
Notre pays va très mal, vous ne l’ignorez pas. Notre économie est dans un état lamentable. La puissance publique est devenu un monstre obèse et impuissant, qui étouffe toute vraie créativité et toute vraie liberté. L’Euro va se désintégrer à brève échéance. La nation se défait à grande vitesse sous le poids d’une immigration démentielle. Les zones de non-droit, comme l’on dit pudiquement, s’étendent et le crime paye plus que jamais. Nous sommes les champions du monde de la consommation d’antidépresseurs. Et incontestablement les femmes sont beaucoup moins jolies qu’avant.
Dans cette situation, que devons-nous faire ?
La réponse est simple : rien. Nous ne devons rien faire.
Pas d’acharnement thérapeutique.
Si nous avions quelque chance, même ténue, de guérir, ou simplement d’obtenir une rémission, il nous faudrait bien sûr un Président énergique et qui ait pleinement conscience de l’urgence du moment. En ce cas, évidemment, François Hollande ne ferait pas l’affaire.
Mais puisque nos maux sont sans remède, ne prolongeons pas notre agonie. Laissons-nous tranquillement glisser vers l’abîme sans plus nous inquiéter d’une illusoire guérison. Et avant de fermer définitivement les yeux à la lumière du monde, répétons-nous encore, une dernière fois, ces mots qui nous semblaient si doux et auxquels nous avons voulu croire si longtemps : « modèle social français », « école républicaine », « vivre-ensemble »...
François Hollande est l’homme d’une telle situation, personne ne le contestera sérieusement.
Alors, mes chers compatriotes, dès le 22 avril, tous derrière François Hollande, le seul, le vrai, l’unique Candidat Normal™ !


lundi 16 avril 2012

Présidentielle 2012 : le vrai visage du changement



Pour ceux qui douteraient encore de ce que signifie concrètement le changement appelé de ses voeux par le Candidat Normal™, voilà qui devrait lever toutes les ambiguïtés.
Via le blog de Malika Sorel je relaye donc une vidéo montrant notre futur Président Normal™ en terrain conquis. Sur fond de rap obligatoire - cette contribution spéciale des Noirs américains à la dégénérescence de la musique occidentale - on y verra une diversité très, très visible exprimer sa joie de voir bientôt accéder à l’Elysée « François »,  qui rime si bien avec inchallah, inchallah !
Avec les socialistes, la charia,c’est maintenant.
On admirera surtout le sens très républicain de la politique montré par François le Normal™ lorsqu’il rappelle à ses auditeurs que « si certains sont plus riches que vous, vous, vous êtes plus nombreux qu’eux ».
La redistribution des richesses, c’est maintenant.
Inchallah !
Voilà vraiment un clip admirable, qui devrait être montré - avant les élections - dans tous les foyers de France et de Navarre, dans toutes les écoles rurales de cette France pauvre véritablement négligée par les pouvoirs publics - à la différence des « quartiers sensibles » abreuvés de l’argent du contribuable pour les admirables résultats que l’on sait -, dans tous les pavillons à bon marché où habite cette France « moisie » qui répugne inexplicablement à partager le quotidien de cette merveilleuse jeunesse certifiée d’origine culturelle enrichissante, qui - comme chacun le sait - est l’avenir de la France.
Voilà qui serait assurément un acte citoyen.


samedi 14 avril 2012

Présidentielle 2012 : Fatigue



Je dois bien l’avouer, cette campagne électorale ne me passionne guère. Pour ne pas dire qu’elle m’ennuie un peu, en dépit des efforts méritoires que je fais pour m’y intéresser.
Si j’en crois les sondages d’opinion, ainsi que ce que je peux entendre et lire à droite et à gauche (ah, ah !) je ne suis pas le seul dans ce cas et l’abstention sera vraisemblablement bien portée le soir du premier tour.
Bien sûr, le fait que ces mêmes sondages nous prédisent invariablement le même second tour et le même vainqueur depuis des semaines n’aide pas à s’enthousiasmer.
Je crois cependant qu’il y a des raisons moins conjoncturelles à cela.

Prenez la gauche. Ses électeurs paraissent bien être les plus motivés, et c’est sans doute ce qui fera la différence le soir du 6 mai. Mais derrière les salles remplies, derrière les manifestations à la Bastille (ça y est, on a refait la Révolution ! Maintenant on peut aller dîner au Flore), derrière l’activité frénétique sur internet (vite, vite, relayer au monde ébahi la dernière parole immortelle du candidat-normal-que-le-monde-nous envie), qui ne sent la lassitude et comme une déception par avance de ce qui pourra suivre l’élection ?
La détestation de l’actuel Président leur tient lieu de carburant. Il FAUT qu’ils le mettent dehors, l’affreux nabot. Leur délicate sensibilité est par trop offensée par ses manières de parvenus et par les paroles qu’il ose, parfois, prononcer. « Identité nationale », « souffrance des victimes », « immigration », « voyous ». Ah, écartez de moi ces propos impies que je ne saurais souffrir !
Que l’homme ait eu la délicatesse de se contenter de parler, sans jamais vraiment chercher à mettre ses actes en conformité avec ses paroles, ne lui vaut aucune indulgence. Parler de ce dont il ne faut jamais parler entre gens de bonne compagnie est un crime bien suffisant. Dehors l’affreux stigmatisateur, dehors l’horrible diviseur, dehors l’immonde amalgameur !
Dehors, dehors, dehors !
Voilà, voilà, ça y est, il est parti.
Et maintenant, on fait quoi ?
Voyons, un homme politique degôche, ça fait des dépenses publiques, ça embauche des fonctionnaires, ça octroie des zakisocios. Et puis ça fait des réformes sociétales : mariage homo, suicide médicalement assisté, droit de vote des étrangers, etc.
Bon, les réformes sociétales on peut les faire. Faire la nique à la « morale bourgeoise », c’est toujours bon à prendre. Mais donner des coups de pieds à un cadavre est finalement d’un intérêt limité. Ah, quel dommage qu’on ne puisse pas abolir une deuxième fois la peine de mort ! Et pour le reste...
On a beau être de gauche, on n’en est pas moins homme, et comme tel soumis à la dure loi de la nécessité. Trente ans de politiques économiques degôche ont mis la France à genoux, finit la politique degôche.
L’électeur degôche moyen n’attend, je crois, pas grand-chose de l’élection de son favori par défaut, pas grand chose de positif, pas grand chose d’autre que le départ de celui qu’il a tant aimé détester. De ce point de vue là, il ne sera pas floué. Il aura encore moins que pas grand chose. Mais la flamme n’y est pas, forcément.

Et du côté de l’électeur de droite ? Je veux dire de l’électeur qui est vraiment de droite et qui apprécierait donc des politiques de droite, c’est à dire notamment un vrai coup d’arrêt au Grand Remplacement et un vrai élagage de l’Etat-providence ?
Pour la deuxième option, ne cherchez pas, elle ne figure au programme de personne. Personne, c’est aussi simple que cela.
Quant à la première option, comment dire ? Elle figure bien sur certains catalogues, mais elle n’est pas vraiment disponible. Marine le Pen ne sera pas au second tour et, même si elle l’était, ne serait pas élue au second. Quant à Sarkozy, il a reprit sa grosse voix « populiste » qui déplait tant aux belles âmes degôche mais, à supposer qu’il soit réélu, il n’agira pas plus sérieusement qu’au cours de son premier mandat. La raison essentielle en est son européisme apparemment inguérissable.
La France ne pourra pas reprendre le contrôle de sa politique migratoire tant qu’elle n’aura pas dénoncé un certains nombre de traités et de conventions internationales. Tant qu’elle n’aura pas sorti la tête du carcan de l’Union Européenne.
C’est ce que Sarkozy ne fera jamais. Toutes ses actions passées montrent que, comme presque toute la classe politique française, il continue à être intoxiqué par le rêve de la construction européenne, un rêve qui a depuis longtemps tourné au cauchemar sans qu’aucun parti de gouvernement ne consente pourtant à se réveiller.
Pour le reste, en ce qui concerne la droite de papier, la droite que la gauche dit « républicaine », celle-ci a un champion théoriquement rééligible, mais ce champion a un bilan. Pas besoin d’en rajouter. On comprend que l’enthousiasme n’y soit pas non plus.

Depuis trente ans, les gouvernements français ont systématiquement sapé l’indépendance économique de la France en la faisant vivre à crédit. Depuis trente ans, les gouvernements français ont systématiquement abdiqué l’indépendance politique de la France au nom de la construction européenne. Les conséquences de ces choix s’imposent désormais à nous avec chaque jour un peu plus de netteté, et l’on s’étonne que les électeurs manifestent peu d’appétence pour les urnes ? Et l’on incrimine le calendrier qui fait coïncider élections et vacances scolaires ? Allons donc.
Les candidats se démènent, promettent, cajolent, battent le rappel de l’électeur, font comme ils ont vu faire leurs aînés, mais qui est dupe ?
Qui ne sent que c’est désormais peu de choses que d’être Président de la France ?

mercredi 11 avril 2012

Présidentielle 2012 : Mélenchonie française




Comme tous les cinq ans (ou tous les sept ans, il n’y a pas si longtemps), la vie politique française nous offre la consternante confirmation que, dans notre beau pays, le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde.
Je veux parler bien sûr de l’extrême-gauche.
Cette fois, l’animal répugnant a trouvé à s’incarner dans un vieil apparatchik du parti socialiste, sénateur blanchi sans gloire sous le harnois et ministricule éphémère aux beaux jours de la gauche plurielle unique.
L’homme grimpe régulièrement dans les intentions de vote et attire désormais à lui tous les regards. Pour expliquer son succès, les commentateurs ayant pignon sur rue invoquent ses qualités hors du commun.
On le décrit orateur merveilleux et profond lettré, ce qui en dit sans doute plus long sur l’état intellectuel de la France que sur le personnage lui-même. Reconnaissons que, lorsque, du sommet de l’Etat, tombent régulièrement des formules aussi délicatement ciselées que : « les Français, ils veulent que... », et autres choses du même genre, il n’est pas trop difficile de passer pour la réincarnation de Démosthène. Et dans un pays où les écoles les plus prestigieuses, censées accueillir les meilleurs des jeunes esprits, n’ont de cesse que de terrasser la culture générale, cette pelée, cette galeuse, d’ou provient toutes les inégalités, citer Victor Hugo peut suffire pour vous donner un brevet d’homme cultivé.
Le plus amusant est d’ailleurs que ceux de ses électeurs qui s’ébahissent de l’érudition littéraire et de la verve du tribun Mélenchon s’apprêtent à voter pour un homme qui, s’il avait en mains les leviers du pouvoir, mènerait une politique ayant pour résultat infaillible de faire disparaitre les dernières traces de culture classique qui peuvent subsister dans notre système d’enseignement - au nom de la lutte contre les inégalités, contre la « reproduction sociale », contre les « discriminations », et autres croquemitaines de l’extrême-gauche.
Mélenchon est un dinosaure, le dernier représentant d’une espèce appelée à disparaitre, et ce de son propre point de vue.
Mais je m’écarte de mon sujet.
Mélenchon a-t-il redonné vie à une extrême-gauche moribonde ?
Pas vraiment. Ses intentions de vote ne dépassent pas le total des voix réunies par les divers partis de cette obédience lors des élections précédentes. La différence est que ces voix, au lieu d’être partagées entre de multiples officines « radicales », sont aujourd’hui agrégées sur un seul nom, le sien, puisque Mélenchon a - toujours selon les sondages - presque entièrement siphonné l’électorat du NPA, de Lutte Ouvrière et de EELV.
Au voleur ! Au voleur ! crient les dépouillés.
Allons, allons, camarades, réplique l’intéressé. La propriété, c’est le vol, nous en étions tous d’accord. De quoi donc vous plaignez-vous si je collectivise nos voix ? Au delà de 2%, je prends tout !
Mélenchon donne par conséquent une visibilité inédite à l’extrême-gauche, sans augmenter pour autant son capital électoral, pour l’instant du moins.
Où se situe ce Kapital ?
Les thuriféraires de Mélenchon voient en lui « le candidat du peuple », celui qui  redonne la parole aux sans-grades, aux oubliés, et peut-être l’homme est-il assez sot ou assez ébloui par les projecteurs braqués sur sa personne pour le croire lui-même.
Mais, pour le moment, les enquêtes d’opinion confirment ce que sait depuis longtemps n’importe quel observateur tant soi peu averti de la vie politique française : l’extrême gauche est une affaire de bourgeois.
Mélenchon n’est pas le candidat du prolétariat, il est le candidat de ceux qui se voudraient l’avant-garde du prolétariat et qui lui intiment de se taire, puisqu’ils sont sa voix.
Ses intentions de vote parmi les ouvriers et les petits employés avoisinent les 10%, dans les meilleurs des cas. En revanche le « candidat du peuple » semble bien faire un tabac parmi un certain peuple de gauche : celui qui hante la fonction publique et se rit du marché, celui qui prolifère dans les replis des innombrables associations qui ne vivent que des deniers publics, celui qui se décerne à lui-même le titre d’artiste et en déduit qu’il a une créance illimitée sur « la société » ; et la masse considérable des jeune gens qui végètent au lycée ou à l’université en attendant impatiemment de pouvoir intégrer l’une de ces catégories.
Bref, la foule désormais innombrable de ceux qui tirent leurs revenus de la puissance publique ou qui espèrent tirer leurs revenus de la puissance publique.
Rien de moins révolutionnaire que cette clientèle mélenchonienne, ou alors par inadvertance, par imprévoyance, tout comme ces littérateurs qui, avant 1789, appelaient de leurs vœux le renversement de la monarchie sans comprendre le moins du monde quelles pourraient en être les conséquences.
Bien loin de vouloir renverser l’Etat, le « peuple » du Front de Gauche n’aspire qu’à le rendre omnipotent. Bien loin de vouloir redonner la parole au peuple français, le vrai, celui des petits pavillons et des zones périurbaines, l’écrasante majorité de ceux qui s’apprêtent à voter pour le tribun providentiel n’aspirent au contraire qu’à étouffer définitivement ses protestations.
L’immigration n’est PAS un problème, comment est-ce qu’il faut vous le dire ?!
Mélenchon parait bien séduire ceux qui appartiennent à ce que, il y a quarante ans déjà, Irving Kristol appelait the new class et dont le trait principal est d’estimer que, dans le fond, tout appartient à l’Etat et que l’argent n’est bien dépensé que s’il est dépensé par des fonctionnaires.
Ces indignés permanents, qui n’ont pas de mots assez forts pour dénoncer les inégalités économiques, n’auraient que mépris pour celui qui viendrait leur proposer un moyen de redistribuer la richesse de manière purement privée - par exemple en modifiant les lois sur les successions.
Aucun mécanisme de redistribution n’aura l’imprimatur de la nouvelle classe s’il ne lui donne pas une voix prépondérante dans les modalités de la redistribution. La redistribution, pour être acceptable, doit d’abord passer par les circuits de la puissance publique, les circuits dont la nouvelle classe contrôle les robinets.

Cette triste comédie de l’extrême-gauche française n’est pas nouvelle, je l’ai dit en commençant. Les acteurs changent mais le texte reste le même. Cependant, il me semble que l’on se trompe souvent sur son origine.
Bien des commentateurs autorisés reprennent avec complaisance la description que donnent d’eux-mêmes les mélenchonistes comme de modernes sans-culotte. La vitalité de l’extrême-gauche en France s’expliquerait, notamment, par le souvenir de la Révolution et les passions jamais apaisées que celle-ci aurait suscité.
Mais l’on oublie que, en 1789 du moins, la Révolution avait pour ambition de libérer l’individu de ce qui était perçu comme les sujétions arbitraires de la société d’Ancien Régime. Les révolutionnaires entendaient proclamer et faire respecter les droits naturels des individus. La liberté était leur mot d’ordre. Par contraste, l’extrême-gauche française n’aspire qu’à piétiner les droits naturels des individus au nom d’une « égalité » établie de force par « l’Etat », c’est à dire par ceux qui peuplent et contrôlent les circuits de l’administration.
Par delà sa rhétorique révolutionnaire, l’idéal de l’extrême-gauche est le même que celui du socialisme que décrivait Tocqueville, il y a plus de cent cinquante ans : « cette société réglementée, réglée, compassée, où l’Etat se charge de tout, où l’individu n’est rien, où la société agglomère en elle-même, résume en elle-même toute la force, toute la vie, où le but assigné à l’homme est uniquement le bien-être, cette société où l’air manque ! »
En ce sens l’extrême-gauche française est bien moins une descendante de la Révolution qu’une descendante de certains aspects de l’Ancien Régime, des aspects jamais supprimés par la Révolution, et qui se sont, hélas, perpétués et amplifiés aux 19ème et 20ème siècle, au fur et à mesure que se développaient l’Etat-providence et le fonctionnariat.
L’auto-proclamé « candidat du peuple », en guerre contre « l’austérité » et les « privilégiés », est en réalité avant tout le candidat des privilèges légaux, le candidat de ceux qui ont su s’exempter des contraintes de la concurrence en s’abritant derrière le paravent du « service public », et qui entendent bien pouvoir continuer à prélever leur dîme, leur taille et leur gabelle sur le menu peuple des vilains. Sans oublier de le morigéner régulièrement pour lui faire honte de ne pas être assez ouvert à l’autre.
J’ai cité Tocqueville, un peu plus haut. Je voudrais conclure en revenant à lui, encore une fois :

« C’est une très grande erreur de croire que la passion de presque tous les Français de nos jours, et en particulier de ceux des classes moyennes, pour les places, soit née depuis la Révolution ; elle a pris naissance plusieurs siècles auparavant, et elle n’a cessé, depuis ce temps, de s’accroître, grâce à mille aliments nouveaux qu’on a eu soin de lui donner.
Les places, sous l’Ancien Régime, ne ressemblaient pas toujours aux nôtres, mais il y en avait encore plus, je pense ; le nombre des petites n’avait presque pas de fin.
(...)
L’ardeur des bourgeois à remplir ces places était réellement sans égale. Dès que l’un d’eux se sentait possesseur d’un petit capital, au lieu de l’employer dans le négoce, il s’en servait aussitôt pour acheter une place. Cette misérable ambition a plus nui aux progrès de l’agriculture et du commerce en France que les maîtrises et la taille même. Quand les places venaient à manquer, l’imagination des solliciteurs, se mettant à l’œuvre, en avait bientôt inventé de nouvelles. Un sieur Lamberville publie un mémoire pour prouver qu’il est tout à fait conforme à l’intérêt public de créer des inspecteurs pour une certaine industrie, et il termine en s’offrant lui-même pour l’emploi. Qui de nous n’a connu ce Lamberville ? Un homme pourvu de quelques lettres et d’un peu d’aisance ne jugeait pas enfin qu’il fut séant de mourir sans avoir été fonctionnaire public. »

Oui, cher Alexis, nous connaissons le sieur Lamberville. Il vote aujourd’hui Mélenchon.

lundi 9 avril 2012

Présidentielle 2012 : "Assumer"




Bon d’accord, cet entretien date un peu (Le monde du 29 mars) mais comme je ne l’ai pas vu relevé sur le net (celui que je fréquente, ça va sans dire), je n’hésite pas. Et puis le contraste est si intéressant avec le billet précédent...
De quoi s’agit-il ?
D’une discussion entre Jean Peyrelevade, conseiller économique de Bayrou, et Jérôme Cahuzac, qui a à peu près la même fonction pour Hollande. Le meilleur morceau à mon avis est le suivant :

« J.P : Vos prévisions de croissance entre 2% et 2,5%, pêchent par un optimisme grossier. Avec des taux plus réalistes, de l’ordre de 1,5%, on ne réduit pas le déficit budgétaire sans une action énergique sur la dépense publique. François Hollande non seulement ne la réduit pas, mais continue à l’augmenter en volume de 1,1% par an sur cinq ans. Quel déni de réalité !

J.C : (...) François Bayrou propose un gel, en valeur, de la dépense publique jusqu’en 2014. cela imposerait une baisse des pensions et des rémunérations dans la fonction publique, c’est à dire une politique à la grecque.
François Hollande a choisi, lui, de ramener le rythme de progression, en volume, de la dépense publique, de 1,7% l’an ces dernières années, à 1,1%. Avec des hypothèses de croissance assumées, cela diminuera la dépense publique de 2,6 points de PIB en 2017, soit une économie de 50 milliards d’euros. Clairement cet objectif interdit la création nette de postes dans la fonction publique d’Etat pendant le prochain quinquennat. Ce chemin là est donc courageux et difficile. Mais il est crédible. »

C’est mignon, non ?
On remarquera que, pour le candidat normal™, ou en tout cas pour l’un de ceux qui parlent pour lui, continuer à augmenter la dépense publique en valeur absolue et ne pas embaucher de fonctionnaires supplémentaires est un acte « courageux et difficile ».
C’est vrai quoi, sous Sarkozy la dépense publique a été sacrifiée et la fonction publique a été taillée jusqu’à l’os. On est juste passé de 52,6% du PIB en dépenses publiques à 56% fin 2011 et de 5,3 millions d’agents publics à... 5,3 millions.
La casse du service public qu’on vous dit, l’éviscération de l’Etat-providence, l’ultra-libéralisme en marche, le couteau entre les dents.
Mais ce que je préfère, ce sont les hypothèses de croissance « assumées ».
Ah ! qu’en termes galants ces choses là sont dites.
On vous ment, mais on assume.
Tout cela est bien entendu totalement irréaliste, et on le sait, mais c’est pas grave.
Puisqu’on vous dit que c’est assumé. A-s-s-u-m-é.
L’important, c’est que tout ça soit « courageux et difficile ». Et puis « crédible ».
Surtout « crédible ».

samedi 7 avril 2012

Présidentielle 2012 : "Et après?"




Dans la monumentale biographie que Jean Lacouture a consacré à de Gaulle, je trouve le passage suivant concernant le fameux « plan de stabilisation Rueff-Pinay » qui fut appliqué par de Gaulle à partir de la fin de 1958. Je rappelle, à toutes fins utiles, que Jean Lacouture a toujours professé des opinions politiques de gauche, et même à certains moments d’extrême gauche, et que dans les années 50-60 il fut un critique très vigoureux du général de Gaulle. Les passages en italiques sont de moi.

« Qu’y avait-il donc, dans le plan Rueff (...) qui fut à ce point de nature à secouer l’opinion ? Trois décisions étaient fondamentales : une dévaluation énergique, un alourdissement des charges fiscales, la libéralisation des échanges extérieurs.
La dévaluation, de 17,45%, était complétée par une mesure destinée à frapper les imaginations, tout à fait dans le style gaullien : l’institution d’un « franc lourd », équivalant à cent francs 1958 (...)
Second volet du plan : l’effort fiscal. L’un des objectifs du plan consistait à réduire radicalement l’impasse budgétaire [le déficit budgétaire]. Rueff avait proposé qu’on la diminuât de près de 1200 à 488 milliards. Le général de Gaulle ayant entériné lui-même le 20 novembre un fort accroissement des dépenses militaires du fait de la guerre en Algérie et de la recherche nucléaire, il fallut transiger à 587 milliards [soit une diminution de 48,9% en un an]. Effort néanmoins considérable, qui exigeait 300 milliards d’impôts nouveaux et près de 400 milliards d’économie. D’où la suppression de nombreuses subventions sociales et agricoles et de la retraite du combattant (...) et le relèvement des taxes (sur les vins, l’alcool, le tabac) ou de certains tarifs (gaz, électricité, transports, charbon, services postaux). Tous les budgets étaient atteints, sauf ceux du logement, de l’éducation et, bien sûr, de l’armée. Commentaire de Charles de Gaulle : « un rude ensemble... »
Mais c’est le troisième volet du plan qui était peut-être le plus important et c’est celui où la pensée et l’audace de Jacques Rueff - et de Charles de Gaulle - se manifestent le mieux : la libéralisation des échanges qui devait permettre à la France d’honorer sa parole à l’égard du marché commun (...)
La décision de décembre 1958 rend ce pays si longtemps confiné dans le protectionnisme aux lois salubres de la compétition internationale. Quelle bourrasque, quel vent dans les voiles aussi que la libération de 90% des échanges dans la zone de l’OECE et l’abaissement immédiat de près de 10% des tarifs douaniers avec les cinq partenaires du traité de Rome...
Rompant avec la médiocre sécurité où s’étiolait une économie qui avait depuis sept ans donné les preuves de son aptitude à la croissance, la libéralisation décidée à l’instigation du comité Rueff allait, écrit de Gaulle, faire « sentir l’aiguillon » aux producteurs français.(...)
Un « rude ensemble » ? (...) Au cours de l’un des nombreux échanges de vue qu’il eut alors avec le général, Roger Goetze [inspecteur des finances, conseiller technique du général de Gaulle sur les questions budgétaires] lui dit un jour : « les Français vont crier... - Et après ? » rétorqua de Gaulle... »

Dévaluation, austérité budgétaire, libéralisation, indifférence aux criailleries des innombrables intérêts corporatistes... résultats ? Endettement public : 32% du PIB en 1958, 16% en 1968 ; budget courant excédentaire à partir de 1959 ; croissance du PIB de 8,3% en 1960, et en moyenne de 5,5% jusqu’en 1968. Etc.
Voilà qui ressemble à une belle réussite. Sûrement, dans la situation budgétaire dramatique où se trouve la France, notre futur président trouvera matière à inspiration dans le plan Rueff et dans l’action résolue du général de Gaulle.
N’est-ce pas ?


mercredi 4 avril 2012

Présidentielle 2012 : En vrac (1)


 
Les écologistes s’apprêtent à se ramasser une veste doublée en peau de zobi.
Comme d’habitude en fait.
Pourtant ces gens là ont des sénateurs, des députés, et surtout leurs idées ont été reprises par tous les partis politiques, ou presque. Pas une formation politique de quelque importance qui ne déclare solennellement se soucier de « l’environnement », du « développement durable » et autre gris-gris écologique.
Et je ne parle même pas de la pluie de « normes environnementales » et autres « charte de l’environnement » qui s’abat en continu sur notre pauvre pays depuis bien des années déjà.
Le succès d’une idée ne se mesure pas seulement à sa popularité dans les urnes.
Les réacs de tous poils feraient bien de s’en souvenir lorsque tomberont les résultats des élections.

Marine le Pen traverse manifestement une mauvaise passe pendant que Mélenchon plastronne. Je n’ai guère de doutes sur le fait que cela s’explique en partie par son virage à l’extrême gauche en matière économique. Peut-être l’actuelle présidente du Front National aurait-elle dû se souvenir de l’adage de l’ancien président du Front National selon lequel les électeurs préféreront toujours l’original à la copie.

Voir Mélenchon se pavaner et éructer triomphalement ses inepties haineuses est évidemment un spectacle douloureux. Mais à toute médaille il y a son revers. La possibilité pour Sarkozy d’être réélu dépend de manière décisive de la façon dont se comporteront les électeurs du Front National au second tour. Il se pourrait bien qu’un bon score de Mélenchon fasse basculer ces électeurs de l’abstention au vote Sarkozy lors du second tour. Surtout si Mélenchon est devant Marine le Pen au premier tour. Surtout s’il en profite pour baver sur elle, comme il en a pris l’habitude.
Voir Mélenchon contribuer à faire réélire Sarkozy, y aurait-il un plus bel exemple de justice poétique ?

Nous ne saurons qu’après l’élection quelles catégories socio-professionnelles constituent l’électorat de Mélenchon, mais je suis persuadé que les gros bataillons se trouveront dans la fonction publique et plus largement chez ceux qui dépendent de la puissance publique pour vivre. D’ors et déjà il est évident que le candidat du Front de Gauche bénéficie à plein de la logistique et de la capacité de mobilisation des syndicats, syndicats qui, faut-il le rappeler, ne sont forts que dans la fonction publique.
Une nouvelle illustration du caractère mortifère de l’Etat-providence.

J’aimerais bien dire quelque chose à propos de François Hollande, mais j’ai beau me creuser la tête je ne trouve pas. C’est tout le problème des socialistes : il est difficile de battre quelque chose avec rien.