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mardi 29 mai 2012

Crime et nature humaine (3/7) : Personnalité, morphologie, race



(Avertissement : même punition que pour le billet précédent. Incapable de faire accepter normalement mes graphiques par Blogger j'ai dû m'adapter, diminuer leur nombre et modifier leur présentation. Désolé)
Personnalité

Autre trait constitutif par lequel les criminels se distinguent, en général, du reste de la population, leur personnalité.
Il existe aujourd’hui un certain nombre de tests standardisés permettant d’évaluer de manière relativement fiable la personnalité des individus. Pour rendre plus intelligible ce terme de « personnalité » et ce que mesurent ces tests, le mieux est sans doute de décrire rapidement l’un des plus connus d’entre eux : le MMPI (Minnesota Multiphasic Personality Inventory).
Le MMPI a été mis au point par deux psychiatres américains, Hathaway et McKinley,  à la fin des années 1930. Il se présente sous la forme de plusieurs centaines d’énoncés (556 dans la version initiale) auxquels la personne testée doit répondre par « vrai », « faux » ou bien « ne sait pas ». Ces énoncés sont des auto-descriptions - du genre « ma mémoire semble bonne » ou bien « j’entends souvent des voix sans savoir d’où elles viennent ». Un certain nombre d’entre eux sont également destinés à évaluer la sincérité des réponses données.
Les énoncés composant le test ont été sélectionnés de manière empirique par Hathaway et McKinley, en établissant un groupe test, composé d’individus souffrant de troubles mentaux avérés, et un groupe de contrôle, composé de sujets normaux, et en les faisant répondre à un très grand nombre de questions. Parmi toutes ces question ont été retenues celles qui permettaient de discriminer les deux groupes entre eux, puis les questions restantes ont été regroupées en un certain nombre d’échelles correspondant aux pathologies présentes dans le groupe test : les réponses caractéristiques des schizophrènes, les réponses caractéristiques des hystériques, etc. Les dix échelles cliniques de base sont les suivantes :

1) Hypochondrie : inquiétude exagérée concernant son état de santé. Tendance à
se plaindre perpétuellement de troubles, de maux,…
2) Dépression : sentiment d’inutilité, l’incapacité à envisager l’avenir, tendance à
l’inquiétude.
3) Hystérie de conversion : immaturité, revendication affective, manipulation d’autrui,
symptôme de type conversion.
4) Déviation psychopathique : égocentrisme, mépris des normes sociales, absence de
réaction émotionnelles profondes, incapacité à tirer bénéfice de l’expérience acquise.
5) Masculinité/Féminité : mesure les intérêts et les attitudes rapprochant le sujet du sexe
opposé.
6) Paranoïa : méfiance, hypersensibilité, idée de persécution avec ou sans idées de
grandeur.
7) Psychasthénie : doute, indécision, fatigabilité.
8) Schizophrénie : pensée, comportements bizarres, inhabituel, repli sur soi ou
séparation d’avec la réalité
9) Hypomanie : hyper activité de pensée et d’action.
10) Introversion sociale : évitement des contacts sociaux

Le grand intérêt du MMPI est qu’il ne permet pas seulement de diagnostiquer les pathologies mentales mais aussi de mesurer les grands traits de la personnalité des individus sains, à partir des scores qu’ils obtiennent dans les dix échelles de base. La valeur prédictive de ce test a été amplement confirmée depuis sa création est il est aujourd’hui l’un des plus utilisés un peu partout dans le monde.
Le MMPI a notamment été utilisé pour essayer de déterminer si les délinquants présentent un profil psychologique différent du reste de la population. Les résultats de ces expériences peuvent être généralisés de la manière suivante : les délinquants obtiennent en moyenne des scores plus élevés que l’homme de la rue dans l’échelle de la déviation psychopathique, de la schizophrénie et de l’hypomanie. Les délinquants ayant les scores les plus élevés ont habituellement les crimes les plus graves à se reprocher.
Parmi les traits psychologiques caractéristiques des criminels, le plus étudié, et le plus connu du grand public, est sans doute la psychopathie. Le terme « psychopathe » a été popularisé par le livre du psychiatre Hervey Cleckley, The mask of sanity (« le masque de la normalité »), publié en 1941. Le titre du livre fait référence au fait que le psychopathe est le plus souvent capable de se faire passer pour quelqu’un de normal, en dépit du fait qu’il souffre de troubles sérieux de la personnalité. L’essence de ces troubles est, selon Cleckley, une sorte de vide intérieur : le psychopathe est incapable de ressentir de l’empathie, du remord, de l’attachement et, d’une manière générale, n’éprouve que des émotions superficielles. Il est plus ou moins imperméable à la peur et à l’angoisse, ce qui le rend indifférent aux sanctions lorsqu’elles ne sont pas immédiates. Il est égocentrique, manipulateur, impulsif.
Bien entendu la psychopathie n’est pas identique à la criminalité. Beaucoup de psychopathes ne sont pas des criminels et beaucoup de criminels ne sont pas des psychopathes[1]. Par ailleurs les grands psychopathes font rarement les grands criminels, car la relative indifférence du psychopathe aux conséquences de ses actes, son manque de motivation pour toute activité suivie, le rendent en général peu capable du genre de calculs et de persévérance nécessaires pour avoir une carrière criminelle qui sort de l’ordinaire. Il n’en reste pas moins que les individus présentant des scores anormalement élevés sur l’échelle de la psychopathie présentent aussi une probabilité plus élevée que la moyenne de commettre des actes de délinquances.
Le second point remarquable est que pratiquement toutes les études de personnalité concernant les délinquants montrent qu’il existe une relation directe entre les troubles manifestés dans l’enfance et ceux manifestés à l’âge adulte. Les adultes délinquants multirécidivistes ont presque tous été des enfants déviants, du point de vue de leur caractère et de leur comportement. Les auteurs d’une étude longitudinale[2] sur la délinquance, réalisée dans les années 1960, résumaient ainsi l’une de leurs découverte : « dès l’âge de 8-9 ans (third grade) les futurs délinquants étaient déjà perçus par leurs instituteurs comme moins bien adaptés que leurs camarades de classe. Ils apparaissaient comme ayant moins de considération pour les droits et les sentiments des autres enfants ; comme étant moins prêts à accepter leurs responsabilités, à la fois individuellement et comme membre d’un groupe ; et comme étant moins prêts à accepter l’autorité et les règles de la vie en groupe [...] Au total, leur comportement social était simplement moins acceptable, non seulement par leurs instituteurs mais par leurs pairs ; ils avaient plus de difficulté à s’entendre avec eux, à la fois individuellement et en groupe ; ils étaient moins disposés à traiter les autres avec égards et politesse et étaient moins capables de se montrer équitables dans leurs rapports avec eux. En retour ils étaient moins appréciés et acceptés par leurs pairs. »
Une illustration graphique de cette continuité. En abscisse : Number of deviant sympton in childhood, en ordonnée : Percent court or clinic referal (Taylor and Watt) or adult sociopathy (Robins)


Le fait que les délinquants présentent, en général, une personnalité atypique ne signifient pas qu’ils doivent être considérés comme malades. Toute déviation par rapport à la moyenne ne doit pas être considérée comme pathologique, pas plus en ce qui concerne la santé de l’âme qu’en ce qui concerne celle du corps. Plus spécifiquement, la personnalité, en général, atypique des délinquants n’altère pas, en général, leur discernement ni ne les rends incapables de se retenir de passer à l’acte. Elle signifie simplement que, statistiquement, ceux qui présentent ces traits de caractères sont plus susceptibles de commettre des actes criminels que ceux qui ne présentent pas ces traits. Dit autrement, les délinquants n’agissent pas seulement sous l’influence de désirs et de besoins immédiats, mais aussi en fonction de traits de caractère persistants dont certains sont présents dès l’enfance.

Morphologie

L’idée que les criminels (c’est à dire - il est bon de le rappeler encore une fois - les criminels endurcis, le petit nombre d’individus qui sont responsables d’un nombre tout à fait disproportionné de crimes et délits, notamment les plus graves) se distinguent du reste de la population par quelques traits physiques est peut-être aussi vieille que la criminalité, c’est à dire que l’humanité. Le problème étant bien sûr de parvenir à évaluer objectivement cette intuition. De nombreux essais ont été fait en ce sens, certains sérieux, d’autres moins. Le plus probant, à ce jour, est sans doute celui basé sur le somatotype, une classification développée dans les années 1940 par l’américain William Sheldon.
Sheldon distingue trois types de constitutions, de formes du corps, qui s’appliquent aussi bien aux femmes qu’aux hommes. L’endomorphe, qui correspond à un individu plutôt gros, lourd et potelé. Le mésomorphe, qui correspond à un individu plutôt grand, à l’ossature et à la musculature développée. L’ectomorphe, qui correspond à un individu allongé et délicat, avec une faible musculature. Selon Sheldon tous les êtres humains présentent ces trois composantes, endomorphique, mésomorphique et ectomorphique, a des degrés divers, qui peuvent être mesurés sur une échelle allant de 1 à 7. A chaque individu peut donc être attribué un somatotype composé de trois chiffres, pour chacune des composantes énumérées précédemment. A titre d’exemple, le somatotype moyen pour un homme est 4.0-4.0-3.5, et pour une femme 5.0-3.0-3.5.
Sheldon s’est efforcé de trouver des corrélations entre le somatotype et un certain nombre de comportements ou de traits de caractère, avec plus ou moins de succès. La corrélation la plus solide qu’il ait découvert est sans doute celle concernant la délinquance. En un mot, la population délinquante semble bien présenter, en moyenne, un somatotype différent de celui du reste de la population, plus mésomorphique et moins ectomorphique. Ou, pour le dire en des termes moins précis mais plus aisément compréhensibles, les criminels tendent à être moins longilignes et plus râblés que les honnêtes gens.
Une autre manière, un peu différente, de caractériser la constitution du criminel moyen serait de dire qu’il présente un physique plus « masculin » que la moyenne de la population (masculine) : poitrine large, taille basse, bras épais, muscles proéminents, articulations fortes, etc.
Une fois cette corrélation bien établie - et elle semble l’être - la question suivante serait bien sûr de savoir pourquoi un certain type physique est statistiquement associé à un comportement délinquant. Cette question est pour le moment sans réponse. Pour autant la corrélation découverte par Sheldon n’est pas sans intérêt, car elle constitue un indice supplémentaire du fait que la criminalité, la criminalité « endurcie », est associée à certains traits biologiques.

(Ci-dessous, le graphique de gauche représente la répartition somatotypique d'une population masculine ordinaire, et le graphique de droite la répartition au sein d'une institution carcérale. On constate aisément que la population carcérale est très concentrée dans la partie supérieure gauche du graphique)



Un autre indice de cette association peut être trouvé dans le fait - remarqué par tous les spécialistes de la criminalité - que la délinquance est, dans une mesure non négligeable, une affaire de famille : les parents criminels tendent à avoir des enfants criminels. Ainsi il a pu être montré, à Londres et à Pittsburgh, que plus de 60% des crimes commis dans ces métropoles étaient le fait d’individus appartenant à moins de 10% des familles qui y résidaient.
Bien entendu cela pourrait être dû tout autant au genre d’éducation dispensée dans ces familles de criminels qu’à l’hérédité, et il n’est pas contestable que l’éducation, ou plus largement l’environnement familial, joue son rôle, comme nous le verrons ultérieurement.
Il est toutefois possible d’estimer la part de l’hérédité et celle de l’environnement dans les comportements criminels en étudiant les cas d’adoption d’enfants dont au moins un parent biologique a un passé criminel et, mieux encore, les cas d’adoption de jumeaux monozygotes dans des familles séparées. Ces études portent la plupart du temps sur de petits échantillons, par la force des choses, mais elles sont désormais assez nombreuses de par le monde pour que l’on puisse en tirer quelques conclusions. Dans Crime and public policy (chapitre 3, Crime and biology) trois chercheurs passent en revue plus d’une centaine d’études de ce type et arrivent à la conclusion que environ 50% des variations dans les comportements asociaux seraient sous influence génétique. Cette influence est particulièrement forte dans le cas des criminels les plus endurcis : ceux dont la « carrière » commence très tôt, se prolonge très tard, et implique les crimes les plus graves.
Dire que environ 50% des comportements d’un certain type sont sous influence génétique ne signifie pas qu’il est impossible de changer ces comportements. Cela n’implique pas non plus que pour ces comportements les facteurs autres que génétiques soient dénués d’importance. Cela signifie simplement qu’il existe des populations qui sont plus à risques que d’autres. Placés dans une même situation, un individu présentant ces facteurs héréditaires de risques cédera plus souvent à la tentation qu’un individu ne présentant pas ces facteurs. Il ne s’agit là - rappelons le encore une fois - que d’une tendance, qui peut être discernée lorsque l’on observe un grand nombre d’individus, mais qui n’exonère a priori aucun d’entre eux de sa responsabilité personnelle : il n’existe pas, pour autant que nous le sachions, de « gène du crime » ou de « criminel-né ».
Mais dès lors que l’on se préoccupe d’élaborer des politiques publiques relatives à la criminalité, les grands nombres ont toute leur importance et il est essentiel de savoir si certaines populations sont plus à risques que d’autres, même si cela ne nous dit à peu près rien sur chacun des individus qui composent ces populations.

Race

Une dernière question pourrait se poser : ne faudrait-il pas considérer la race, ou l’ethnicité, comme on voudra, comme un trait constitutif corrélé avec la criminalité ? La question se pose notamment car les statistiques américaines de la criminalité révèlent, depuis longtemps déjà, que les Noirs sont très largement surreprésentés parmi les criminels, comme le montrent par exemple le graphique suivant :


A l’inverse, ces mêmes statistiques montrent que les citoyens américains d’origine chinoise ou japonaise ont des taux de criminalité bien inférieurs au reste de la population (Il est à noter que des différences semblables dans les taux de criminalité ont pu être constatées partout où existent des statistiques raisonnablement fiables sur ce sujet, mais nous nous en tiendrons ici au cas des Etats-Unis)[5].
Beaucoup de théories ont été avancées pour essayer d’expliquer ces différences remarquables par des facteurs extra raciaux : le caractère « raciste » du système judiciaire américain, les séquelles de l’esclavage, la pauvreté, etc. Il ne saurait être question d’examiner ici toutes ces théories, ce qui prendrait des volumes entiers, on se contentera donc simplement de dire qu’aucune n’a réussi à prouver sa validité. Le fait brut demeure que la population noire comprend, proportionnellement, plus de délinquants que les autres catégories de la population.
Toutefois il serait sans doute trompeur d’affirmer, sans autre précision, que la race est corrélée avec la criminalité. Ce que nous entendons par race, habituellement, c’est une certaine couleur de peau et quelque traits physiques très apparents, comme les cheveux crépus ou les yeux bridés. Mais il ne semble pas exister de raisons pour que la couleur de la peau ou la conformation de la chevelure soient, en tant que telles, liées avec la propension à la délinquance. Il semble donc nécessaire de rechercher des facteurs constitutifs dont la corrélation avec la criminalité soit avérée et qui en même temps seraient particulièrement présents au sein de la population noire.
Deux facteurs au moins paraissent remplir ces conditions. D’une part le QI, d’autre part la testostérone. Les Noirs, aux Etats-Unis, ont en moyenne un QI inférieur d’une quinzaine de points à celui des blancs (qui ont eux-mêmes un QI inférieur à celui des « asiatiques »), or un faible QI est, comme nous l’avons vu, un facteur qui prédispose à la délinquance. D’autre part les Noirs semblent avoir un taux de testostérone plus élevé que celui des blancs (et plus encore que celui des « asiatiques »), or la testostérone est liée avec l’agressivité et l’impulsivité.
En ce sens Wilson et Herrnstein estiment qu’il n’est pas sûr que la notion de race apporte quelque chose à l’étude des facteurs prédisposant à la criminalité, à condition simplement de ne pas oublier - et la réserve est d’importance - que ces facteurs de risque ne sont pas également répartis entre les différentes races, ou ethnies, comme on voudra.
Bien évidemment il n’est pas non plus interdit de penser que les auteurs préfèrent aussi ne pas aborder de front un sujet aussi controversé, ce qui est compréhensible.


[1] Le psychiatre canadien Robert Hare qui, après Cleykley, est sans doute le chercheur qui a le plus contribué à faire connaitre la psychopathie a ainsi longuement étudié le cas des psychopathes « subcriminels », ceux qui ne sont jamais confrontés au système judiciaire mais peuvent néanmoins causer d’importants dégâts dans leur entourage, et notamment dans le monde de l’entreprise. Voir Snakes in suit : when psychopaths go towork.
[2] C’est à dire suivant sur plusieurs années un même groupe d’individus.
[3] Tiré de Losing ground. Voir également America in black and white, Stephan et Abigail Thernstrom.
[5] Voir également The color of crime : http://www.colorofcrime.com/colorofcrime2005.html.

mardi 22 mai 2012

Crime et nature humaine (2/7) : Sexe, âge et intelligence


(Avertissement : pour des raisons que je ne comprends pas, Blogger me fait les pires difficultés pour accepter mes graphiques, et lorsqu'il le fait le rendu est le plus souvent extrêmement mauvais. Je suis donc contraint d'en mettre beaucoup moins que je n'aurais voulu. J'en suis le premier désolé.)

Quelles sont donc ces caractéristiques biologiques qui sont corrélées avec la criminalité ?
Les caractéristiques les plus saillantes et, aujourd’hui, les mieux documentées sont le sexe, l’âge, l’intelligence, la personnalité - au sens psychopathologique du terme - et la morphologie.

Sexe

Partout et toujours les hommes représentent l’écrasante majorité de la population criminelle, et cela est encore plus vrai pour les crimes accompagnés de violence.
Cette observation n’est ni nouvelle ni sérieusement discutable, mais l’avènement du féminisme radical nous contraint à nous y attarder quelque peu. Puisque l’on n’est pas censée naitre femme mais le devenir, certaines féministes se sentent en effet obligées de soutenir que cette différence très sensible dans le comportement des hommes et des femmes n’a pas de fondement naturel, qu’elle est uniquement le produit de l’éducation différenciée dispensée jusqu’alors aux garçons et aux filles. Autrement dit, dans le futur, les femmes pourraient devenir aussi délinquantes que les hommes ou, mieux, les hommes pourraient devenir aussi peu délinquants que les femmes - même si, étrangement, c’est essentiellement la première possibilité qui est scrutée avec attention par ces féministes.
Disons le franchement, cet espoir risque fort d’être déçu. Tout indique en effet que les hommes sont structurellement différents des femmes du point de vue de la criminalité. Non seulement le caractère essentiellement masculin de la délinquance est universellement attesté - ce qui rend bien difficile de lui trouver un fondement « culturel » - mais en plus il a résisté vaillamment à la révolution féministe de ces quarante dernières années. Alors que, sur certains points, les rôles sexuels ont incontestablement changé, notamment avec le développement spectaculaire des carrières féminines, il n’en a pas été de même en matière de délinquance. Ainsi, aux Etats-Unis, la part des femmes dans la criminalité totale a certes un peu augmenté depuis les années 1960 mais essentiellement pour ce qui concerne les atteintes à la propriété. Les crimes violents restent la chasse gardée quasi exclusive des hommes (à hauteur de 90% environ).
Le graphique ci-dessous montre l’évolution de ces proportions pour les années 1960-1980, les années qui ont vu l’augmentation la plus spectaculaire de la criminalité au siècle dernier.

 

Par ailleurs la délinquance féminine et la délinquance masculine semblent bien présenter des caractéristiques différentes, y compris à l’intérieur d’une même catégorie de crime. Ainsi, par exemple, les victimes d’actes de violence commis par des femmes sont le plus souvent des membres de leurs familles ou de leur entourage proche. A la différence des hommes, les femmes recourent rarement à la violence dans le cadre d’autres « activités » criminelles, comme par exemple le vol, et lorsqu’elles sont impliquées dans des attaques à main armée c’est le plus souvent en tant que comparses d’associés masculins.
Comme souvent, la réalité des différences de comportement entres les hommes et les femmes est mieux attestée que leur cause. Nous pouvons être sûrs que ces différences ont au moins en partie une origine biologique, mais il est difficile de déterminer avec précision quels facteurs biologiques sont à l’œuvre car cela requérait, à tout le moins, des expérimentations sur les êtres humains que la morale, à juste titre, réprouve. Le rôle de la testostérone est souvent évoqué, de même que celui de certaines aires cérébrales qui auraient un fonctionnement un peu différent chez les hommes et chez les femmes[1].

Age

Le crime est corrélé avec l’âge tout autant, et peut-être même plus, qu’avec le sexe. Et cette corrélation vaut à la fois pour le taux global de criminalité et pour le type de crimes commis.
Pris dans son ensemble, le crime est une activité de jeunes gens, et même de très jeunes gens.  En 1980, aux Etats-Unis, 93% des atteintes à la propriété et environ 90% des crimes violents avaient été commis par des individus de moins de quarante ans.
Le criminel moyen présente ainsi un cycle de vie caractéristique : une activité criminelle commençant à l’adolescence, culminant vers une vingtaine d’années, puis commençant à décliner de manière continue vers 25 ans.
 
Ce cycle de vie cache des disparités selon les catégories de crimes. Certains types de crimes déclinent plus rapidement avec l’âge que d’autres, essentiellement les crimes qui demandent une certaine activité physique. Les crimes commis par les plus de quarante ans sont typiquement des crimes « passifs », comme le recel, la fraude, etc., ils sont en général perpétrés par des criminels ayant déjà une longue carrière derrière eux et qui sont restés en contact avec leur réseau.
Il convient par ailleurs de distinguer, à l’intérieur de ce cycle de vie moyen, les différents types de criminels. Dans chaque catégorie d’âge il existe des individus qui ne commettront jamais que quelques crimes tout au long de leur existence, souvent même un seul crime. Mais il existe aussi des individus, heureusement bien moins nombreux, qui sont chacun responsables d’un grand nombre de crimes, particulièrement les crimes les plus graves et/ou les plus violents.
Ces criminels multirécidivistes présentent deux particularités. D’une part ils sont en général actifs très tôt dans leur existence. Dès le sortir de l’enfance ces individus commencent à accumuler les ennuis avec la police et avec la justice et ils atteignent l’âge de la majorité en étant déjà des délinquants « confirmés ». D’autre part leur activité criminelle décroit beaucoup moins vite avec l’âge que la moyenne de la population. La forme en cloche de la courbe de la délinquance est donc dû au fait que les individus qui ne commettront que quelques délits au cours de leur vie le font en général dans leur prime jeunesse, puis s’arrêtent complètement. Les criminels endurcis, eux, restent actifs bien plus longtemps.
La plupart des délinquants juvéniles ne deviendront pas des adultes délinquants, mais presque tous les adultes qui sont des délinquants multirécidivistes ont été des délinquants juvéniles et même, en règle général, des délinquants juvéniles multirécidivistes. Et c’est ce noyau dur de criminels qui est responsable d’un nombre tout à fait disproportionné de crimes et délits, notamment les crimes et délits les plus graves. Ainsi on estime en général que 50% des crimes et délits sont le fait de seulement 5 à 7% des criminels.

Intelligence

La corrélation entre délinquance et faible intelligence n’est guère connue du grand public, sans doute car elle ne saute pas aux yeux, à la différence de la corrélation avec le sexe et l’âge, mais elle est pourtant bien établie.
Pris dans leur ensemble, les délinquants paraissent bien avoir un QI un peu inférieur à celui du reste de la population. Par convention le QI moyen est fixé à 100. Or, à chaque fois qu’il a été mesuré, le QI des délinquants s’est avéré inférieur à cette moyenne : de l’ordre de 92. Cependant, l’ensemble de la population, dont le QI est fixé à 100, comprend à la fois les honnêtes gens et les délinquants, par conséquent les délinquants doivent, selon toute vraisemblance, avoir un différentiel d’intelligence avec le reste de la population supérieur aux huit points d’écarts mesurés par les tests. Ou, pour le dire autrement, les non délinquants ont vraisemblablement un QI moyen légèrement supérieur à 100. Le problème est alors d’estimer la part des délinquants dans la population totale pour parvenir à mesurer le véritable écart. Wilson et Herrnstein estiment que cet écart doit être de l’ordre de 10 points de QI.
A l’intérieur de la population délinquante, les multirécidivistes semblent bien avoir un QI inférieur à celui des délinquants occasionnels, et la nature des crimes commis a également une relation avec l’intelligence. Les délits comme la contrefaçon ou la corruption sont associés avec un QI plus élevé que la moyenne de la population délinquante, tandis que les crimes comme le meurtre, le viol, les voies de fait, sont associés avec un QI plus bas que la moyenne de cette même population.
Enfin, dernière observation de grande importance, le déficit d’intelligence de la population délinquante est principalement un déficit dans la partie dite « verbale » des tests de QI (compréhension, vocabulaire, analogies, etc.).
Avant d’examiner les raisons qui pourraient expliquer que la criminalité est corrélée avec une faible intelligence, penchons-nous rapidement sur les arguments qui sont le plus couramment avancés pour nier cette corrélation.
On avance tout d’abord que les criminels et les honnêtes gens ne différent pas seulement par leur intelligence mais aussi par d’autres caractéristiques, comme le statut économique et social de leurs parents (SES), la structure de la famille dans laquelle ils ont grandi, etc. Or si l’on contrôle ces autres facteurs, et notamment le SES, c’est à dire si l’on compare un groupe de délinquants et un groupe de non délinquants de même SES, le différentiel d’intelligence se réduit substantiellement. Le problème de ce raisonnement est que le SES est lui-même corrélé avec le QI, de sorte que contrôler le SES revient en partie à contrôler le QI. En fait, lorsque l’on compare directement le rôle du QI et celui du SES dans la délinquance, le QI apparait comme ayant un pouvoir prédictif supérieur.
On peut ensuite se demander si les délinquants à qui l’on fait passer des tests de QI sont bien représentatifs de la population délinquante en général. Ne peut-on imaginer que les individus dont la délinquance est connue sont les délinquants les moins intelligents et que les plus intelligents ont simplement échappé à la détection de la police ?
Cette objection est plausible, et sans doute fondée dans une certaine mesure. Mais dans quelle mesure ? Pour que les données relatives au QI des criminels soient faussées, il faudrait qu’existe une vaste population de délinquants inconnus de la police et de la justice. Divers moyens existent pour tester cette hypothèse, moyens qu’il n’est pas utile de rapporter ici. Contentons nous donc de dire que rien n’indique qu’il existerait une importante « réserve » de criminels inconnus des services de police.
Une fois ces objections écartées, comment expliquer que l’intelligence puisse affecter la probabilité de devenir délinquant ?
On peut, semble-t-il, envisager trois grandes raison à cela. D’une part une faible intelligence est synonyme de faible réussite à l’école et, en général, d’une faible réussite sur le marché du travail. Il est difficile pour un individu ayant une intelligence en dessous de la moyenne de trouver et de garder un travail bien rémunéré. Par conséquent, pour un individu de ce genre, on peut dire que l’honnêteté « paye moins », au sens le plus monétaire du terme, ce qui peut rendre la délinquance plus attractive. D’autre part une faible intelligence est en général associée avec une plus grande impulsivité. Cela favorise les passages à l’acte, lorsque la « récompense » du crime est très concrète et immédiate - voler un sac à main par exemple - et que la récompense de l’honnêteté est plus lointaine et moins tangible - par exemple garder l’estime de son entourage. Plus largement, une faible intelligence rend plus difficile le fait de se représenter les conséquences à long terme de ses actes or, d’un point de vue strictement intéressé, l’honnêteté paye en général sur le long terme et le crime sur le court terme. Enfin il semble bien qu’une faible intelligence (et particulièrement une faible intelligence « verbale ») entrave la capacité à raisonner moralement, c’est à dire à comprendre pourquoi tel acte est injuste et malhonnête, ou à quel point il est injuste et malhonnête. Tout cela fait grandement pencher la balance en faveur du crime lorsque le choix se présente.


[1] Outre Crime and human nature et Crime and public policy voir Taking sex differences seriously, chapitre 6.