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mercredi 26 février 2014

Christianisme et politique (1/2) : le christianisme n'est pas un égalitarisme



 
Ma fréquentation (plus ou moins) assidue des blogs dits réacs, depuis quelques années, m’a amené à constater que la question des rapports entre le christianisme et la démocratie libérale faisait partie de celles qui revenaient fréquemment, et qu’elle soulevait manifestement une certaine passion : que cela soit pour faire remonter à la religion chrétienne l’origine de tous nos maux actuels via la notion d’égalité, ou bien au contraire pour souligner que c’est à leurs racines chrétiennes que nos démocraties seraient redevables de tout ce qu’elles peuvent avoir d’aimables ; que cela soit pour opposer l’enseignement du Christ au « libéralisme débridé » qui règnerait aujourd’hui sans partage dans nos sociétés, ou bien au contraire pour affirmer que le libéralisme serait, si ce n’est profondément chrétien, du moins parfaitement compatible avec la foi chrétienne ; ou pour d’autres raisons encore.

Le sujet, il est vrai, est passionnant pour qui a un peu le goût à la fois des idées et de la politique.

J’ai, bien évidemment, un avis personnel sur cette question, ou plutôt un ensemble d’avis sur cet ensemble de questions. Mais le temps me manque en ce moment pour essayer de coucher cet avis par écrit sous la forme d’un billet de blog. Le courage peut-être aussi. Le sujet est aussi immense et complexe qu’il est passionnant.

Je me suis donc résolu à me contenter de vous faire part de ce que d’autres ont à dire sur ces questions. Je m’empresse d’ajouter que vous ne perdez absolument pas au change. Les auteurs que j’ai recopié et traduit pour vous sont bien plus compétents que moi sur le sujet.

De qui donc s’agit-il ?

De Pierre Manent d’une part, que certains d’entre vous connaissent sans doute déjà. Mes lecteurs les plus assidus savent que je l’apprécie beaucoup. J’admire à la fois l’acuité de ses analyses philosophiques et son jugement politique rarement pris en défaut. Et j’ajouterais volontiers que l’homme m’est fort sympathique, si ce genre d’appréciation pouvait avoir une quelconque importance.

D’Ernest Fortin d’autre part. Ici un mot de présentation est nécessaire. Le père Fortin (de nationalité américaine mais de parents d’ascendance québécoise, ceci explique cela) était un membre de l’ordre des Augustins de l’Assomption, mais il fut surtout un remarquable professeur de philosophie et de théologie pendant près de quarante ans. Les écrits qu’il a laissé, et particulièrement ses très nombreux essais, témoignent du fait qu’il maitrisait aussi bien l’histoire de la philosophie politique que celle de la pensée chrétienne. Ils témoignent aussi, à mon sens, d’une remarquable impartialité, en ce sens que ceux qui les liraient sans rien connaître de lui auraient sans doute bien du mal à savoir si l’auteur se situe plutôt du côté d’Athènes ou de celui de Jérusalem.

Les extraits que je vous présente sont tirés de Le regard politique, un livre d’entretiens réalisé par Pierre Manent avec Bénédicte Delorme-Montini, et de Human rights,virtue, and the common good, qui constitue le troisième volume des essais d’Ernest Fortin, rassemblés et édités par Brian Benestad.

La première partie pourrait s’intituler « le christianisme n’est pas un égalitarisme », et la seconde « le christianisme n’est pas un humanitarisme ».

La première partie donne des éléments de réflexion sur la question des rapports entre le christianisme et la démocratie libérale et pourrait être résumée ainsi : le christianisme est une religion profondément apolitique qui n’a pas plus de rapports nécessaires avec la démocratie moderne qu’avec la monarchie ou avec à peu près n’importe quel type de régime politique. Il n’y a notamment pas de lien direct entre l’égalité chrétienne et l’égalité démocratique.

Quant à la seconde, je vous en parlerai la prochaine fois.

Bonne lecture.


Pour approfondir cette question du rapport entre christianisme et démocratie, comment décririez-vous le lien entre christianisme et égalité ?

Cette question du rapport entre christianisme et démocratie mériterait d’être posée dans toute son ampleur. C’est une question, là encore, difficile à débrouiller et on est perdu dès l’entrée si on commence à parler, comme on le fait souvent, en termes de « valeurs ». Dans mon manuel d’histoire de Terminale, je m’en souviens fort bien, on expliquait que l’Occident réunissait les valeurs grecques et romaines, les valeurs chrétiennes et les valeurs des Lumières. S’il s’agit de rappeler que paganisme, christianisme et révolution démocratique sont en effet les trois grandes étapes du développement occidental, d’accord. Mais à part cela, cet empilement de valeurs ne nous apporte aucune clarté.
La confusion autour du rapport entre christianisme et démocratie tient, je crois, pour une part, à l’usage très approximatif que l’on fait de la notion d’égalité. De bons esprits, et parfois même d’excellents esprits puisque Tocqueville est de ceux-là, suggèrent ou affirment que la racine ou la source ultime de l’égalité démocratique est dans la prédication de Jésus. Bon ! Les Evangiles sont ouverts à tout le monde, lisibles par tout le monde. En ce qui me concerne, je n’ai pas encore rien trouvé dans les Evangiles qui ressemble à l’égalité démocratiques ou aux principes de la philosophie des droits de l’homme.
On ajoute en général que l’égalité démocratique c’est l’égalité chrétienne « sécularisée ». C’est, en effet, tout particulièrement à propos de l’égalité que la théorie de la sécularisation est soutenue ou parait plausible. Or, dire que l’égalité démocratique, c’est l’égalité chrétienne sécularisée, c’est affirmer une proposition qui est logiquement inconsistante ou incohérente : elle se détruit elle-même. Parce que, dans l’affaire, nous n’avons pas une notion dotée d’un contenu défini qui pourrait être affecté à deux domaines différents – l’autre monde et celui-ci. Nous n’avons pas cela parce que le sens même de l’égalité chrétienne est d’être en Dieu et de relever de l’autre monde, et le sens même de l’égalité démocratique est de relever de ce monde-ci ! Donc, le contenu même de l’égalité, le sens même de l’égalité dépend de son affectation, l’autre monde ou celui-ci. Nous n’avons pas une idée identique à elle-même qui pourrait être affectée à deux domaines différents, nous avons deux idées radicalement différentes. Et aucune sorte de transformation imaginable ne permet de passer de l’une à l’autre idée puisqu’elles sont intrinsèquement liées à des directions de l’âme incompatibles. Séculariser une idée chrétienne, c’est évidemment la détruire en tant qu’idée chrétienne. Si l’on prend au sérieux les notions, il faut dire qu’il n’y a pas de lien intrinsèque entre l’idée démocratique de l’égalité et l’idée chrétienne de l’égalité.

Dans l’histoire comme dans l’histoire des idées politiques on ne voit pas trace d’un lien entre les deux régimes d’égalité ?

L’histoire ou l’expérience historique vient ici confirmer la logique. Il est impossible d’observer une corrélation significative entre les progrès de la prédication chrétienne et les progrès de l’égalité, sauf sur deux points très précis, j’y reviendrai. Disons que d’une manière générale, les siècles dits chrétiens se sont fort bien accommodés d’immenses différences de rang et de fortune. Et la prédication chrétienne, si elle prêchait la charité et la douceur aux puissants de ce monde, prêchait la docilité et l’obéissance aux faibles et aux pauvres. La proposition de saint Paul la plus citée, la plus commentée, celle qui a eu probablement le plus d’effets sociaux et politiques, c’est : « obéissez aux puissances ! » Ce n’est que lorsqu’une philosophie explicitement et même agressivement antichrétienne a commencé à s’imposer en Europe que s’est ouverte la perspective d’une égalisation des conditions en ce monde. Plus précisément, le projet de « soulagement de la condition humaine », suivant l’expression de Bacon, puis « d’amélioration continue de la condition humaine », suivant l’expression d’Adam Smith, eh bien, ces projets réclament au préalable, ou en préalable, le rejet radical de la perspective chrétienne selon laquelle notre condition malade ne peut être guérie que par la grâce du Christ.
Par conséquent, si on veut parvenir à un peu de clarté sur ces questions en gardant fermement  en vue ce qui est le ressort même du christianisme, il faut renoncer à ces théories vraiment magiques qui prétendent trouver dans le mépris chrétien du monde la source du projet démocratique d’amélioration du monde.
J’en viens aux deux points qui font exception à ce diagnostic général. Le premier point est le suivant : si le christianisme ne réclame pas l’abolition de l’esclavage, il détend, dès le début, le ressort de la guerre païenne qui était la grande pourvoyeuse d’esclaves. Il met en principe un terme au « vae victis ! », au « malheur aux vaincus ! » au nom duquel le vainqueur païen honorait, si j’ose dire, sa victoire en massacrant les hommes et en réduisant les femmes et enfants en esclavage.
Dans le monde païen, il y avait une terrible différence de condition entre le vainqueur et le vaincu. Et l’esclavage, dans ce qu’il a de plus spécifique, était lié à cette différence de condition. Il l’exprimait en quelque sorte, il en était la conséquence et la manifestation. Or, dès l’irruption du christianisme, certes la guerre et les massacres liés aux guerres ne disparaissent pas, mais cette différence de condition entre le vainqueur et le vaincu est atténuée parce que c’est la commune condition de créature esclave du péché qui vient au premier plan. Encore une fois, le christianisme ne transforme pas visiblement les conduites humaines ; les hommes ne deviennent pas en général meilleurs, en tout cas visiblement meilleurs. Mais, sur ce point, il y a une profonde transformation spirituelle : cette différence de condition, qui était essentielle pour le monde païen, est désormais atténuée parce qu’elle est enveloppée par la nouvelle définition de la condition humaine, condition de créature, condition de l’homme pécheur, esclave du péché. C’est précisément ce que Machiavel reproche au christianisme, d’avoir, en diminuant le malheur attaché à la condition de vaincu, affaibli décisivement le désir de vaincre qui est le ressort de la vie politique vraiment libre.

Pierre Manent, Le regard Politique

***

La difficulté réside en partie dans la complexité énorme et sans cesse croissante de la société moderne, mais ses racines véritables se situent dans la nature du christianisme lui-même, qui n’est pas en premier lieu une religion politique. N’importe qui lisant avec attention le Nouveau Testament dans cette perspective ne peut manquer d’être frappé par son indifférence presque totale aux questions d’une nature proprement politique.
A la différence des Ecritures Saintes du judaïsme, celui-ci ne demande pas ou n’encourage pas la formation d’une communauté politique particulière ni n’établit un ensemble de lois selon lesquelles cette communauté pourrait être gouvernée. On n’y trouve nulle part de propositions concernant les structures de la société civile, la législation publique, l’administration de la justice, ou la production, la gestion et la distribution des biens matériels. Son principe directeur n’est pas la justice, au sens ordinaire du terme, c’est-à-dire la justice légale ou générale, mais l’amour : « C’est ici mon commandement, que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés » (Jean 15:12). Bien évidemment, l’amour est un motif humain puissant et il n’existe pas de raison de penser qu’il ne pourrait pas informer toutes nos actions, politiques ou autres ; mais il ne spécifie pas le contenu de ces actions si ce n’est de la manière la plus générale, et il appartient donc à la catégorie de ce que l’on avait l’habitude d’appeler les principes « communs », par opposition aux principes « propres ». Il est significatif que les situations envisagées dans l’Evangile soient typiquement des situations de tête-à-tête, desquelles il est peu de conclusions définitives à tirer concernant la conduite appropriée lorsque la sécurité et le bien-être de la communauté toute entière sont en jeu. « Aime ton ennemi », « Sois miséricordieux », « Tend l’autre joue », et autres choses semblables, peuvent être des maximes valides pour celui qui préfère le pardon au châtiment, qui prise la miséricorde au-dessus de la justice et n’a à s’occuper que de lui-même. Elles sont, cependant, moins aisément applicables à des situations multilatérales impliquant des tiers pour lesquels nous sommes responsables et que nous avons aussi le devoir d’aimer.
L’autre aspect de la question, et il n’est pas moins important que le premier, est que, en nette opposition avec les sectes gnostiques de l’antiquité tardive, le Nouveau Testament ne prêche pas le retrait de la société ou ne demande que ses adeptes se détournent d’elle. Il présuppose simplement que les chrétiens continueront d’organiser leur existence temporelle en accord avec les exigences de la société à laquelle ils se trouvent appartenir. Mais il n’approfondit pas les implications pratiques de leur participation à la vie sociale ni ne fait le moindre effort pour expliquer comment, concrètement, l’idéal moral élevé du Sermon sur la Montagne pourrait être concilié avec les devoirs attachés à la citoyenneté dans une société qui est toujours moins que parfaitement juste.
Son enseignement sur cette question, si tant est qu’il en ait un, est au mieux ambivalent. Les chrétiens ont pour consigne d’obéir à leurs gouvernants (Romains 13:1), mais on leur rappelle en même temps qu’ils doivent obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes (Actes 5:29). Que les auteurs du Nouveau Testament n’aient pas été excessivement préoccupés par ce dilemme n’est pas surprenant, dans la mesure où la plupart d’entre eux, si ce n’est tous, étaient convaincus que la fin du monde était proche. Dans l’intervalle, les chrétiens, qui de toute façon n’étaient encore qu’une poignée, avaient des soucis plus urgents que de réformer l’Empire Romain ou d’extirper ses « injustices systémiques ». Pour citer Saint Paul une fois encore : « Je vous assure, frères, que le temps est court ; ainsi, qu’à l’avenir, ceux qui ont des femmes soient comme s’ils n’en avaient pas… ceux qui achètent, comme s’ils ne possédaient pas ; et ceux qui usent du monde, comme s’ils n’en usaient point du tout » (I Corinthiens 7:29-31). Tel est, en un mot, le programme social et politique du Nouveau Testament : il ne fournit tout simplement aucune prescription spécifique au sujet des politiques publiques dans la période contemporaine, ni dans aucune autre.

Ernest Fortin, “Catholic social teaching and the economy : criteria for a pastoral letter”, extrait de Human rights, virtue, and the common good

mercredi 12 février 2014

Une horrible histoire




En complément de mon plaidoyer pour la peine capitale, il m’a semblé pertinent de traduire et de vous présenter cet article de Théodore Dalrymple (que je sais qu’un certain nombre d’entre vous apprécient beaucoup). Le sujet en est l’histoire de Frederick et Rosemary West, et lorsque vous l’aurez lu vous n’aurez pas besoin que je vous explique pourquoi je juge à-propos de le publier.
Bonne lecture donc, si tant est qu’une lecture de ce genre puisse être bonne.

Une horrible histoire

Extrait de Our culture, what’s left of it, par Théodore Dalrymple


Dans la conception psychothérapeutique du monde à laquelle adhère tout bon progressiste, il n’y a pas de méchants, seulement des victimes. Le voleur et le volé, l’assassin et l’assassiné, tous sont également victimes des circonstances, unis par les évènements qui les ont emportés. Les générations futures s’étonneront (je l’espère) de ce que, au siècle de Hitler et Staline, nous ayons été si désireux de nier la capacité de l’homme à faire le mal. De temps à autres, cependant, une affaire se produit qui ressuscite un vague souvenir de cette capacité – souvenir rapidement oublié peu après.
Le cas de Frederick et Rosemary West est un exemple de ce genre de phénomène. Il commença dans l’insouciance du public, passa par un bref stade de stupéfaction horrifiée, et est maintenant essentiellement une occasion de profit pour les éditeurs et les tour-opérateurs. Mais, considéré correctement, il nous rappelle ce dont les hommes sont capables, lorsque toutes les contraintes ont disparu ; et parce que les crimes commis par les West dépassaient tellement en horreur tout ce qui pouvait être expliqué par leur situation personnelle, ce cas nous rappelle aussi ce qui devrait être évident, mais hélas ne l’est pas, à savoir qu’aucune perfection concevable de la société ne rendra jamais superflues toutes les contraintes extérieures sur le comportement des hommes.

Dès que la police eut déterré les premiers restes humains dans l’arrière-cour du n°25, Cromwell Street, à Gloucester, en février 1994, les bookmakers de tout le pays commencèrent à prendre les paris sur le nombre de corps qui seraient finalement découverts là-bas. Il n’y a rien qui requinque le moral national des Anglais plus efficacement qu’un meurtre vraiment abominable, et l’on ne peut pas faire plus abominable que les meurtres qui eurent lieu dans Cromwell Street.
En définitive, les restes de neuf êtres humains furent découverts à cette adresse, y compris ceux de la fille des heureux propriétaires, Monsieur Frederick et Madame Rosemary West (nés respectivement en 1943 et 1953). Les restes de leur belle-fille furent trouvés à leur ancienne adresse, 25 Midland Road, Gloucester, et ceux de la première femme de Mr. West, Rena, et d’une de ses maîtresses – enceinte au moment de sa mort – furent découverts dans deux champs aux environs du lieu de naissance de Mr. West, le village au nom pittoresque de Much Marcle. Selon la remarque si perspicace d’Agatha Christie, il y a une bonne dose de perversité dans un village anglais.
Avant de se pendre, le Jour de l’An 1995, dans la prison de Winson Green, à Birmingham, Mr. West avoua à un confident – qui s’est depuis vu offrir plus de 150 000$ pour donner ces aveux, non publiés jusqu’à maintenant, à un journal - qu’il avait tué au moins vingt autres personnes. Il est difficile cependant d’accorder beaucoup de crédit à sa confession, car Fred n’avait jamais été très bon avec les chiffres et, selon des membres de sa famille, n’avait jamais été capable de se rappeler exactement combien d’enfants il avait, ni leurs prénoms. Selon une rumeur que j’ai entendue, le nombre réel de ses victimes serait plus proche de soixante que de vingt. Il est vrai que cette rumeur m’a été rapportée par un homme qui avait quelques raisons d’être anxieux : c’était un médecin dont les locaux avaient été récemment agrandis par Fred, qui était un petit entrepreneur. Fred avait obligeamment proposé de préparer les fondations des nouveaux locaux pendant que le médecin serait en vacances : une attention qui, rétrospectivement, était peut-être motivée par davantage que le seul désir d’épargner au médecin le bruit que provoque inévitablement ce genre de travaux.
Une autre de mes connaissances refusa l’offre de Fred de lui bâtir une véranda : les manières de l’entrepreneur l’avaient rebuté. Il y avait effectivement quelque chose de tout à fait singulier dans l’apparence du meurtrier : il semblait être à un stade intermédiaire dans la transformation de l’homme en loup-garou. Extrêmement hirsute, il était petit et boitait à la suite d’un accident de moto survenu dans sa jeunesse. Il avait la mauvaise dentition propre aux classes populaires anglaises, mais ses yeux avaient un éclat intense, et il est certain que, en dépit de son manque d’instruction, son accent campagnard, et un vocabulaire limité, il était capable d’exercer un charme hypnotique sur des jeunes femmes vulnérables et inexpérimentées.
L’apparence de Rosemary était bien plus ordinaire. Elle avait forci précocement et avait eu l’air d’une femme d’âge mûr bien avant l’heure. Rien dans son visage ou son maintien ne suggérait un appétit sexuel vorace ou un sadisme incontrôlé. En prison, tandis qu’elle attendait son procès, elle ressemblait à s’y méprendre à ces grand-mères affectueuses qui tricotent des chaussettes pour leurs petits-enfants.
Il est peu probable que nous sachions jamais combien de vies Fred et Rose ont fauché : il faudrait pour cela retourner un comté tout entier, et comme les excavations relativement limitées qui ont été entreprises jusqu’à maintenant par la police – et qui portent sur deux cent yards carrés tout au plus (environ 180m2) – ont déjà coûté 2,25 millions de dollars, une investigation relativement minutieuse aurait pour effet de ruiner la nation. Quel que soit le nombre réel des victimes, le Gloucester des West est désormais aussi profondément gravé dans la conscience nationale que le Whitechapel de Jack l’éventreur. Le procès de Rose a monopolisé l’attention du public comme celui d’OJ Simpson l’avait fait aux Etats-Unis, bien que seule la presse ait pu en rendre compte : les caméras n’étant (à juste titre) pas admises dans les tribunaux britanniques, afin de préserver le peu qui reste de la majesté de la loi.
Gloucester est une petite cité d’environ 100 000 habitants, connue pour sa cathédrale, dans laquelle la municipalité a démontré de manière concluante qu’avec un judicieux mélange de planification urbaine type années 60 et une politique d’aide sociale sans discernement, il était possible de reproduire avec succès les conditions de vie dégradées des grands centres urbains dans les petites villes de province. Le centre-ville médiéval, ancien mais délabré, a été presque entièrement remplacé par des immeubles de béton qui auraient réjouit les cœurs d’un autre couple célèbre, les Ceaucescu. En ce qui concerne Cromwell Street elle-même, les habitations du 19ème siècle, autrefois décentes et même élégantes, se sont quasiment transformées en taudis, dans lesquels une population changeante de vagabonds loue des chambres sordides à la semaine et où tout semble à l’abandon : la peinture s’écaille des charpentes, le stuc s’effrite, et les détritus – des emballages de junk-food – voltigent au gré du vent. Un peu plus loin, sur le mur du fond d’une autre rangée de maisons mitoyennes, un peintre mural a représenté la marche glorieuse des masses britanniques, du chômage durant la grande dépression à la famille monoparentale dans les années 90, avec à leur tête un rastafari à dreadlocks tenant à bout de bras une bannière sur laquelle est inscrit « Donnez-nous un futur » : par quoi il faut entendre, selon les bannières plus petites portées derrière lui par les mères célibataires, des allocations sociales plus généreuses. Juste à côté de la maison des West se trouve une méchante petite église des Adventistes du septième jour, dont la pancarte promet aux passants « la paix et l’équilibre dans un monde totalement fou ».


25 Cromwell Street

Le n°25 de Cromwell Street, cependant, apporte la promesse d’un renouveau urbain. Certains ont suggéré qu’il soit transformé en mémorial pour les victimes des West. D’autres, à l’esprit plus commercial, ont proposé que l’on en fasse un musée de figures de cire, ce qui en ferait sans aucun doute l’une des principales attractions touristiques des îles britanniques, stimulant ainsi l’économie de Gloucester toute entière. On peut se faire une idée du potentiel touristique de Cromwell Street en constatant que, même deux ans après que les premiers corps y aient été découverts, un flot régulier et ininterrompu de curieux passe devant la maison : et ce en dépit du fait que les fenêtres ont été scellées par des parpaings et que les portes ont été soigneusement verrouillées, de sorte qu’il n’y a absolument rien à voir. Les commerçants locaux sont désormais tellement accoutumés à la curiosité malsaine des étrangers qu’ils les dirigent vers Cromwell Street avant même qu’ils n’aient pu ouvrir la bouche pour demander leur chemin. Les révélations qui eurent lieu durant le récent procès de Mrs. West (elle fut jugée coupable de trois meurtres le 21 novembre, et de sept autres le jour suivant) furent jugées si profondément choquantes que même la presse à scandales britannique, pourtant habituellement friande de sensationnel et d’obscénité, refusa unanimement de publier les détails les plus horribles. Les jurés se virent offrir une psychothérapie après le procès, et il se peut que certains d’entre eux aient accepté ; les chroniqueurs judiciaires qui étaient présents refusèrent une offre similaire avec mépris. Cette sollicitude des autorités pour le bien-être émotionnel des témoins du procès contrastait fortement avec leur indifférence passée envers les preuves que les West étaient en train d’accumuler les meurtres, pratiquement – mais pas tout à fait – sans être inquiétés durant un quart de siècle.
Les West commirent leurs assassinats à la fois pour des raisons pratiques et pour leur plaisir sexuel. Au début, Fred tuait seul. Le corps démembré de sa maîtresse enceinte, qui avait été vue en vie pour la dernière fois en juillet 1967 (lorsque Fred avait vingt-quatre ans), fut découvert enterré dans un champ en juin 1994. Pour autant que l’on sache, elle fut la première personne qu’il ait tuée – si l’on excepte l’enfant de trois ans qu’il avait renversé et mortellement broyé au volant d’un van à Glasgow. Il tua sa maîtresse parce que sa première femme, une prostituée, délinquante occasionnelle, qui venait de Glasgow, et avec laquelle il ne vivait que par intermittence, devenait jalouse. Par la suite il tua, démembra, et enterra sa première femme en 1970. A cette époque, il vivait avec Rosemary, qui avait quinze ans lorsqu’ils se rencontrèrent pour la première fois à un arrêt de bus. Les parents de Rosemary furent tellement alarmés par sa liaison avec un homme âgé de dix ans de plus qu’elle (bien que son père ait lui-même abusé d’elle sexuellement), qu’ils la remirent à la garde des services sociaux de la localité, qui, cependant, lui permirent de continuer à voir Fred. A l’âge de seize ans elle donna naissance à leur fille Heather, qu’ils allaient tuer conjointement seize ans plus tard.
En 1971, Rosemary tua Charmaine, la fille de huit ans que la première femme de Fred avait eu avec un chauffeur de bus indien, à Glasgow, et qui vivait avec les West lorsqu’elle n’était pas prise en charge par les services sociaux de la ville. A ce moment-là Fred purgeait une peine de prison pour des atteintes mineures à la propriété. « Mon chéri, à propos de Char », lui écrivit Rosemary en prison. « Je pense qu’elle aime être traitée à la dur. Mais mon chéri, pourquoi dois-je être celle qui s’en charge ? Je la garderais volontiers pour son propre bien, s’il n’y avait pas les autres enfants. » Les autres enfants, à ce moment-là, étaient la fille que Fred avait eu avec sa première femme (la mère de Charmaine) et le premier enfant des West.
Lorsque Charmaine cessa de venir à l’école, les enseignants et ses amis (dont l’un d’entre eux avait vu Mrs. West la battre durement avec une cuillère en bois alors que ses mains étaient attachées derrière son dos par une ceinture de cuir) reçurent comme explication qu’elle avait été emmenée par sa vraie mère – qui à ce moment-là était en train de se décomposer dans un champ depuis deux ans. Aucun effort supplémentaire pour retrouver Charmaine ne fut entrepris : une enfant avait simplement disparu sans laisser de traces.

 
Charmaine West
Fred et Rose se marièrent en 1972, Fred se présentant sur le registre de mariage comme célibataire. Peu de temps après, ils agressèrent sexuellement pour la première fois la demi-sœur de Charmaine, Anna Marie, qui avait alors huit ans et qui était la fille que Fred avait eu avec sa première femme. Après lui avoir lié les mains et posé un baîllon sur la bouche, ils l’emmenèrent à la cave ; là Mrs West s’assit sur son visage tandis que Fred la violait. Ils lui dirent qu’elle devrait être reconnaissante d’avoir des parents aussi attentionnés et que tout cela était pour son bien. Ils ne l’envoyèrent pas à l’école pendant plusieurs jours et lui dirent que si qui que ce soit apprenait ce qui s’était passé, elle recevrait une sévère correction. Par la suite elle fut régulièrement attachée à une structure en métal que Fred avait construit à la cave, afin que sa femme puisse s’adonner à des pratiques lesbiennes avec elle. A l’école, Anna Marie refusait souvent de faire du sport, de peur que les blessures que lui infligeaient ses parents ne soient découvertes ; mais personne ne réalisa que quelque chose allait mal ou ne jugea bon d’intervenir.
C’est à la fin de 1972 que Fred et Rose enlevèrent pour la première fois une jeune femme dans la rue. La présence d’une femme dans la voiture rassurait leurs victimes et les persuadait qu’il n’y avait rien de louche dans le transport qui leur était proposé. Leur première victime de ce genre fut agressée sexuellement par Rose dans la voiture, puis assommée par Fred, attachée avec du ruban adhésif, puis trainée dans la cave du n°25, Cromwell Street, puis à nouveau agressée par Rose, puis violée par Fred (tandis que Rose était à l’étage, en train de préparer une tasse de thé pour tout le monde, ajoutant une touche typiquement anglaise à cette histoire) et finalement libérée à la condition – à laquelle elle consentit – qu’elle reviendrait prochainement pour recommencer. Au lieu de quoi elle alla trouver la police.
La police la persuada qu’il serait préférable d’accuser les West d’attentat à la pudeur plutôt que d’enlèvement et de viol : de cette manière les West plaideraient coupable et elle s’éviterait un témoignage traumatisant devant un tribunal. En définitive les West furent condamnés à une amende de 75 dollars chacun, une clémence qui, je le crois, semblera malheureuse même au progressiste le plus ardent, au vu des événements ultérieurs.
Ce fut après avoir eu cette chance de s’en tirer à si bon compte que les West passèrent à la vitesse supérieure en matière de meurtres, décidant que, puisque leurs compagnons de jeu sexuels allaient se plaindre à la police, il serait préférable de s’en débarrasser  purement et simplement. Ils enlevèrent un total de six jeunes filles – six au minimum – à qui ils infligèrent des tortures sexuelles, les attachant avec du ruban adhésif (et, dans un cas, insérant à leur victime des tubes en plastique dans les narines afin qu’elle puisse continuer à respirer – une technique qu’ils avaient très probablement apprise dans un magazine pornographique que l’on retrouva en leur possession), pour finir par les tuer, les démembrer, et les enterrer dans la cave qu’ils utilisèrent plus tard comme chambre pour leurs enfants.
Mais les West avaient bien d’autres activités. Ils prirent des locataires, dont un grand nombre passèrent dans le lit de Mrs. West, avec les encouragements actifs de son mari, et dont certains entendirent les hurlements nocturnes de celles qui étaient torturées à la cave ; toutefois, ils se gardèrent d’intervenir car ils acceptèrent les explications des West comme quoi ces cris étaient ceux de leur fille qui faisait des cauchemars. A l’occasion, la police faisait une descente au n°25 et poursuivait certains des locataires pour possession de petites quantités de marijuana - une attention touchante envers les détails, étant donnée les circonstances.
Les West tenaient également un bordel (protégé par la police locale, selon la rumeur) dans lequel Mrs. West était la seule prostituée. Les West placèrent plusieurs fois dans la presse locale des petites annonces recherchant Homme Antillais BM – c’est-à-dire Bien Membré – pour Relations Sexuelles avec Mère de Famille. (Des huit enfants de Mrs. West, seuls quatre étaient de Fred, et quatre étaient de ses clients, trois d’entre eux étant métis.) Initialement, Mrs. West recevait des hommes seulement pour le plaisir, mais avec autant de bouches à nourrir elle se transforma rapidement en professionnelle du sexe. Fred aimait regarder et écouter sa femme lorsqu’elle était au travail, et il avait installé un système d’interphone de manière à pouvoir l’entendre où qu’il se trouvait dans la maison. Il avait aussi percé des petits trous pour espionner et avait filmé sa femme à de nombreuses reprises, films qu’il avait plus tard montré à ses enfants sur l’un des sept magnétoscopes qui se trouvaient dans la maison (tous volés, car Fred était un voleur à la petite semaine en plus d’être un meurtrier en série, avec onze condamnations pour vol). Il avait également offert à la boutique de vidéo du coin des cassettes montrant des femmes en train d’être torturées, mais le propriétaire du magasin avait décliné l’offre et était allé trouver la police à la place ; police qui, dans le climat de permissivité qui commençait alors à s’installer, était très anxieuse de prouver sa largesse d’esprit, et qui par conséquent se garda bien de faire quoique ce soit.
Ce fut bien loin d’être la seule fois où un indice que quelque chose d’étrange se passait à Cromwell Street ne fut pas relevé.
Les traitements sadiques que les West infligeaient à leurs enfants conduisirent à trente et une visites aux urgences de l’hôpital local, pour des pathologies aussi variées que d’étranges marques de piqure sur un pied ou des blessures génitales féminines prétendument provoquées par le fait d’avoir dû freiner brusquement à bicyclette. Une des filles, âgée de quinze ans, était hospitalisée pour une grossesse extra-utérine (Fred en était l’auteur, bien sûr), mais bien que cela ait signifié que, légalement parlant, un viol devait avoir eu lieu, l’âge de la majorité sexuelle étant de seize ans, personne ne songea à se renseigner davantage ou même simplement à demander qui était le père, car agir ainsi aurait signifié que l’on portait implicitement un jugement.
Un jour, Rosemary se mit tellement en colère contre un de ses fils qu’elle le saisit par la gorge et l’étrangla presque jusqu’à l’évanouissement. Il y avait des hématomes sur sa nuque – très clairement des marques de doigt – et des vaisseaux sanguins avaient éclaté dans le blanc de ses yeux ; mais lorsqu’on l’interrogea à l’école à propos de ces signes, il répondit qu’il s’était fait ça en glissant alors qu’il jouait dans un arbre avec une corde autour du cou. Cela fut considéré comme une explication parfaitement adaptée et acceptable. Il arrivait régulièrement à l’école couvert d’hématomes.
Les West passèrent des locataires mâles aux locataires femelles. Mrs. West, étant bisexuelle, trouvait aussi satisfaisant de coucher avec elles qu’avec des hommes ; et Mr. West (qui, incidemment, s’était fréquemment vanté d’être capable de pratiquer des avortements, et qui pourrait effectivement en avoir pratiqué quelques-uns) les jugeait des locataires plus fiables que des hommes employés de manière intermittente, particulièrement si les filles étaient seules, enceintes, et bénéficiaires de l’aide sociale.
Mais les West trouvèrent la plupart de leurs victimes sur le bord de la route. La majorité d’entre elles – mais pas toutes - étaient des adolescentes difficiles et rebelles venant de foyers désunis, qui soit s’étaient enfuies de chez elles, soit étaient prises en charge par les services sociaux. L’une d’elles cependant, la nièce de l’écrivain Kingsley Amis, étudiait l’anglais médiéval à l’université, tandis qu’une autre, qui voyageait vers l’Irlande en autostop, était la fille d’un riche homme d’affaires suisse. Les recherches intensives menées par la police ne permirent pas de les retrouver : il n’y avait rien qui les reliait aux West.
Les cas de Lynda Gough et Juanita Mott étaient plus représentatifs. Lynda était une fille de Gloucester, rebelle et entêtée, qui avait brusquement quitté le domicile familial en laissant un mot à ses parents : « S’il vous plaît, ne vous en faites pas pour moi. J’ai un appartement et je viendrais vous voir de temps en temps. »
Trois samedi plus tard, n’ayant eu aucune nouvelle de sa fille, Mrs. Gough parvint à remonter sa piste jusqu’à Cromwell Street par l’intermédiaire de ses amis. A ce moment, Lynda avait déjà été torturée, violée, découpée et enterrée. Rosemary West vint ouvrir la porte avec les chaussons de Lynda aux pieds ; de plus Mrs. Gough reconnu les vêtements de sa fille qui pendaient sur le fil à linge. Mrs ; West lui raconta que sa fille était partie pour la cité balnéaire de Weston-Super-Mare, en laissant ses affaires derrière elle. Après un nouveau laps de temps Mrs. Gough et son mari recherchèrent Lynda à Weston, mais bien sûr ils ne la trouvèrent pas. Ils demandèrent l’aide de plusieurs organismes, y compris l’Armée du Salut, mais ne signalèrent jamais sa disparition à la police. A la suite de quoi ils cessèrent tout effort pour retrouver leur fille : peut-être dans le fond ne s’en souciaient-ils pas vraiment, ou bien alors ils pensaient que leur fille, qui avait été scolarisée dans une institution pour attardés mentaux, avait le droit et le devoir, à dix-neuf ans (l’âge auquel elle avait disparu), de mener sa vie par elle-même sans être entravée par la supervision de ses parents.
Juanita Mott était la fille d’un militaire américain dont les parents s’étaient séparés lorsqu’elle était très jeune. Elle quitta à la fois la maison et l’école à l’âge de quinze ans ; trois ans plus tard, ayant déjà logé chez les West, elle accepta de monter dans leur voiture. Elle fut alors kidnappée, suspendue aux poutres de leur cave, puis tuée. Sa disparition non plus ne fut jamais signalée.

Heather West

Au fur et à mesure que le nombre d’enfants des West s’accru, et que ceux-ci grandirent, il leur devint plus difficile d’enterrer leurs victimes chez eux. En revanche, les mauvais traitements infligés aux enfants plus âgés s’intensifièrent, au point que leur fils, alors âgé de treize ans, s’enfuit de la maison et resta quelques temps chez des amis. Lorsqu’il retourna chez lui, il fut battu et on l’informa qu’il serait bientôt assez vieux pour avoir des relations sexuelles avec sa mère (chose normale pour un garçon, selon son père). Heather, la fille ainée, alors âgée de seize ans, rejeta avec véhémence les avances de son père. Ses parents lui dirent que cela signifiait qu’elle était lesbienne. Elle fut ensuite attachée, violée, tuée, et enterrée, mais cette fois dans le jardin plutôt que dans la cave. Le fils aîné fut réquisitionné pour aider à creuser ce qu’il croyait devoir être un bassin à poissons. Les West expliquèrent la disparition d’Heather à leurs autres enfants par le fait qu’elle avait décidé d’aller travailler dans un camp de vacances. Elle fut la dernière personne à être enterrée au n°25, Cromwell Street, et ses parents installèrent le barbecue familial précisément à l’endroit où son corps était enfoui.
Cinq ans plus tard – et probablement de nombreux meurtres plus tard – les West furent arrêtés pour le viol d’une fille de quatorze ans. Le procès tourna court car en définitive la fille refusa de témoigner en public ; mais au cours de l’enquête de la police, une immense quantité de matériel pornographique fut trouvé à Cromwell Street, y compris 99 cassettes vidéo tournées par les West. La police détruisit les vidéos, semble-t-il sans même les avoir regardées ; il est fort possible qu’elles aient contenu des enregistrements des meurtres.
L’inspectrice en charge de l’enquête (qui fut plus tard officiellement réprimandée lorsqu’elle essaya de vendre l’histoire à un éditeur pour 1,5 millions de $) avait maintenant découvert des preuves que les enfants avaient été soumis à de terribles mauvais traitements et voulait interroger Heather au plus vite. Mais personne ne savait où elle se trouvait, bien que l’un des enfants ait confié à un travailleur social qu’il existait une rumeur familiale selon laquelle Heather était enterrée sous le patio. Le travailleur social ne pensa pas à en informer la police ; mais de toutes façons l’inspectrice avait désormais de très forts soupçons. Elle tenta de convaincre ses supérieurs qu’il existait de bonnes raisons de fouiller – c’est-à-dire en fait de creuser – dans la maison des West, mais ils tergiversèrent pendant plus d’un an, effrayés par le coût d’une telle investigation. Pendant ce temps, Fred était passé de la prison de Gloucester, où il avait été détenu pour viol, à un centre d’hébergement pour personnes en liberté provisoire, à Birmingham (centre où, comme il s’en vanta plus tard, il aurait tué une femme), puis à la liberté complète après son acquittement lors du procès. Il ne fallut pas très longtemps, cependant, pour que la partie prenne fin, et cette fois pour de bon.

 
Frederick West

Après leur arrestation finale, le 25 février 1994, les West choisirent des chemins différents. Fred confessa ses crimes – bien que seulement de manière graduelle, par petites touches, et avec beaucoup de versions différentes, sans aucun doute pour narguer la police – tandis que Rosemary conserva une posture d’innocence blessée. Lorsque la police lui demanda pourquoi, si elle était innocente, elle n’avait pas signalé la disparition de sa fille, elle répondit : « Alors maintenant je suis censé dénoncer ma propre fille, c’est ça ? » - révélant ainsi que, pour elle, demander l’aide de la police lorsque votre fille de seize ans a disparu était une forme de trahison, plutôt que la réaction naturelle d’une mère inquiète.
Les époux West, cependant, montrèrent tous les deux une veine sentimentale, confirmant ainsi l’aphorisme de Jung selon lequel la sentimentalité est une superstructure qui recouvre la brutalité. Fred était en train d’écrire ses mémoires au moment où il se pendit, mémoires qu’il avait intitulé « J’ai été aimé par un ange » ; et il donna à son fils un conseil dans les lettres qu’il envoya de prison, lettres qui soit dit en passant jettent une lumière crue sur le niveau de l’éducation en Angleterre : « travaillant jour et nuit comme je l’ai fait… tu pourai finir issi, s’ache tout jour ce qui sepasse dans ta maison s’il te plè mon fils passe tout jour autant de temps que tu le peu avec ta femme et tes enfants et aime ta femme et tes enfants, ils son le bien le plus praicieu que tu auras dans ta vie, alors prends en soin fils. » Dans la lettre qu’il laissa derrière lui lors de son suicide, se trouvait la suggestion suivante pour son épitaphe, comme si sa mort avait mis fin à une version moderne de Roméo et Juliette :

In loving memory
FRED WEST              ROSE WEST
Rest in peace where no shadow fall
In perfect peace
He waits for Rose, his wife


Rose, de son côté, se tourna vers la poésie. Depuis sa prison elle écrivit à sa fille, qu’elle avait battu, violé et abusé de manière répétée :

I love you like the birds and bees,
I love you like the flowers sweet,
I love you like the deep blue sea’s,
And memories dear to keep.

C’était comme si tous deux croyaient que l’expression d’un ou deux sentiments mièvres suffisait pour établir la pureté de leur cœur, indépendamment de leurs actes.
Bien évidemment, dans les journaux britanniques, les spéculations commencèrent immédiatement concernant les forces psychologiques et sociales qui avaient pu produire ce couple extraordinairement dépravé. Par exemple, tous les deux venaient de familles nombreuses et pauvres, dans lesquelles la violence était chose courante. Mais aucun de leurs frères et sœurs ne montrait la même férocité et la même cruauté que Fred et Rose, même si certains des frères de cette dernière étaient des criminels à la petite semaine. Fred avait été élevé dans une petite maison à la campagne, sans électricité ; à l’âge de neuf ans on lui avait demandé d’abattre des animaux. Cependant ses frères avaient été élevés de la même manière, et aucun d’entre eux ne s’était mis à tuer des êtres humains. Et si la soi-disant spirale de la pauvreté expliquait tout, ou même quoi que ce soit, comment pourrions-nous expliquer le puissant sens moral que leurs enfants les plus âgés et les plus maltraités paraissent avoir développé ?
Il a sans aucun doute toujours existé des gens profondément pervers, et ce fut une malchance que deux individus de cette trempe, comme les West, se soient trouvés mutuellement. Mais en réfléchissant à leur histoire, il est difficile de ne pas conclure que leur carrière a été facilitée par l’incertitude croissante, depuis trois décennies, concernant la frontière entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, ou même concernant l’existence d’une telle frontière. La permissivité sexuelle grandissante fut comprise par les West, dont les libidos étaient bien plus puissantes que les capacités de réflexion, comme impliquant une absence totale de limites. Ils disaient à celles qu’ils violaient que ce qu’ils faisaient était simplement « naturel », et par conséquent tout à fait acceptable. Et ils opéraient dans un contexte où, de plus en plus, l’auto-discipline n’était plus comprise comme une condition nécessaire de la liberté – dans lequel le caprice de chacun faisait loi. De plus la majorité de leurs victimes étaient des jeunes gens à la dérive qui n’étaient plus supervisés par des adultes, adultes dont ils pensaient ne pas avoir besoin et à l’égard desquels ils étaient, de toutes façons, très intolérants.
Le cas des West révélait avec quelle facilité, dans l’anonymat des grandes villes modernes, et au milieu de la foule, des gens peuvent disparaître ; et comment de telles disparitions sont grandement facilitées par un refus collectif – au nom de la liberté individuelle -, des parents d’assumer leurs responsabilités vis-à-vis de leurs enfants, des voisins de se soucier de ce qui se passe autour d’eux, et de n’importe qui de braver les moqueries des libertins pour défendre certains critères de décence. Et les multiples organismes publics – la police, l’école, les services sociaux, les hôpitaux – prouvèrent qu’ils étaient incapables de se substituer à l’attention individuelle que les familles étaient censées apporter mais que, dans un climat de permissivité où la tolérance se transformait bien trop souvent en indifférence, beaucoup n’apportaient plus. L’échec de ces organismes n’était pas accidentel, mais consubstantiel à leur nature de bureaucraties : l’Etat n’est pas, et ne sera jamais, un substitut à des pères et mères à l’ancienne.
Dans mon hôpital, je rencontre chaque jour des adolescents dont le comportement les rend vulnérables à tous les West qui pourraient se présenter. Ces adolescents croient connaître la rue, mais, s’ils connaissent peut-être la rue, ils ignorent tout de la vie. La semaine dernière par exemple, j’ai parlé avec une jeune fille de quatorze ans venant d’une famille indienne, qui s’était plusieurs fois enfui de chez elle parce que ses parents exigeaient qu’elle ne sorte qu’une seule fois par semaine et qu’elle rentre à dix heures le soir.
« Je voudrais qu’ils soient comme une famille anglaise », m’a-t-elle dit.
« Et à quoi ressemble une famille anglaise ? » lui ai-je demandé ?
« Ils s’occupent de vous jusqu’à ce que vous ayez seize ans », a-t-elle répondu. « Ensuite vous vous trouvez un appartement. »
J’espère sincèrement qu’elle ne rencontrera jamais son Frederick West, car si cela lui arrivait personne ne viendrait la secourir. Tout ce qui est nécessaire pour que le mal triomphe, disait Burke, c’est que les honnêtes gens ne fassent rien ; et de nos jours ont peut justement compter sur la plupart des honnêtes gens pour ne rien faire. Lorsque l’on craint plus une réputation d’intolérance qu’une réputation de vice, on peut s’attendre à ce que toutes sortes de perversions s’épanouissent.

mercredi 5 février 2014

Plaidoyer pour la peine de mort (5/5)



 
Dès lors que nous comprenons que la loi a besoin d’être soutenue par les « affections publiques » et les « mœurs » pour remplir son office, nous pouvons aussi comprendre pourquoi la peine de mort doit faire partie de l’arsenal punitif.
La loi, et particulièrement la loi criminelle, doit posséder une dignité qui va bien au-delà du calcul de probabilité ou de considérations intéressées. Elle ne doit pas nous apprendre à calculer nos actions au plus juste mais doit nous rappeler la majesté et l’intangibilité des règles morales dont les lois pénales ne sont que l’expression : tu ne tueras point, tu ne convoiteras point le bien ni la femme d’autrui, etc. La loi pénale doit inspirer une crainte révérencielle et, de nos jours, le moyen le plus puissant que nous ayons à notre disposition pour y parvenir est d’autoriser les tribunaux à prononcer ce qui est, pour nous, le châtiment suprême.
Une société qui ne punit pas sévèrement les crimes graves indique par là-même qu’elle ne les considère pas comme des crimes graves ; de la même manière qu’une société qui punit avec la même sévérité, ou la même absence de sévérité, les crimes ordinaires et les crimes extraordinaires rabaisse les crimes extraordinaires au niveau des crimes ordinaires. Elle contribue ainsi à émousser la sensibilité morale de toute la population et à détourner les honnêtes gens de leurs devoirs civiques. Bien qu’il soit probable qu’Anders Breivik finisse ses jours en prison, le fait qu’il n’ait été condamné qu’à vingt et un ans de prison ( !) et qu’il puisse légalement demander à être libéré par anticipation au bout de dix ans est tellement hors de proportion avec l’énormité de son crime que sa condamnation peut bien être appelée une parodie de justice, une insulte à toutes ses victimes. Si le meurtre méthodique de plus de 70 personnes mérite vingt et une années de prison, que mérite le meurtre d’une seule ? Une amende ? Un rappel à la loi ? Un pincement d’oreille accompagné d’un paternel « et n’y revenez plus, petit canaillou » ? Que peut déduire de cela un citoyen norvégien ordinaire, si ce n’est que, dans son pays, le législateur fait très peu de cas de la vie des innocents – et qu’il vaut mieux être un assassin abominable qu’un policier, un soldat ou un pompier, car les pouvoirs publics montreront alors bien plus de sollicitude pour votre vie et votre bien-être ?
A l’inverse, en ôtant la vie aux pires criminels, la loi prouve à tous qu’elle considère bien leurs actes comme particulièrement horribles et hors de proportion avec les crimes « ordinaires ». Elle indique sans ambiguïté que certains actes sont tellement atroces qu’ils ne peuvent être compensés, au moins partiellement, que par la disparition de leur auteur, qu’il devrait être impossible à des gens honnêtes de tolérer que de pareils criminels restent en vie ; et ce faisant elle réaffirme la solennité des règles morales dans leur ensemble et affermi les dispositions vertueuses de la population.
Le châtiment suprême n’a nullement besoin d’être prononcé fréquemment. Il serait même contreproductif, de ce point de vue, qu’il soit infligé fréquemment. Mais le fait qu’il puisse être prononcé pour les crimes les plus graves, et qu’il le soit effectivement, suffit pour qu’il remplisse cet office.
Il est parfois dit que la peine capitale doit servir d’exemple, et cela est vrai, à condition de bien comprendre que ceux à qui cet exemple s’adresse sont moins les criminels que les honnêtes gens. Bien que nous puissions être moralement certains que la perspective du châtiment suprême dissuadera certains criminels, il n’est pas sûr que la peine de mort puisse par elle-même faire baisser significativement les taux des crimes auxquels elle s’applique, surtout si elle n’est infligée que rarement, et en ce sens sa valeur d’exemple pour les criminels est douteuse ou faible. Mais elle est très grande pour les citoyens ordinaires, à qui elle assure que le pays dans lequel ils vivent n’est pas une simple collection d’individus intéressés et qui ne songent qu’à défendre leurs droits. Son existence témoigne du fait que nous nous concevons aussi comme une communauté morale, respectueuse de lois qui ne sont pas le fait des hommes, et pour laquelle les mots de responsabilité, de justice, de dignité humaine et de respect de la vie ne sont pas vides de sens.
Si nous sommes d’avis que notre pays peut nous demander de risquer le sacrifice suprême pour le défendre, nous sommes aussi d’avis qu’il peut justement infliger le châtiment suprême ; si nous pouvons célébrer nos héros tombés au champ d’honneur, nous pouvons aussi exécuter les pires de nos criminels.

Le peine de mort n’est donc, en tant que telle, ni barbare, ni cruelle. Mais bien sûr cela ne signifie pas qu’elle ne puisse pas le devenir, si elle est prononcée et administrée à mauvais escient.
Pour quels crimes devrait-elle être prescrite, et comment devrait-elle être administrée pour remplir le rôle moral qui est le sien ? Essayons de donner quelques indications concernant ces questions.
Elle devrait tout d’abord être prononcée de manière peu fréquente, et seulement pour les crimes les plus graves. La trahison, certains meurtres et aussi certains viols particulièrement abominables pourraient en être justifiables. De ce point de vue il est sans doute préférable de laisser une marge d’appréciation aux jurés, en disposant par exemple que le châtiment suprême ne devrait être infligé que pour les crimes extraordinaires par leur ampleur ou leur cruauté, mais sans pour autant énumérer ces crimes dans une liste qui, fatalement, ne sera pas toujours en adéquation avec la réalité. Il n’est sûrement pas au-delà de l’habileté de nos législateurs d’inventer une telle loi, qui à la fois défère à l’appréciation des jurés tout en imprimant en eux le caractère particulièrement grave et solennel de la décision qu’ils s’apprêtent à prendre. En vérité, dans une démocratie libérale comme la nôtre, l’excessive indulgence des jurés est sans doute plus à craindre qu’une sévérité déplacée.
Par ailleurs, il est évident que des procédures devraient être prévues pour éviter, autant qu’il est humainement possible, qu’un innocent puisse être exécuté ; même s’il faut bien avoir conscience que la contrepartie de ces procédures est que certains condamnés à mort ne seront exécutés que très longtemps après leur condamnation s’ils utilisent toutes les recours que la loi leur permet.
Le mode d’exécution devrait lui être déterminé en ayant en vue de minimiser les souffrances physiques du condamné, car la condamnation à mort n’est pas la condamnation à la torture, tout en ayant conscience, là aussi, qu’il n’existe sans doute pas de moyen de faire mourir un homme à la fois rapidement, sans douleur et à coup sûr. Des ratés seront inévitables.
Mais le problème le plus délicat est peut-être celui du caractère public ou non de l’exécution. Si la fonction principale de la loi pénale est de donner satisfaction à la juste indignation des honnêtes gens et de renforcer leurs dispositions morales, les exécutions ne devraient-elles pas être publiques ?
Cependant il existe des objections évidentes contre cela. L’indignation que suscite le crime n’a pas seulement besoin d’être satisfaite, elle a aussi besoin d’être modérée et encadrée. Le procès y contribue avec ses procédures codifiées et ses formes cérémonielles. Mais une exécution publique peut trop facilement dégénérer et perdre le caractère grave et solennelle qui devrait être le sien, soit parce qu’elle attirera la lie de la société, soit parce qu’elle donnera l’occasion au criminel de braver une dernière fois les lois et la justice, soit pour d’autres raisons encore. Pour les mêmes motifs, il ne saurait être question de la diffuser à la télévision ou sur quelque média grand public que ce soit. A l’inverse, une exécution capitale, si elle doit remplir la fonction d’exemple qui est la sienne, ne peut être faite à la sauvette au petit matin, avec pour seuls témoins le personnel de la prison et l’avocat du condamné. Les modalités de l’exécution ne doivent pas laisser penser que nous aurions honte de mettre à mort nos pires criminels.
Comme le suggère Walter Berns, la solution à ce problème est peut-être à rechercher du côté de la démocratie représentative. De la même manière que le peuple délègue à certains de ses membres le droit d’élaborer et voter les lois, il pourrait déléguer à ses représentants le soin d’assister aux exécutions capitales. Que ceux qui votent les lois autorisant la peine mort assistent aux exécutions qui seront menées en application de ces lois, c’est-à-dire qu’à chaque exécution une partie de nos députés et de nos sénateurs soient choisis pour en être les témoins au nom de la collectivité toute entière. Ainsi l’exécution sera publique, en un sens, sans pour autant risquer de devenir un spectacle malsain ou dégradant.

Camus concluait ses Réflexions sur la guillotine par l’affirmation suivante : « Ni dans le cœur  des individus ni dans les mœurs des sociétés, il n'y aura de paix durable tant que la mort ne sera pas mise hors la loi. » L’exhortation était émouvante, mais l’expérience aussi bien que la réflexion ne peuvent guère manquer de nous en révéler le caractère infondé. Depuis longtemps déjà les lois criminelles sont allées en Occident vers une modération toujours plus grande. Nous ne punissons plus nos criminels qu’avec réticence, et les sanctions que nous leur infligeons, la plupart du temps, auraient sans doute paru invraisemblablement clémentes à nos ancêtres pas si lointains. La peine de mort a été abolie partout en Europe depuis plusieurs décennies. Pourtant cette modération croissante des lois pénales ne s’est pas accompagnée d’une modération croissante des criminels ni de rapports sociaux plus confiants et apaisés. Nous avons au contraire de solides raisons de croire que c’est le contraire qui est vrai, au moins depuis une cinquantaine d’années.
Sans doute est-il temps pour nous de redécouvrir que la justice ne se situe pas toujours du côté de l’indulgence et que la douceur n’est pas toujours une vertu. L’abolition de la peine de mort n’a pas été un progrès de la civilisation, comme nous aimons à nous en vanter, mais bien plutôt un symptôme, en même temps qu’une cause, de notre incapacité de plus en plus grande à rendre justice et à défendre la véritable civilisation. Revenir sur cette erreur est toujours en notre pouvoir. Les obstacles juridiques que les abolitionnistes ont disposés, pour essayer de faire en sorte qu’il soit impossible de réinstaurer la peine de mort, ne seront guère que des barrières de papier, pour peu que nous redécouvrions quelques vérités simples, qui peuvent être obscurcies mais qui ne pourront jamais être effacées du cœur des hommes : les criminels méritent d’être punis, et les pires d’entre eux méritent d’être exécutés.