Ralliez-vous à mon panache bleu

samedi 3 décembre 2016

Avortement et féminisme





Tout a été dit, ou presque, au sujet de la proposition de loi scélérate visant à créer un délit d’entrave numérique à l’avortement qui vient d’être votée par l’Assemblée Nationale. Tout en ce qui concerne l’attaque éhontée contre la liberté de paroles que constitue une telle proposition de loi.
J’ajouterais juste une chose sur ce point : si cette proposition devait devenir loi, l’étape suivante devrait être logiquement la criminalisation de l’Eglise catholique elle-même, car assurément celle-ci cherche à décourager les femmes d’avorter en exerçant des « pressions morales » sur elles, c’est-à-dire en faisant appel à des arguments qui impliquent que l’avortement est un mal, qui sont susceptibles de faire hésiter celles qui envisageraient de se livrer à cette opération et de donner des remords à celles qui l’auraient fait.
En revanche une question n’a guère été examinée, me semble-t-il. Pourquoi, alors que 220 000 avortements ont lieu chaque année en France, soit une grossesse sur cinq, pourquoi, alors que la loi n’a pas cessé d’être assouplie depuis 1975, pourquoi, alors qu’aucun parti politique ne fait ne serait-ce que mine de vouloir rouvrir le débat de l’avortement, les féministes qui nous gouvernent parlent et agissent-elles comme si avorter était un acte horriblement compliqué et comme si cette possibilité menaçait à chaque instant d’être retirée aux femmes ?
Pour le comprendre, il faut revenir aux dogmes du féminisme contemporain et à son Saint Livre, Le deuxième sexe.
Beauvoir et toutes ses disciples affirment que les femmes, après avoir été opprimées depuis la nuit des temps, doivent désormais « s’émanciper », devenir enfin « autonomes ». Mais émancipées de quoi, autonomes par rapport à quoi ?
Emancipées des hommes, autonomes par rapport aux hommes, car ce sont les hommes, bien sûr, qui ont opprimé les femmes depuis toujours.
Et comment les femmes peuvent-elles devenir des êtres autonomes ?
En gagnant leur vie, certes, mais surtout en prenant leur distance avec la maternité, pour ne pas dire en refusant purement et simplement la maternité, et en pratiquant, comme les hommes, une sexualité « virilement indépendante ».
C’est en effet dans la sexualité, et ses conséquences, à savoir la maternité, que Beauvoir prétend trouver la cause première de l’oppression des femmes.
Les femmes sont attirées par les hommes, et les hommes sont attirés par les femmes, mais, dans les jeux de l’amour et du hasard, les femmes ont jusqu’à maintenant été très désavantagées par rapport aux hommes, pour deux raisons.
D’une part les femmes ont ordinairement beaucoup plus de mal que les hommes à séparer la sexualité et les sentiments. Les hommes, avec leur capacité d’abstraction, leur capacité à oublier, leur indifférence ont, pour s’échapper après une relation sexuelle, un équipement mental que n’ont pas les femmes. Pour un homme un rapport sexuel peut être juste cela, un moment plaisant sans conséquences ni lendemain. Pour une femme un rapport sexuel, particulièrement s’il est réussi, conduit souvent à espérer un attachement durable et profond de la part du partenaire et, si ces sentiments ne sont pas au rendez-vous, conduira fréquemment à des sentiments d’abandon, de colère, et de dégoût.
Cette différence hommes/femmes est parfaitement résumée par la réplique d’un acteur célèbre, à qui le juge demandait pourquoi un homme tel que lui, a priori pourvu de tous les attributs de la séduction, éprouvait le besoin de recourir aux services de prostituées : « Mais, monsieur le juge, je ne les paye pas pour qu’elles viennent avec moi, je les paye pour qu’elles partent ! »
D’autre part les femmes portent les enfants. Bien plus, la très grande majorité des femmes éprouvent à un moment où l’autre de leur vie un intense besoin d’avoir des enfants et de fonder un foyer, un désir qui, pour dire le moins, est beaucoup plus faible chez la plupart des hommes.
Les femmes se voient donc contraintes d’essayer d’amener les hommes à partager leurs vues sur les sujets qui leur tiennent à cœur, l’engagement, la fidélité, la famille. La force et la violence étant du côté des hommes, cela ne peut se faire que par la persuasion, une persuasion dont la contrepartie est en général une certaine soumission, au moins apparente, aux hommes.
Pour briser ce cercle fatal, il faut changer le rapport des femmes à la sexualité et à la maternité. Il faut émanciper les femmes des mythes de l’amour romantique et de l’instinct maternel, qui les rendaient dépendantes des hommes et des enfants qu’elles pouvaient concevoir avec eux
Pour être autonomes les femmes doivent d’une part devenir aussi cavaleuses que les hommes, et même que les hommes les plus prédateurs. Le cœur des femmes doit devenir calleux pour qu’elles puissent être libres.
Par ailleurs une femme doit considérer le fait de tomber enceinte sans l’avoir voulu comme un malheureux accident, heureusement très facile à réparer. Elle ne doit en aucun cas et en aucune façon se sentir tenue de mettre au monde un enfant qu’elle n’a pas désiré. La sexualité doit être aussi dépourvue de conséquences pour elle que pour le mâle obtus et égoïste qui quitte l’hôtel en sifflotant après un petit cinq à sept bien sympathique.
Par conséquent l’opus magnum de Simone de Beauvoir n’a presque rien à dire sur la question des carrières féminines, mais a en revanche énormément à dire sur la question de la sexualité. On y trouve donc un chapitre sur l’initiation sexuelle, un sur le lesbianisme, un autre sur la prostitution, et le chapitre consacré à « La mère » s’ouvre sur de longues pages consacrées à la question de l’avortement, avortement qui, selon l’auteur, ne devrait pas être envisagé avec réticence ni regretté une fois accompli.
Nos modernes féministes ne sauraient être satisfaites tant que l’avortement ne sera pas considéré comme un acte aussi facile et anodin que d’avaler un verre d’eau. Tout remords, toute hésitation, tout signe que l’avortement peut poser un cas de conscience, sera la preuve que les femmes ne sont pas encore pleinement « émancipées ».
Il est dès lors facile de comprendre cette offensive contre les sites internet visant à dissuader les femmes d’avorter, ou du moins à les faire hésiter avant de passer à l’acte. Les féministes qui nous gouvernent ne se soucieraient pas de ces sites si ceux-ci n’avaient pas un certain succès, et le succès qu’ils rencontrent est la preuve que, pour beaucoup de femmes, avorter reste un dilemme moral. Ce qui est une remise en cause du dogme.
Bien évidemment, même si leur offensive du jour se révélait un succès, la lutte ne prendrait pas fin pour autant. La « liberté sexuelle » et l’avortement continueront toujours à faire violence à la nature féminine. Nos modernes féministes se trouvent en fait exactement dans la même position que les activistes homosexuels qui prétendent bâtir une société dans laquelle l’homosexualité sera considérée comme « saine, naturelle et normale ». Pour les unes comme pour les autres, ce dont il s’agit en définitive n’est rien moins que de remplacer la réalité par l’illusion, la vérité par le mensonge. Or, la réalité étant ce qui finit par s’imposer à nous quoique nous fassions, il est inévitable que l’effort pour dissimuler la réalité ne puisse jamais prendre fin, exactement de la même manière qu’il est nécessaire d’exercer une poussée constante pour maintenir un avion en vol.
Le féminisme contemporain, celui pour lequel « on ne nait pas femme, on le devient », est par nature despotique, exactement comme le mouvement homosexuel et pour les mêmes raisons, et ses revendications infinies.
Les catholiques ont bien raison de se mobiliser pour essayer d’empêcher cette proposition de loi de devenir loi et d’entrer jamais en vigueur. Mais ils devraient être rejoints ou du moins soutenus par tous ceux pour qui, sans considérer que l’avortement devrait être interdit, pensent néanmoins que la liberté est une chose sainte et ne sont pas décidés à passer la tête sous le joug parce que des mains féminines le leur présentent.