Ralliez-vous à mon panache bleu

mercredi 26 avril 2017

Vous avez dit "anti-système"?



Si l’on en croit les commentateurs unanimes, le grand perdant du scrutin de dimanche dernier aurait été « le système ». Et de fait, tous les candidats ont bien senti que le créneau porteur était désormais de taper à bras raccourcis sur le dit « système », et tous, pendant la campagne, ont en conséquence prétendu être « hors système » ou « anti système ».
Nous avons donc assisté au spectacle improbable et ridicule d’une classe politique unanime pour s’attaquer à un adversaire supposé tout-puissant et qui n’avait pourtant personne pour oser le défendre.
Et d’abord, qu’est-ce que le « système » en question que tous disent vouloir terrasser ? Nul ne semble capable d’en donner une définition un tant soit peu rigoureuse.
Toutefois, nous aurions tort de nous contenter de ricaner de ces modernes Don Quichotte chargeant les moulins à vent du « système ». Lorsque tout le monde se sent tenu d’employer certains mots, il est peu probable que ces mots soient totalement dépourvus de sens, qu’ils ne désignent aucune réalité, même subjective.
Si nos hommes politiques se présentent à nous comme adversaires du « système », c’est évidemment parce qu’ils ont bien compris que les Français en avaient globalement plus qu’assez du fameux « système ». Mais qu’est-ce donc que nous ne supportons plus ? A cette question, nous répondons presque toujours par des exemples : les médias seraient une partie du « système », ou bien les multinationales, ou bien les marchés financiers, ou bien la classe politique elle-même, ou bien les institutions européennes, ou bien telle autre chose encore.
Mais des exemples ne forment pas une définition. Essayons donc de pousser davantage la réflexion.
Le terme même de système implique que nous serions face à un ensemble de pratiques préméditées et coordonnées pour produire un même résultat, que ces éléments disparates que nous citons comme appartenant au « système » seraient liés d’une manière ou d’un autre. Par ailleurs cette notion de système sous-entend une forme d’aliénation. Nous nous sentons comme pris dans les rouages d’une gigantesque machine, obligés de nous soumettre à des règles et à des pratiques que nous percevons comme étrangères, extérieures à nous. En bref, se plaindre du « système », c’est de plaindre de ne plus être libre, et de ne plus être libres parce que nous aurions été systématiquement, délibérément privés de notre liberté.
Mais n’est-il pas absurde de nous plaindre de ne plus être libres alors que nous n’avons jamais eu autant de droits subjectifs, énumérés dans d’épais traités, comme par exemple la Convention Européenne des Droits de l’Homme ou la Charte Européenne des Droits fondamentaux, et gardés par de sourcilleuses cours de justice ? N’est-il pas ridicule et ingrat de pleurer sur notre liberté soi-disant perdue alors que jamais les sociétés dans lesquelles nous vivons n’ont été plus ouvertes et plus tolérantes vis-à-vis des particularités individuelles ?
C’est qu’en vérité, lorsqu’une certaine liberté vous manque toutes les autres prennent une signification différente, et ne sont plus d’authentiques libertés mais des privilèges qui vous sont octroyés, et qui pourraient vous être retirés de manière imprévisible et sans que vous y puissiez rien.
Cette liberté dont nous percevons obscurément qu’elle nous échappe, et qui nous amène à nous sentir prisonniers du « système », c’est tout simplement la liberté de consentir réellement à la loi qui vous gouverne. Le « système », c’est ce qui nous prive de cette liberté, sans laquelle nous sentons confusément que notre destin n’est plus entre nos mains.

Pourtant, formellement, les institutions représentatives fonctionnent toujours. Cette élection en est la preuve. Oui, mais chacun sent bien, et depuis longtemps, que ces institutions que nous élisons ne nous représentent plus vraiment. Nous ne nous sentons plus représentés parce que nous savons, ou nous sentons intuitivement, que nos représentants ont peu à peu abandonnés la plupart des pouvoirs que nous leur avions confié à d’autres institutions, sur lesquelles nous n’avons pas prise : institutions européennes, cours de justice et organisations internationales, marchés globalisés, etc. Nous ne nous sentons plus représentés aussi parce que nous avons de plus en plus de mal à nous sentir dans le tout, parce que le corps politique auquel nous appartenons se fragmente, se dissout peu à peu en une poussière d’individus et de « communautés ». Et faute d’un corps politique auquel nous nous sentirions intimement liés, nous avons de plus en plus de mal à reconnaitre comme commune la loi commune. Celle-ci, lorsqu’elle ne répond pas à nos aspirations, nous semble désormais imposée arbitrairement par des étrangers.
Si nos représentants ont donné à d’autres les pouvoirs qu’ils tenaient de nous, si le corps politique tend vers la dissolution, c’est parce que, depuis bientôt un demi-siècle nous avons progressivement renoncé à mener une vie politique proprement nationale. Nous avons renoncé à l’effort nécessaire pour maintenir l’indépendance spirituelle et politique de la France. Nous nous sommes laissés persuader que la France n’était plus capable d’exister par elle-même, qu’elle devait accepter de se fondre peu à peu dans une autre association humaine, de forme et de statut indéterminé, que l’on appelle aujourd’hui l’Union Européenne. Nous nous sommes laissés persuader que la nation, l’appartenance nationale, était en définitive une injure à l’égalité fondamentale de tous les hommes, et la source de crimes aussi innombrables qu’abominables.
Mais en renonçant à mener une vie politique nationale, nous avons aussi renoncé, sans bien le comprendre, à la liberté politique fondamentale, celle qui est la clef de voute de toutes les autres : la liberté de consentir à la loi qui vous gouverne.
Désormais il est manifeste que nombre de Français regrettent ce renoncement, quel que soit par ailleurs leurs affinités politiques. Celui qui s’en prend à l’immigration incontrôlée comme celui qui tonne contre la dictature des marchés financiers visent, par-delà leurs différences très réelles, une seule et même cause : la dissolution lente du corps politique national qui seul permet la liberté politique.
Bien sûr tous ne sont pas cohérents, loin de là. Très peu d’hommes le sont. Tel voudrait contrôler les flux commerciaux et financiers tout en laissant les frontières ouvertes aux flux humains, comme si la liberté politique pouvait subsister sans identité nationale ; tel autre voudrait préserver cette identité nationale tout en demandant à l’Etat de lui tenir la main du berceau à la tombe, comme s’il était possible de combiner la liberté politique et le renoncement à se diriger soi-même au quotidien. Mais par-delà leurs différences et leurs incohérences, ces Français qui se plaignent amèrement du « système » demandent en réalité plus de nation.
Certains, assez nombreux il est vrai, vivent encore bien ce renoncement à mener une vie politique nationale. Ne plus consentir à la loi qui les gouverne, se faire donner la règle par des organismes internationaux ne les gêne nullement, car leurs ressources intellectuelles et financières leur donne l’illusion qu’ils pourraient vivre à peu près n’importe où sur la planète, qu’ils sont réellement « citoyens du monde ». Ils sentent aussi, obscurément, que le consentement à la loi, que la liberté politique a un prix : elle suppose l’appartenance à une communauté humaine bien définie, bien liée. Une loi commune suppose au minimum une communauté de mœurs, d’histoire, de langue, elle suppose d’avoir des compatriotes, au plein sens du terme. Bref, la liberté politique est indissociable de l’identité nationale, une identité qui n’est pas simplement choisie et qui vous oblige, qui vient contraindre votre individualité. De cette contrainte ils ne veulent pas, et par conséquent se soucient peu de la liberté politique.
Ceux-là sont, selon les termes désormais convenus, les « gagnants de la mondialisation ». Pour le moment le « système » leur convient.
Ce sont aussi, pour l’essentiel, les électeurs d’Emmanuel Macron. Et cela se comprend. Macron a en effet donné tous les signes qu’il était bien le candidat du « système » ainsi entendu. De son adhésion enthousiaste à ce qu’il est convenu d’appeler « la construction européenne » aux gages très peu subliminaux donnés aux partisans du multiculturalisme, Macron a prouvé au-delà de tout doute raisonnable qu’il se voulait un candidat, et demain un président, post-national.
A l’inverse, Marine Le Pen a effectivement raison de se présenter comme une contemptrice du « système ». Car, quelles que soient ses limites personnelles et les défauts de son programme, personne ne pourra sérieusement contester qu’elle est une patriote, au plein sens de ce terme, qu’elle se sent, qu’elle se pense, qu’elle se veut avant tout française.

Aussi, il parait juste de dire que le scrutin de dans deux semaines opposera ceux pour qui le mot France a encore un sens substantiel et ceux pour qui il n’en a plus. Ceux qui veulent vivre dans un corps politique bien défini, avec ce que cela implique nécessairement de frontières bien gardées et de légitime préférence pour ce qui est nôtre, par opposition à ce qui vient de l’étranger, et ceux qui croient pouvoir vivre dans une sorte d’open-space, sans allégeance autre que volontaire et précaire. Entre ceux qui sentent encore confusément que l’homme est par nature un animal politique et ceux qui croient en la souveraineté absolue de l’individu. Tous les électeurs de Marine Le Pen et tous ceux d’Emmanuel Macron ne répondent évidemment pas à cette description générale, mais tel sera l’enjeu fondamental de cette confrontation.

vendredi 21 avril 2017

LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME ET LA CRIMINALITÉ ORDINAIRE SONT UN SEUL ET MÊME COMBAT



Examinons posément, dans le silence des passions, ce qu’un gouvernement français responsable, réellement désireux de remplir son devoir premier qui est de protéger la vie et les biens des Français, pourrait faire pour répondre au terrorisme islamique.

Attachons-nous uniquement à la question de la sécurité, la protection de l’intégrité physique des individus, et laissons de côté les questions très importantes, mais distinctes, relatives à la politique migratoire, à la politique étrangère, à l’école, etc.

Concentrons-nous sur ce point : comment protéger plus efficacement les Français sur le territoire français. Quelle sera LA décision fondamentale à prendre ?

La réponse est très simple : en luttant plus efficacement contre la délinquance en général.

Un gouvernement qui ne peut pas se décider à réprimer sans faiblesse la délinquance ordinaire ne trouvera jamais en lui-même les ressources morales, matérielles et juridiques nécessaires pour faire face à la menace terroriste.

La racine de notre faiblesse actuelle face à l’islamisme – du seul point de vue de la sécurité, répétons-le – se trouve dans notre refus de punir, dans notre abandon de la notion de juste châtiment.
Dans Par-delà Bien et Mal, Nietzsche écrivait : « On en arrive à un degré de déliquescence morbide et de ramollissement où la société prend elle-même parti, en tout sérieux et honnêteté, pour celui qui lui porte atteinte, pour le malfaiteur. Punir lui parait inique, pour une raison où une autre, - ce qui est certain c’est que l’idée de « châtiment », l’idée « d’avoir à châtier », lui fait mal, la remplit d’horreur. « Ne suffit-il pas de le mettre hors d’état de nuire ? Pourquoi châtier par surcroit ? Châtier est une chose épouvantable ! » La morale grégaire, la morale de la peur touche ainsi à ses ultimes conséquences. »

Nous en sommes là. Ou plus exactement, une bonne partie de nos élites intellectuelles et politiques en sont là. Le bon peuple, en dépit de la rééducation intensive dont il a fait l’objet, semble bien, lui, continuer à abriter des instincts punitifs. Mais fort heureusement il n’est plus nécessaire de tenir compte de ce qu’il dit.

Nous nous refusons à châtier les criminels à la hauteur de ce que méritent leurs actes et nous tirons grande fierté de ce refus de punir. Nous ne voulons plus que soigner ou « réinsérer » dans la société ceux qui s’en sont écartés – parce qu’ils ont eu bien du malheur, à commencer par le malheur de naitre dans une société injuste. Les criminels eux aussi sont des victimes, et même les premières victimes.

Inutile de dévider plus longuement ce discours bien connu et qui, sous une forme ou une autre, nous est servi presque quotidiennement depuis des décennies. Examinons ses conséquences.

La France compte environ 69 000 détenus pour 58 000 places de prison disponibles et son taux de détention est l’un des plus bas de l’UE – une Europe qui ne se distingue pas particulièrement par ses velléités répressives.

Depuis les lois Perben, en 2004, puis Dati, en 2009, les « courtes peines », celles de moins de deux ans hors récidive légale, ont vocation à être « aménagées », c’est-à-dire transformées en autre chose que de la prison, ce qui est effectivement le cas de la plupart. Il existe en permanence un stock d’environ 90 000 peines de prison ferme en attente d’exécution, dont un certain nombre ne seront purement et simplement jamais exécutées.

Les peines prononcées par les tribunaux ne sont presque jamais celles qui sont exécutées : du fait des remises de peine automatiques – trois mois la première année, deux mois les suivantes - , des remises de peines supplémentaires, des possibilités de libération conditionnelle, il est tout à fait possible et courant qu’un condamné soit libéré après avoir effectué seulement la moitié de la peine qui lui avait été infligée par le tribunal, voire moins. Ainsi, la durée moyenne que passe en prison un condamné à « perpétuité » est de vingt ans.

Par ailleurs, la France a adhéré à la Convention Européenne des Droits de l’Homme, et la jurisprudence de la cour de Strasbourg interdit désormais toute perpétuité réelle, ainsi que les fouilles systématiques et aléatoires en prison. Sans même parler des limitations drastiques imposées aux autorités pénitentiaires qui désireraient punir un détenu qui aurait contrevenu aux règles de la vie carcérale. Dans ces conditions, les directeurs de prison en sont trop souvent réduits à obtenir un calme précaire dans leurs établissements en fermant les yeux sur les trafics en tout genre, pourvu qu’ils ne dépassent pas un certain seuil.

Par ailleurs, les « quartiers sensibles » se multiplient inexorablement sur le territoire français, c’est-à-dire des pans de ville voire des villes entières dans lesquels policiers et gendarmes craignent davantage de provoquer des émeutes en faisant respecter la loi et l’ordre que de laisser prospérer la délinquance. Que des milliers de personnes, dans tel ou tel endroit d’une ville, vivent dans la peur constante des voyous qui tiennent le haut du pavé parait plus acceptable à nos décideurs politiques et administratifs que la mort d’un « jeune » qui aura résisté à la police lors d’une intervention.

Tout cela, et plus encore, dit une seule et même chose : l’usage de la violence, même légitime, nous répugne ; le châtiment, même mérité, nous fait horreur ; nous préférons nous sentir « bons » que d’être justes, et nous identifions la bonté avec une indulgence pratiquement illimitée et une compassion pratiquement indiscriminée.

Tant que nous en serons là, nous resterons des cibles faciles pour les terroristes, et les « quartiers sensibles » continueront à servir d’incubateur et de refuge à ceux-ci. Tant que nous en serons là, les terroristes n’auront pas grand-chose à craindre de la justice française, pourvu seulement qu’ils se laissent capturer vivants. Tant que nous en serons là, nos ennemis mépriseront à juste titre notre faiblesse, et se sentiront assurés de leur victoire à terme.

Que devrait donc faire, très concrètement, un gouvernement décidé à changer cet état de fait ?

Lancer immédiatement la construction de 30 000 places de prison supplémentaires (Sachant que les délais de construction des prisons « classiques » sont malheureusement très longs, il faudra aussi faire preuve d’innovation en ce domaine. Mais des solutions existent).

Supprimer l’aménagement initial des courtes peines – c’est-à-dire les lois Perben et Dati.

Supprimer les remises de peines automatiques.

Sortir de la Convention Européenne des Droits de l’Homme.

Revoir l’échelle des peines, notamment pour les faits liés au terrorisme, et augmenter les quantums.

Instaurer une perpétuité réelle et rétablir la peine de mort pour les crimes les plus graves.

Modifier les règles encadrant l’utilisation de leurs armes par les forces de l’ordre et, surtout, modifier les consignes qui sont données à celles-ci. La priorité ne sera plus d’éviter les « incidents » ou les « bavures » mais de restaurer la loi et l’ordre sur l’ensemble du territoire français, quel qu’en soit le prix.

On pourrait ajouter bien d’autres choses, au premier rang desquelles :

Libéraliser le port d’armes pour les citoyens ordinaires.

Rétablir des peines planchers pour certains types de récidivistes.

Interdire les syndicats dans la magistrature.

Recruter les juges en dehors de l’ENM.

Etc, etc.

Mais les sept mesures listées précédemment seraient déjà un très grand pas dans la bonne direction et, à part peut-être le rétablissement de la peine de mort, aucune n’est hors de portée politiquement, juridiquement, et psychologiquement.


Des élections approchent. Souvenez-vous de ces points lorsque les candidats se présenteront à vous. Et surtout souvenez-vous de ceci : la première mesure que devrait prendre un gouvernement réellement désireux d’assurer notre sécurité serait de lancer immédiatement un très vaste programme de construction de places de prison. Tant que cela ne sera pas réalisé, tout le reste ne sera que paroles en l’air.

mercredi 5 avril 2017

Les années des criquets*



Je ne parviens pas à croire à Emmanuel Macron.

Oh, je ne doute absolument pas qu’il existe quelque part sur cette terre un homme nommé Emmanuel Macron, qui a travaillé pour la banque Rotschild, qui a épousé sa professeur de français qui aurait l’âge d’être sa mère, qui fut ministre de l’économie de François Hollande, et qui nous enjoint à l’occasion de « penser printemps ».

Non, ce dont je doute, c’est qu’il existe dans les profondeurs de notre cher et vieux pays un désir puissant de voir cet homme-là accéder à la présidence de la république. Je doute que le dénommé Macron Emmanuel puisse accéder au second tour de cette élection, en dépit de ce que nous répètent les instituts de sondage. C’est plus fort que moi.

Peut-être exposerai-je plus tard les raisons de mes doutes, mais pour le moment admettons qu’Emmanuel Macron devienne notre prochain président de la république.

Après tout, dans un pays capable d’élire à la magistrature suprême un François Hollande, tout semble possible.

La question qui se pose à nous est alors : le président Macron disposera t’il d’une majorité stable à l’Assemblée Nationale, comme tous les présidents qui l’ont précédé ? Plus exactement : est-il probable qu’il puisse disposer d’une telle majorité, puisque la politique n’est pas une science exacte ?
Certains nous assurent que, oui, bien sûr, il y aura en juin prochain une majorité à l’Assemblée pour soutenir le président Macron, à commencer par l’intéressé lui-même. C’est de bonne guerre. Mais aussi François Bayrou. Un homme de vision, qui pendant longtemps, par exemple, s’était vu à l’Elysée. Le doute n’était pas permis : tel était son destin.

Le principal argument en faveur de cette hypothèse est que les électeurs feront le choix de la « cohérence ». Par quoi il faut entendre que, si les Français élisent Macron, c’est pour qu’il dirige le pays pendant cinq ans, puisque c’est à cela que sert un président sous la cinquième république, jusqu’à maintenant En somme, qui veut la fin veut les moyens, et les Français ayant choisi la fin ils voudront aussi les moyens, en l’occurrence une majorité pour Macron.

Cela se tient. Si l’on admet que les Français choisiraient Emmanuel Macron pour qu’il dirige le pays. Mais est-ce si sûr ? Et si, précisément, le choix de Macron signifiait, pour la première fois sous la cinquième république, le choix d’un président qui ne gouverne pas ?

De quoi, en effet, Macron est-il le nom, si ce n’est celui de l’indécision, du désir de changement sans savoir ce que l’on voudrait changer ni en quoi on voudrait le changer, du désir de pouvoir continuer à rêver d’un monde où il n’y aurait pas de choix déchirants à faire, pas d’ennemis cruels et déterminés à affronter, où le lion et l’agneau pourraient dormir côte à côte sans que l’agneau n’ait des insomnies ? De quoi Macron nourrit-il sa popularité sondagière, si ce n’est de son aspect chauve-souris ? « Je suis de gauche, voyez mes ailes », « Je suis de droite, voyez mes poils ». Et aussi, bien sûr, de l’horreur religieuse que le Front National continue à inspirer à certains. « Quoi, les sondages disent que Marine le Pen va arriver en tête du premier tour de la présidentielle ? Vite, vite, il nous faut un sauveur, un homme édredon, bien présentable, raisonnable, de centre-gauche donc, pour étouffer le feu populiste qui menace de dévorer le pays. » Macron, ou le front républicain dès le premier tour.

Bref, il crève les yeux que le choix de Macron, c’est finalement le choix de Tancredi : « Si nous voulons que tout reste tel que c'est, il faut que tout change ».

Si donc Macron réunit sur son nom une majorité aux législatives, ce sera une majorité à son image qui, comme son élection, traduira les aspirations confuses, contradictoires, pelucheuses, molles, et finalement impuissantes de son électorat. Si les Français font, comme il l’espère, le choix de la « cohérence », ils lui donneront une majorité chèvre-choux allant de Robert Hue à Alain Madelin, principalement composée de vieux crocodiles échappés du marigot PS en voie d’assèchement et des plus gamelards des écologistes, une majorité parlementaire décidée seulement à être indécise, résolue à être irrésolue, intraitable pour se laisser aller à la dérive, solidement molle, employant toute sa force à être impuissante. Et ainsi passeront les mois et les années de la présidence Macron – des années précieuses, vitales peut-être pour notre pays – qui toutes seront dévorées par les criquets.

Mais il est aussi une autre possibilité, qui me parait beaucoup plus vraisemblable : Emmanuel Macron est élu président de la république parce qu’il parvient à se faufiler au deuxième tour face à Marine le Pen, réalisant ainsi le rêve de tous les candidats à la présidentielle cette année. Il est donc élu par une coalition hétéroclite, unie seulement par son dégoût irrépressible pour « l’estrême-droate » et sa peur enfantine du retour des années 30. Cette coalition se dissout dès le dernier « ouf » de soulagement poussé, au soir du second tour. Aux législatives chaque parti défend férocement son pré carré d’élus, duquel dépend sa survie financière, les électeurs de Fillon et de Le Pen sont blêmes de colère de s’être fait voler une élection qui paraissait impossible à perdre pour la droite, le mot d’ordre devient « tout sauf les macronistes », il y a des triangulaires et des quadrangulaires à ne plus savoir qu’en faire, et au soir du second tour, lorsque la poussière et les débris soulevés par l’explosion seront retombés, tout le monde pourra constater qu’il n’existe aucune majorité parlementaire viable.

Et ainsi, Emmanuel Macron, cet homme « neuf », qui prétend « renouveler » la vie politique, aura réussi à ressusciter la quatrième république. Alors passeront les mois et les années de la présidence Macron – des années précieuses, vitales peut-être pour notre pays – qui toutes seront dévorées par les criquets.

Résumons-nous : une majorité de GOUVERNEMENT pour Emmanuel Macron aux prochaines législatives ? Même pas en rêve.


* Merci à Sir Winston C. pour l’inspiration