Ralliez-vous à mon panache bleu

mercredi 5 avril 2017

Les années des criquets*



Je ne parviens pas à croire à Emmanuel Macron.

Oh, je ne doute absolument pas qu’il existe quelque part sur cette terre un homme nommé Emmanuel Macron, qui a travaillé pour la banque Rotschild, qui a épousé sa professeur de français qui aurait l’âge d’être sa mère, qui fut ministre de l’économie de François Hollande, et qui nous enjoint à l’occasion de « penser printemps ».

Non, ce dont je doute, c’est qu’il existe dans les profondeurs de notre cher et vieux pays un désir puissant de voir cet homme-là accéder à la présidence de la république. Je doute que le dénommé Macron Emmanuel puisse accéder au second tour de cette élection, en dépit de ce que nous répètent les instituts de sondage. C’est plus fort que moi.

Peut-être exposerai-je plus tard les raisons de mes doutes, mais pour le moment admettons qu’Emmanuel Macron devienne notre prochain président de la république.

Après tout, dans un pays capable d’élire à la magistrature suprême un François Hollande, tout semble possible.

La question qui se pose à nous est alors : le président Macron disposera t’il d’une majorité stable à l’Assemblée Nationale, comme tous les présidents qui l’ont précédé ? Plus exactement : est-il probable qu’il puisse disposer d’une telle majorité, puisque la politique n’est pas une science exacte ?
Certains nous assurent que, oui, bien sûr, il y aura en juin prochain une majorité à l’Assemblée pour soutenir le président Macron, à commencer par l’intéressé lui-même. C’est de bonne guerre. Mais aussi François Bayrou. Un homme de vision, qui pendant longtemps, par exemple, s’était vu à l’Elysée. Le doute n’était pas permis : tel était son destin.

Le principal argument en faveur de cette hypothèse est que les électeurs feront le choix de la « cohérence ». Par quoi il faut entendre que, si les Français élisent Macron, c’est pour qu’il dirige le pays pendant cinq ans, puisque c’est à cela que sert un président sous la cinquième république, jusqu’à maintenant En somme, qui veut la fin veut les moyens, et les Français ayant choisi la fin ils voudront aussi les moyens, en l’occurrence une majorité pour Macron.

Cela se tient. Si l’on admet que les Français choisiraient Emmanuel Macron pour qu’il dirige le pays. Mais est-ce si sûr ? Et si, précisément, le choix de Macron signifiait, pour la première fois sous la cinquième république, le choix d’un président qui ne gouverne pas ?

De quoi, en effet, Macron est-il le nom, si ce n’est celui de l’indécision, du désir de changement sans savoir ce que l’on voudrait changer ni en quoi on voudrait le changer, du désir de pouvoir continuer à rêver d’un monde où il n’y aurait pas de choix déchirants à faire, pas d’ennemis cruels et déterminés à affronter, où le lion et l’agneau pourraient dormir côte à côte sans que l’agneau n’ait des insomnies ? De quoi Macron nourrit-il sa popularité sondagière, si ce n’est de son aspect chauve-souris ? « Je suis de gauche, voyez mes ailes », « Je suis de droite, voyez mes poils ». Et aussi, bien sûr, de l’horreur religieuse que le Front National continue à inspirer à certains. « Quoi, les sondages disent que Marine le Pen va arriver en tête du premier tour de la présidentielle ? Vite, vite, il nous faut un sauveur, un homme édredon, bien présentable, raisonnable, de centre-gauche donc, pour étouffer le feu populiste qui menace de dévorer le pays. » Macron, ou le front républicain dès le premier tour.

Bref, il crève les yeux que le choix de Macron, c’est finalement le choix de Tancredi : « Si nous voulons que tout reste tel que c'est, il faut que tout change ».

Si donc Macron réunit sur son nom une majorité aux législatives, ce sera une majorité à son image qui, comme son élection, traduira les aspirations confuses, contradictoires, pelucheuses, molles, et finalement impuissantes de son électorat. Si les Français font, comme il l’espère, le choix de la « cohérence », ils lui donneront une majorité chèvre-choux allant de Robert Hue à Alain Madelin, principalement composée de vieux crocodiles échappés du marigot PS en voie d’assèchement et des plus gamelards des écologistes, une majorité parlementaire décidée seulement à être indécise, résolue à être irrésolue, intraitable pour se laisser aller à la dérive, solidement molle, employant toute sa force à être impuissante. Et ainsi passeront les mois et les années de la présidence Macron – des années précieuses, vitales peut-être pour notre pays – qui toutes seront dévorées par les criquets.

Mais il est aussi une autre possibilité, qui me parait beaucoup plus vraisemblable : Emmanuel Macron est élu président de la république parce qu’il parvient à se faufiler au deuxième tour face à Marine le Pen, réalisant ainsi le rêve de tous les candidats à la présidentielle cette année. Il est donc élu par une coalition hétéroclite, unie seulement par son dégoût irrépressible pour « l’estrême-droate » et sa peur enfantine du retour des années 30. Cette coalition se dissout dès le dernier « ouf » de soulagement poussé, au soir du second tour. Aux législatives chaque parti défend férocement son pré carré d’élus, duquel dépend sa survie financière, les électeurs de Fillon et de Le Pen sont blêmes de colère de s’être fait voler une élection qui paraissait impossible à perdre pour la droite, le mot d’ordre devient « tout sauf les macronistes », il y a des triangulaires et des quadrangulaires à ne plus savoir qu’en faire, et au soir du second tour, lorsque la poussière et les débris soulevés par l’explosion seront retombés, tout le monde pourra constater qu’il n’existe aucune majorité parlementaire viable.

Et ainsi, Emmanuel Macron, cet homme « neuf », qui prétend « renouveler » la vie politique, aura réussi à ressusciter la quatrième république. Alors passeront les mois et les années de la présidence Macron – des années précieuses, vitales peut-être pour notre pays – qui toutes seront dévorées par les criquets.

Résumons-nous : une majorité de GOUVERNEMENT pour Emmanuel Macron aux prochaines législatives ? Même pas en rêve.


* Merci à Sir Winston C. pour l’inspiration

6 commentaires:

  1. "De quoi, en effet, Macron est-il le nom, si ce n’est celui de l’indécision, du désir de changement sans savoir ce que l’on voudrait changer ni en quoi on voudrait le changer, du désir de pouvoir continuer à rêver d’un monde où il n’y aurait pas de choix déchirants à faire, pas d’ennemis cruels et déterminés à affronter, où le lion et l’agneau pourraient dormir côte à côte sans que l’agneau n’ait des insomnies ?"

    Je trouve cette phrase particulièrement juste et brillante.

    Pour le reste, j'ai l'impression que quelque soit le vainqueur, la France sera bloqué pour cinq ans... Fillon est le seul à pouvoir obtenir une majorité. Mais aura-t-il le courage de ses convictions ? A-t-il du reste des convictions fortes ? Tout cela est bien incertain...

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  2. Macron s'est la preuve que l'on peut trouver vraiment tout dans le "rien"

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  3. Sinon la recette de l'ascension du "phénomène" 1 prenez une classe politique delégitimée et impopulaire car largement corrompue impuissante coupée du réel consanguine et népotique 2 prenez une pincée de médias aux ordres pret a tout pour éviter le "pire" (une élection de fillon ou pire de la marine)qui signifierait la fin du pouvoir des privilèges et surtout du frometon qui est si bon surtout quand on n'a pas a le partager avec le bon peuple ou avec d'autres partis politiques ou courant de pensées prenez un "peuple" abruti par l'inactivité les addictions diverses et variées le porno la télé internet les films la musique l'éducation nationale la démagogie l'égalitarisme le stress le trop plein de travail ou de responsabilités le manque d'argent ou l'obsession de celui ci la guerre du tous contre tous Et voila la recette du Macron le plat qui se déguste tres lentement (plusieurs moins voire meme 5 ans ou 10 ans selon votre gout)

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  4. "capable d'élire hollande a la magistrature supreme" Les francais les médias voire meme les politiciens de son propre camp commencaient a ne plus supporter le "nabot" après l'avoir souvent tant aimé ou lui avoir léché les bottes il est vrai (mais ainsi va la vie) Un singe (non rien de raciste) avec une écharpe PS ou "j'aime pas sarko" aurait pu aisément gagné cette élection (bien aidés il est vrai par l'abstention de nombre de frontistes au second tour j'en étais, on ne peut pas baiser les gens deux fois de la meme façon, on est cons certes mais faut pas charrier)

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